10 juillet 2007
Daniel Schneidermann sur l'image televisuelle
Tiens, je retombe je ne sais comment sur cette conference donnee par Daniel Schneidermann a l'Universite de tous les savoirs en 2004, sur un sujet passionnant mais de moins en moins debattu (effet d'Internet ?) : l'influence de l'image televisuelle. A telecharger ici.
05 juillet 2007
"870 000 vidéos vues, selon l'AFP"
Vous avez peut-être entendu parler du coup de sang de la journaliste américaine Mika Brzezinski, présentatrice d'une émission du matin sur la chaîne câblée américaine MSNBC, refusant il y a quelques jours d'ouvrir son journal sur la sortie de prison de Paris Hilton - on la comprend (1) - et s'engueulant en direct avec ses co-présentateurs. La vidéo est évidemment sortie sur le net et a fait un petit tour du monde.
Pour ma part c'est avant-hier via lemonde.fr que j'ai entendu parler de l'affaire - assez marrante, désespérante ou revigorante, au choix. Mais il y a une petite phrase dans cet article relatant l'affaire qui, je trouve, mérite une minute d'attention :
"Et une fois encore, un site de partage de vidéos en ligne a permis qu'il (le coup de sang) soit aussitôt et largement diffusé sur les écrans du monde : selon l'AFP, l'épisode aurait été vu quelque 870 000 fois sur YouTube."
Que veut nous dire Le Monde par là ? Autant que sur la "résistance" de la journaliste au système (saluable),
l'information mise en exergue est la capacité du net à diffuser une information - en l'occurrence, une vidéo.
Cet article, en substance, dit "comment le net a une nouvelle fois permis à une vidéo de faire le tour du monde". Donc c'est un article sur la puissance d'Internet. Et donc, ce qui m'amuse / m'interpelle / me fatigue, c'est ça :
"Selon l'AFP, l'épisode aurait été vu quelque 870 000 fois sur YouTube".
Et selon la police ?
On a ici un concentré de plein de choses intéressantes :
- "je parle de la puissance d'Internet, mais
je ne maîtrise pas assez bien pour vérifier les chiffres pourtant
disponibles en ligne et accessibles en 30 secondes" (15 secondes habituellement, mais reconnaissons que la journaliste a un nom compliqué qui rend la recherche particulièrement complexe)
- la paresse journalistique et l'AFP-dépendance : "l'AFP a dit, donc j'écris"
- une forme de prudence suite à quelques plantages de journalistes sur les dénombrage des vidéos vues : "si jamais le chiffre n'était pas bon, notez bien que ce n'est pas moi qui ai compté" (à ce sujet, relire l'analyse de Guilhem Fouetillou sur la vidéo de Sarkozy bourré / pas bourré au G8 ainsi que celle de André Gunthert sur le Figaro qui n'avait rien compris au système des tags)
Au moment où j'ai lu ce billet du Monde (mise à jour le 3 juillet à 16h38), la première vidéo qui sortait sur la recherche 'Mika Brzezinski" sur Youtube avait été vue 1.8 millions de fois - et je ne parle que du premier résultat de la recherche, pas d'une recherche approfondie. A l'heure où j'écris ces lignes, les vidéos taguées "Mika Brzezinski" sur le seul YouTube ont été vues environ 2.4 millions de fois. On est donc très au-delà du chiffre annoncé par l'AFP et repris par le Monde de 870 000 vidéos vues.
Au final j'abonde dans le sens du Monde puisque le propos est de dire que les chiffres sont impressionnants et ont permis à une séquence câblée, isolée, d'être largement diffusée et vue. Mais la difficulté des journalistes (et ce n'est pas propre au Monde) à manier les chiffres d'Internet, et en particulier les vidéos vues, m'impressionne.
Il n'y a pourtant pas grand-chose de plus à faire que d'identifier les plates-formes (YouTube, DailyMotion etc.), chercher la vidéo postée en réfléchissant aux tags ayant pu être utilisée par les internautes (Mika Brzezinski, MSNBC, Morning Joe, Paris Hilton...) et compter. La nature de l'exercice rend la précision difficile mais permet d'indiquer des grandes masses très facilement.
Dans le genre "on compte les vidéos", voir l'exercice très intéressant effectué par Sylvain Weber.
Notons enfin que Lemonde.fr ne permet de cliquer pour regarder la vidéo que dans un premier article sur le sujet et pas dans l'article sus-mentionné. Pour cela, il faut lacer Youtube et chercher... Il faudra bientôt écrire sur l'utilisation des principes de navigation sur Internet par les grands médias.
(1) et au passage et pour faire suite au billet précédent, on peut aller soutenir quelques causes anti-Paris Hilton sur Facebook, comme celle-ci :
08 mai 2007
Les élections dans la presse anglaise
J'étais à Londres ce week-end et c'est de là-bas que j'ai vécu le deuxième tour de l'élection présidentielle. L'occasion de regarder "notre élection" vue par nos cousins d'outre-manche et de relever quelques verbatims (1) qui me semblent intéressants, éclairants ou révélateurs, sur différents sujets. Pour s'apercevoir que Sarkozy est assez largement perçu comme un protectionniste qui ne sera pas nécessairement l'ami de la Grande-Bretagne...
Sur le libéralisme
"Bien que ce soit un Président de centre-droit qui remplace un autre Président de centre-droit, M. Sarkozy, 52 ans, représente une droite beaucoup plus dure, beaucoup moins consensuelle, mais aussi beaucoup plus protectionniste." (John Lichfield, The Independent, voir ici).
"Il s'est déclaré 'européen convaincu', mais a appelé les autres gouvernements européens à 'entendre le cri des peuples qui veulent être protégés... et voient dans l'Union européenne le cheval de Troie de toutes sortes de menaces'. Ce fut un avertissement clair - et pas le premier - que la politique de M. Sarkozy irait dans le sens d'une politique européenne protectionniste en matière de commerce et d'immigration." (John Lichfield, The Independent, voir ici).
"Il ne suivra pas la doctrine du laisser-faire en vigueur en Grande-Bretagne et aux USA dans les années 80. L'Etat tient d'une main ferme la politique industrielle, intervenant pour soutenir les entreprises Françaises dans les secteurs-clé et conservant un large secteur public. M. Sarkozy va également au conflit avec l'Europe avec son projet d'imposer des barrières sur les importations d'origine extra-communautaire." (Charles Bremner, The Times, voir ici)
Sur les relations internationales
"Le programme de M. Sarkozy comporte des ressemblances avec "l'agenda thatcherien" des années 80 : baisse d'impôts, réforme des syndicats et recul de l'Etat bureaucrate. mais la ressemblance s'arrête là. Bien qu'il parle de rupture avec le passé, il n'a pas abandonné la traditionnelle croyance gaulliste en l'importance de l'Etat. Il croit à l'identification et au soutien des champions industriels. Il veut que l'UE protège les industries de la concurrence supposée déloyale de la Chine et d'autres pays en voie de développement. Il veut se dégager de l'indépendance de la Banque Centrale Européenne et persuader d'autres Etats européens de faire pression à la baisse sur l'euro. Dans tous ces cas, il est susceptible d'aller au clash avec d'autres gouvernements européens, en particulier celui de Gordon Brown". (John Lichfield, The Independent, voir ici).
"L'arrivée de M. Sarkozy à l'Elysée peut laisser présager une amélioration des relations avec Londres et Washington, mais la pratique du langage de l'atlantisme par M. Sarkozy peut s'avérer décevante. Il a les yeux braqués sur la résurrection d'une mini-constitution ; idéologiquement parlant, il a plus en commun avec la chancelière allemande, Angela Merkel, qu'avec Gordon Brown et s'est posé en champion vaillant de l'industrie française. Il serait prématuré de prévoir une nouvelle lune de miel dans les relations franco-anglaises". (non signé, The Independent, voir ici)
"Il sera plus facile de voir un effet Sarkozy à l'étranger qu'en France. Pour réparer les relations avec Washington - surtout avec une administration dans cet état -, il n'en faut pas beaucoup plus que le simple fait de déclarer le vouloir et de prendre l'avion (...) Au sein de l'Union européenne, le simple fait d'avoir un nouveau Président français débloquera la paralysie au sujet de la constitution (...) Sarkozy est globalement favorable à une version édulcorée de l'originale. Etant donné que c'est tout ce que la Grande-Bretagne et d'autres pays accepteront, cette version peut s'avérer le bon compromis, malgré le désir allemand pour quelque chose de plus ambitieux." (Bronwen Maddox, The Times, voir ici)
Sur la vie démocratique
"Nous devrions être davantage comme les Français (...) En Grande-Bretagne et aux USA, un électeur doit affronter un tsunami de trivialités et de désinformation avant de trouver quoi que ce soit. Ils doivent supporter les bavardages sans fin de Westminster village à propos de Blair et de Brown ou à propos des vies sexuelles de Blunkett ou de Boris. La plupart abandonnent sans avoir fait de choix, se disant que la conversation politique ne les concerne pas. Les Français, eux, ont mis en place des garde-fous pour faire en sorte que la démocratie ne soit pas bradée de la sorte. Ils ont une politique de protection de la vie privée : même le fait que la femme de M. Sarkozy, Cécilia, semble l'avoir quitté le jour du grand débat présidentiel, n'a pas été médiatisé. Ils interdisent la publication des sondages les jours précédant le vote, pour s'assurer que le débat reste centré sur les idées et non sur la course de chevaux. Et ça marche. J'ai de la sympathie envers ceux qui proposent le vote obligatoire, à l'australienne, pour remédier à la désertion de nos bureaux de vote, mais cela traite le symptôme et non pas la maladie de l'abstention. Les Français nous ont montré que si l'on donne aux gens de la politique sérieuse, ils la prendront sérieusement." (Johann Hari, The Independent, voir ici)
(1) traduction libre
06 mai 2007
Le Monde et Robert Rochefort : n'importe quoi
Tiens, ça faisait longtemps qu'un article de presse ne m'avait pas énervé comme ça. Celui-ci s'intitule "Robert Rochefort décrypte le comportement de 'l'électeur-consommateur'", il est paru dans le Monde d'hier après-midi en page 12 et est signé de Béatrice Jérôme, dont je ne sais rien.
D'entrée, le ton est donné :
"'Des enfants gâtés du marketing' : c'est ainsi que le sociologue, Robert Rochefort décrit les électeurs de François Bayrou qui ont dit refuser, le 22 avril, de 'choisir entre la droite et la gauche', au premier tour de la présidentielle.
En désirant 'tout à la fois', explique le directeur général du Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (CREDOC), ils se sont conformés, pour une partie d'entre eux, 'aux messages commerciaux qui veulent nous convaincre, depuis des années, qu'il est possible de concilier des aspirations contradictoires : manger des plats cuisinés qui ne font pas grossir, des produits sucrés avec des édulcorants, rouler en 4x4 sans abîmer la nature comme le suggèrent les publicités montrant ces grosses cylindrées au milieu du désert ou de pays vierges'".
Le concept est tentant : la transposition d'une représentation induite par le matraquage publicitaire (tout est possible en matière de consommation) à une représentation de la politique (tout est possible en matière politique). Le comportement du consommateur deviendrait le comportement du citoyen, avec pour point commun de TOUT vouloir.
Peut-être.
Mais en fait, non.
Il est beaucoup trop simpliste de réduire le vote Bayrou à un non-choix entre la gauche et la droite. C'est balayer du revers de la main toutes les nuances de son discours et de son programme. Dire "Bayrou veut tout et son contraire", c'est l'enfermer dans une représentation fastoche.
Pire : dire "Bayrou dit tout et son contraire", c'est l'argument de ceux qui n'ont pas pris la peine de s'interroger sur son discours, son programme et sa candidature. Bref, c'est tomber dans le piège de l'a priori. C'est aussi con que de dire que Sarkozy l'américain veut faire exploser le modèle social français.
On attend mieux du directeur du CREDOC.
Bon, il s'est peut-être fait avoir. On ne sait jamais ce qu'il y a derrière un papier, ce qui s'est réellement passé en interview, ce que le ou la journaliste a gardé et a jeté. Mais quand même.
Donc, selon lui, les électeurs de Bayrou désirent "tout à la fois". Inimaginable de se dire qu'ils cherchent une troisième voie. Ininmaginable de regarder un instant le programme et de s'apercevoir que c'est celui des trois gros candidats qui a le moins promis.
Alors que bien sûr, rien dans les programmes de Royal et Sarkozy n'indique qu'ils veulent "tout à la fois". Moins d'impôts et plus de dépenses ? Croissance et environnement ? Sécurité et solidarité ? Rien d'antinomique dans leurs programmes, rien d'incohérent ! La gauche et la droite dans leur pureté et leur radicalité !
Ne serait-ce pas du côté de des électeurs PS et UMP qu'il faudrait aller les chercher, ces "enfants gâtés du marketing" qui roulent en 4x4 tout en prétendant protéger l'environnement ? (ce qui est par ailleurs, la définition originelle du bobo non ?)
Plus loin dans l'article, on lit : "A propos du vote Bayrou, il (Rochefort) observe que 'tous les nutritionnistes le disent : acheter des plats allégés n'a jamais fait maigrir personne !'".
Heu, c'est quoi le rapport avec Bayrou en fait ?
Plus intéressant, la pensée de Rochefort est spécifiée dans la suite de cette affirmation : "En politique, le fait de vouloir tout à la fois est une illusion qui mène à une impasse. Là où le consommateur est invité à croire qu'il peut mettre du "et" partout, l'électeur est obligé de mettre du "ou", c'est à de choisir". Exact. Mais pourquoi stigmatiser Bayrou plutôt qu'un autre ?
La téhorie du consommateur-qui-veut-tout-qui-devient-citoyen-qui-veut-tout est séduisante, mais bidon. Les électeurs ont toujours tout voulu à la fois et n'ont pas attendu Bayrou ou l'avènement du marketing de masse pour cela.
Il est amusant de découvir Rochefort en dénonciateur des tares du marketing et de la publicité (puisqu'il faut comprendre de cet article que la publicité nous vend du ET au lieu de nous vendre du OU - ce avec quoi je suis par ailleurs d'accord), alors que le CREDOC dépend largement des entreprises (annonceurs) pour vivre et qu'il joue un rôle de conseil auprès d'elles.
Je ne vois finalement dans cette sortie (peut-être pas recherchée par Rochefort, mais en tout cas pas refusée) malhabile, qu'une des tares des "intellectuels" français : vouloir tout comprendre, tout théoriser, tout conceptualiser. Quitte à dire, comme ici, n'importe quoi.
Et à permettre, malicieusement, à un journal "de référence" de légitimer sa sortie anti-Bayrou d'avant le premier tour - qui, en appelant à lui préférer Ségolène Royal, n'aura finalement fait qu'accélérer la victoire annoncée du candidat de l'UMP.
05 avril 2007
indépendance de la presse ?
Les discussions off avec les journalistes, c'est toujours un régal, quelle que soit la spécialité de l'interlocuteur. Il n'y a pas si longtemps, j'évoquais le point de vue d'une journaliste basée à Bruxelles sur la com de l'UE. Récemment, c'est une discussion avec une spécialiste mode / beauté qui m'a édifié. Rien de nouveau pour les spécialistes, mais il y a de quoi se poser de sérieuses questions sur l'état de la presse en France :
"Dans la presse féminine, on envoie des journalistes en voyage de presse alors qu'on sait pertinemment qu'on ne va pas couvrir le sujet, simplement parce que l'organisateur est un bon annonceur du journal. La journaliste doit se débrouiller avec l'attachée de presse qui s'étonne qu'il n'y ait pas de papier alors qu'il n'en a jamais été question".......... "il y a de petites marques qui font de super opés de com, mais on n'en parle pas parce qu'elles ne sont pas connues".......... "il ne faut surtout pas qu'on aie une appréciation d'un produit dans la presse, de toute façon on ne les teste pas, les produits ; la marque XXXX, qui fait des produits de merde, malgré sa réputation, étant un très bon annonceur, il est hors de question d'en dire autre chose que du bien".......... "les rédactrices qui bloguent peuvent donner un meilleur ressenti personnel d'un produit, mais se font blacklister automatiquement si elles disent des choses tabou. Quand elles trouvent un produit merdique, au pire elles vont dire 'il ne convient pas bien à mon type de peau'. Si elles vont plus loin elles perdent tous leurs contacts et leurs missions"...............
C'est ce qu'on appelle un système bien verrouillé.
19 janvier 2007
Question
Il n'avait pas dit qu'il n'irait plus dans des émissions de divertissement, Montebourg ?
14 janvier 2007
La TF1isation des esprits
Retour
sur une information qui a suscité un certain bruit mais finalement
assez peu de commentaires de fond : TF1 a annoncé qu'il a réalisé
98 des 100 meilleures audiences télévisées de 2006 (*). Avec notamment de
la "fiction française" (47 fois), du football (20 fois), des séries
américaines (14 fois) et du cinéma (12 fois). Un exercice de communication : on présente ce qui nous arrange
D'abord, le battage autour de cette info
de la part de TF1 démontre une très grande habileté à communiquer. Le
chiffre qui va rester est
celui de 98 alors que bien entendu, TF1 ne réalise (et heureusement)
pas 98% de part d'audience. C'est même une façon de masquer la réalité
des parts d'audience des chaînes, communiquées par Médiamétrie (pdf à
télécharger ici) et que l'on peut apercevoir sur le camembert suivant :
(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)
TF1 réalise donc 31,6% de part d'audience
- c'est un peu moins que la part d'audience cumulée de France 2 et de
France 3 (19,2 + 14,7 = 33,9%). Et surtout, c'est également moins que sa propre part d'audience 2005, qui s'élevait à 32,3%.
Il faut donc d'abord relever que l'exercice de communication sur les "98" cache d'autres résultats, moins bons, pour TF1.
"On a tous TF1 en commun"
Malgré cette baisse de part d'audience, ce chiffre de 98 est impressionnant.
98 sur 100. Sur
100, 98. Quatre-vingt dix-huit. Un, deux, trois, quatre…. Vingt-deux,
vingt-trois, vingt-quatre… Cinquante-six, cinquante-sept…. Soixante et
onze, soixante-douze… quatre-vingt seize, quatre-vingt dix-sept,
quatre-vingt dix-huit. Ouf. Nonante-huit. 98%.
Autrement
dit, sur les
100 plus fortes audiences de télévision en 2006 (**), deux (1+1 ; un,
deux, point barre.) sont réalisées par l’une ou l’autre de la totalité
des autres chaînes qui émettent sur le sol français. La part d'audience
de TF1 a beau baisser, en "prime", les positions de TF1 se renforcent :
- ce score de
98% dépasse celui de 2005 (97%) et est le meilleur de la chaîne depuis
15 ans.
- l’audience des « primes » qui a augmenté en
moyenne de 300 000 téléspectateurs, s’établissant à 7,6 millions
(meilleur score depuis 12 ans). C’est une augmentation de 4%.
Et ces indicateurs sont certainement très favorables pour les rentrées publicitaires.
Pour
TF1, c’est la démonstration d'une réussite économique et une
opportunité de communication. « On a tous TF1 en commun », disent les spots diffusés
en boucle sur la chaîne et à la radio. Et ça me donne envie de
hurler, mais je dois bien avouer que l’utilisation d’un tel slogan par
TF1 a une certaine légitimité : quelles entreprises peuvent se vanter
de réunir tous les soirs presque 15% de la population française ? (Et
si l'on en croit le rapport annuel 2005 de la chaîne : 3 Français sur 4
regardent TF1 tous les jours...)
Le vainqueur prend tout
L'archi-domination de TF1 dans le Paysage
Audiovisuel Français n’est certes pas
une nouveauté. Mais TF1 réussit donc à réunir la quasi-totalité des
plus grosses audiences alors
que les Français, dans l’ensemble, regardent moins la télévision (3h et
24 minutes contre 3h et 26 minutes en 2005, soit un recul de 1% du
temps passé devant la télévision),
qu’ils ont le choix entre plus de chaînes et que des alternatives à la
télévision, comme Internet, progressent.
Il y a peut-être un facteur conjoncturel « coupe du monde » pour expliquer le renforcement de ces positions en prime : le foot
occupe les 9 premières places du palmarès et, donc, 20 places dans le
top 100.
Mais
il me semble qu’on est en fait dans une situation de type « the winner
takes it all » que connaissent bien les webologues. Sur le web, ça veut
dire que plus on parle de moi, plus je suis visible, plus je ramasse de
l’audience, plus on parle de moi et ainsi de suite.
En
télévision, ça voudrait dire que le plus gros est indéboulonnable et
que les petits se font de la concurrence entre eux. Pourquoi, je ne
sais pas bien, mais c'est comme ça et je suis frappé par un double
décalage :
1. Entre le triomphe que font les
Français à TF1 et la réputation désastreuse de la chaîne dans les
milieux « intellectuels » ou qui se veulent « intelligents ».
Question
: l’image de TF1 dans les milieux et médias « autorisés » a-t-elle une
quelconque importance étant donné le triomphe que lui font les
téléspectateurs ? Télérama, Le Monde, Les Inrocks, les Guignols, vous, moi,
pouvons taper sur TF1 autant que nous voulons : ça n’a aucune espèce de
conséquence. Finalement, est-ce que ça sert à quelque chose, la gestion
de la réputation ?
2. Entre la qualité relative de
l’offre télévisuelle de TF1 et son score d’audience. Je ne veux pas
dire par là que TF1 c’est de la merde – ce serait enfoncer une porte
ouverte si je peux engager mon avis -, mais que je ne vois absolument
pas quelle différence entre l’offre de TF1 et celle de France 2 ou M6
expliquerait ce monopole de facto.
On
est donc dans une
question de réflexe. On regarde TF1 par réflexe – c’est la TF1isation
des esprits (prononcer « téhèfunisation »). Elle s'accentue sur les
fortes audiences (les primes), elle diminue sur les parts d'audience,
mais elle est là et bien là.
Donc la gestion de
la réputation, ça sert bien à quelque chose, mais peu importe l’avis
des soi-disant leaders d’opinion, seul compte l’avis du consommateur
final.
La réussite de TF1, emblème de la fracture sociale
On peut même se demander si la TF1isation des esprits
n’est pas un nouveau signe de la défiance des « vrais gens » vis-à-vis
des élites bien-pensanto-parisiennes, après le 21 avril 2002, le
29 mai 2005 et dans une certaine mesure, le 16 novembre 2006. Dans
l’esprit : « ne me dites pas ce que je dois penser, pour qui je dois
voter ou quelles émissions je dois regarder »…
Finalement, le
succès de TF1 est symptomatique de la véritable fracture sociale
française : les couches supérieures ne communiquent pas avec les
couches inférieures de la population : dans chaque catégorie
socio-professionnelle, on reste entre soi, on s’influence certes, mais
entre soi. De façon horizontale, mais pas verticale. Les CSP + parlent
aux CSP +. Les classes moyennes parlent aux classes moyennes. Les
classes populaires parlent aux classes populaires.
Comment dès
lors un communiquant, quelqu'il soit (politique ou non), peut-il faire
pour parler aux vrais gens ? On a le choix : le 13h, le 20h ou les
écrans publicitaires… mais dans tous les cas, sur TF1.
Tout en
se méfiant : le cerveau des téléspectateurs de TF1 n’est pas si
disponible que cela. Edouard Balladur en sait quelque chose.
(*) Toutes sources du billet : Médiamétrie
(**) Impossible de mettre la main sur la liste complète. Tuyaux bienvenus.
18 décembre 2006
HISTOIRE BELGE
Bien que très peu connecté en ce moment, je n’ai pas manqué de m’intéresser à l’affaire du canular de la RTBF.
Comme beaucoup, je suis frappé par l’audace
dont a fait preuve la chaîne belge et qui lui vaudrait de mériter le
prix du « coup international de communication 2006 », s’il existait.
Une
audace qu’on imagine mal en France, venant d’un média du service public
comme d’un média privé (1). Mais il n’y a pas d’audace sans polémique
et le canular fait l’objet d’une pluie de critiques de la part de la
classe politique belge et de certains médias. Et, passée la première
impression (« génial ! »), je me suis demandé ce qu’il fallait en
penser.
Il y a la forme et le fond. Sur la forme, l’idée d’un vrai-faux journal télévisé
annonçant la scission de la Belgique est, je trouve, profondément
jubilatoire. On rapproche ce canular de l’émission de radio d’Orson
Welles qui avait semé la panique aux USA en annonçant l’arrivée des
Martiens en 1938, et qui lui a semble-t-il servi de modèle. La
différence étant que la RTBF poursuivait un objectif, non de
divertissement, mais politique.
En ce sens, on pourrait aussi rapprocher ce canular de celui du CFES (devenu INPES
depuis : Institut National pour la Prévention et l’Education pour la
Santé) en France en 2001, qui avait diffusé simultanément le même soir
sur les grandes chaînes un spot qui disait :
« Avis aux
consommateurs : des traces d’acide cyanhydrique, de mercure,
d’acétone et d’ammoniac ont été́ décelées dans un produit de
consommation courante, pour en savoir plus appelez gratuitement
le 0800 404 404 ». Résultat : 900 000 appels dans la soirée – pour apprendre qu’il s’agissait du tabac, bien sûr.
Le
point commun de ces canulars, c’est qu’ils ont dépassé leurs objectifs.
Le CFES n’avait pu traiter que 10% des appels ; la RTBF admet avoir
sous-estimé « l’émotion » que son émission susciterait (malgré
d’importants défauts de réalisme et un certain nombre de perches
tendues au téléspectateur…).
Mais cette émotion est-elle celle
des milieux politico-médiatiques ou du public ? Avec environ 500 000
spectateurs annoncés, c’est un Belge sur 20 qui était devant son poste.
C'est correct, mais sans plus. Et les 30 000 appels reçus ne sont pas
si impressionnants.
Faut-il par ailleurs déduire de cette
crédulité que les téléspectateurs, français ou belges, sont vraiment
des bœufs ? No comment. Mais ce que j’aime dans ces canulars, c’est que
justement, on s’adresse à l’intelligence du public.
Le fond, maintenant. Sur le fond, il faut s’interroger sur les objectifs de l’émission et ses effets réels.
Les
producteurs de l’émission parlent de promouvoir le débat sur l'avenir de la Belgique. Non de
défendre l’indépendance de la Flandre, non de susciter une réaction de
solidarité nationale, mais de permettre le débat.
Je ne suis
pas sûr que ce soit ce qui se soit produit dans un premier temps. J’ai
davantage l’impression que le débat qui a été suscité a porté :
- sur le bien-fondé du canular
- sur le rôle des médias en général.
Ce
qui est d’ailleurs un bon débat en soi : si l’émission a pour seul
effet de développer l’esprit critique des téléspectateurs, c’est déjà
ça.
Mais revenons à l’objectif annoncé : promouvoir le débat sur la Belgique.
Est-ce un objectif légitime ? Il me semble que oui. Surtout de la part
d’un média de service public. Maintenant, une partie de la classe
politique belge estime qu’il faut isoler le parti - ou les idées -
nationalistes, et que l’indépendance de la Flandre fait partie de ces
idées…
Difficile, pour comprendre, de trouver un élément de
comparaison avec la France. Ce n’est ni l’équivalent d’une émission -
fiction sur les idées du Front National qui deviendraient réalité, ni
l’équivalent d’un canular sur l’indépendance de la Corse ou d’une autre
région. La situation est propre à la Belgique et il est sûrement
difficile de la comprendre sans la vivre de l’intérieur.
J’aurais
donc plutôt tendance à penser que l'objectif de débat est légitime, car
même s’il donne une crédibilité aux idées d’un parti d’extrême-droite,
Vlams Beelang, il touche à des questions centrales, qu’il vaut mieux
débattre que d’ignorer. Et au diable les critiques de ceux qui, au
choix, se sont trouvés vexés d’avoir crû scénario, craignent pour
l’image de stabilité de la Belgique ou préfèrent les non-dits au débat.
Car si les partis traditionnels ont de solides arguments pour contrer ceux des sécessionnistes, la RTBF leur a aussi donné l’occasion de se faire entendre.
C’est
ce débat de fond qui n’est pas, me semble-t-il arrivé jusqu’à Paris. On
en est encore, comme dans ce billet, à s’interroger sur la méthode du
canular ou à s’extasier devant le culot de la RTBF.
Mais si ce débat de fond n’a pas encore vraiment eu lieu en Belgique, je suis persuadé que l’électrochoc provoqué aura créé les conditions
pour qu'il puisse avoir lieu. L’avenir le dira. Ah, si
j'étais un média... je programmerais tout de suite une émission
spéciale en décembre 2007 dont le thème serait : "Un an après le
canular, comment ont évolué le débat et les sensibilités sur la
question de l'avenir de la Belgique ?"
(1)
[Quoique nous ayons récemment vécu en France un canular de grande
ampleur, auquel on se réfère pudiquement en tant que « 21 avril 2002 »].
19 novembre 2006
l'UDF, les médias, leurs actionnaires et la Loi
La proposition de loi
déposée par l'UDF vendredi a pour objectif "d'empêcher les groupes
industriels dont l'activité dépend des commandes de l'Etat à plus de
20% de leur chiffre d'affaires, de détenir directement ou indirectement
plus de 3% du capital d'un média".
Sont évidemment visés
Bouygues (TF1), Dassault (Socpresse -> le Figaro) et Lagardère
(Hachette -> Europe 1, Paris Match, JDD...).
La difficulté
d'avoir un débat sur le sujet de l'actionnariat des médias tient
naturellement à la censure médiatique qui l'entoure... José nous invite à relayer l'information puisque les médias se font étrangement discrets sur le sujet... Dont acte.
Les blogueurs pourraient aider à
"produire" du bruit, à leur niveau. Mais pour ça il faut qu'ils «
s'organisent » et pas seulement qu'ils se fassent l'écho de ce qu'ils
voient dans les médias... C’est donc loin d’être gagné.
Sur le fond, on se félicitera d'abord de ce que l'UDF transforme les sujets qu'il aborde en propositions. Le pavé dans la mare jeté par François Bayrou (rejoint
sur un terrain proche par Laurent Fabius au cours de la primaire
socialiste) il y a quelques semaines ne reste pas lettre morte.
Certains
essaient donc de faire vivre le sujet, un sujet qui dérange. On attend
aussi les réactions des spécialistes de l'observation médiatique, Acrimed par exemple.
Sur
la proposition de loi en elle-même, on note donc que l'UDF propose que
ce soient les liens entre l'actionnaire et l'Etat qui déterminent la
limite à ne pas franchir. Autrement dit, si vous êtes un groupe
industriel, vous choisissez entre les commandes de l'Etat et la
participation aux médias.
On comprend la logique : si l’Etat
vous fait vivre, vous êtes susceptible de faire pression sur les médias
que vous détenez pour ne pas nuire à la réputation de votre client ou
plus généralement ne pas produire de l’information ou de l’opinion qui
nuise à l’Etat. Et si vous ne faites pas pression vous même sur les
rédactions, pas de problème : l’autocensure veille.
Le problème
serait donc le traitement de « l’Etat » par la presse. Mais n’est-il
pas beaucoup plus complexe ? On peut opposer certaines critiques à la
vision des choses induites par l’UDF :
- Les
médias visés ne sont pas systématiquement à la botte de l’Etat – pour
prendre l’exemple de TF1, il se fait un malin plaisir de parler «
d’argent public gaspillé ».
- Les relations avec
l’Etat devraient-elles être le seul critère ? Quid de LVMH qui détient
la Tribune, mais ne dépend pas de l’Etat ? Dans le projet de loi UDF,
LVMH n’est pas inquiété… Pourtant, sa relation à la Tribune est
susceptible de faire de la Tribune un journal « juge et partie » sur certains sujets… et pas exempt de caviardages, d’ailleurs.
-
Comment la presse, dont, faut-il le rappeler, la santé
financière est souvent fragile, fait-elle pour vivre sans le soutien de
groupes industriels, même si seuls ceux qui dépendent de l’Etat sont
visés dans ce projet de loi ?
- [mise à jour] Comme me le fait remarquer
un lecteur, Christophe, faut-il en déduire que l'Etat doit céder ses
participations dans les médias, donc par exemple dans France
Télévisions ???
A gauche de l’UDF, on objectera sans doute qu’il faut aller plus loin et rendre leur liberté aux médias (voir la déclaration
adoptée à la suite des premiers Etats Généraux pour le pluralisme
médiatique). A droite, on dira qu’il faut être réaliste et permettre
aux médias de gagner leur vie pour assurer leur pérennité, ou qu'il s'agit d'un faux problème.
Le
projet de loi UDF a des avantages et des inconvénients, mais devrait
servir de base de discussion. Pour bien couvrir la question, il
conviendrait de répondre à deux questions :
- Dans quelle
mesure constate-t-on un biais de couverture de l’information, de la
part des médias dont l’actionnaire dépend de l’Etat et par rapport aux médias qui n'en dépendent pas ?
- Comment ces médias pourraient-ils gagner leur vie sans cet actionnariat industriel ?
Je n’ai la réponse ni à l’une, ni à l’autre. Sachant qu'on peut aussi balayer la
première de ces deux questions en répondant que ce n'est pas ce qu'on
veut de toute façon...
L’équilibre
entre la liberté et l’économie est bien fragile. Et il ne faudra pas
oublier que la question à laquelle on devra principalement répondre est
de savoir comment le système médiatique dans son ensemble, peut permettre d’éclairer les citoyens sur le monde qui les entoure.
Des billets sur des sujets voisins :
La polémique Schönberg
L'avenir de la presse quotidienne en question
Le pire et le meilleur
Annonceurs et médias : un peu de grain à moudre
Annonce tous risques
17 novembre 2006
Les médias et Ségolène Royal : une analyse
C'est un commentaire d'Isabelle d'Eco-Echos chez José qui m'a mis la puce à l'oreille :
"Les
60 % de Ségolène (qui a le triple des voix de DSK quand même) me font
penser au référendum. Le vote n'a pas suivi l'opinion dominante des
médias. Les journalistes politiques ont vraiment à se remettre en
question."
Ma première réaction a été l'inverse, comme je
le disais dans mon billet de soirée électorale : la victoire de
Ségolène Royal est une petite revanche des médias, qui, pour la
première fois depuis un bon moment, avaient vu venir le coup (et
simultanément participé à cette construction de l'opinion).
Evidemment,
Isabelle fait référence aux dernières semaines et aux multiples
critiques, tandis que je fais plutôt référence à la couverture
médiatique depuis un an (par exemple, Royal a été la seule des 3
candidats du PS à avoir droit à des unes de presse quotidienne avant la
campagne).
Victoire de la France d'en bas contre les médias, ou
victoire des médias tout court ? Les médias ont-ils été pro-Royal ou
pas ? La question mérite d'être un peu explorée, sur des bases
objectives. J'en viens donc à ma méthodologie favorite, l'analyse des
unes de presse.
Les unes de presse m'interpellent particulièrement parce qu'elles sont beaucoup plus vues que les articles ne sont lus. Je suppose qu'elles participent à marquer l'imaginaire populaire, ou en tout cas de ceux qui passent devant des kiosques. L'analyse a ses limites (1), mais essayons de nous débrouiller avec ce que nous avons et commençons par le quotidien "de référence", j'ai nommé Le Monde :








Qu'est-ce qu'on voit ? 8 unes sur la période, donc une grande implication du Monde dans le débat. Qui de leur tonalité ?
- on peut classer 2 de ces unes dans la catégorie anti-Royal : "chahutée", ses "difficultés qui redonnent espoir à DSK"
-
2 autres sont favorables à ses adversaires, ce que l'on peut assimiler
à de l'anti-royalisme : la une sur Fabius, celle sur DSK qui propose de
casser la machine à faire des pauvres.
- 2 sont plus neutres : les "styles et différences" ; le "rapport de forces".
-
2 sont plus favorables à Royal "sa conception de la politique" (mais
qui n'est pas en titre principal) et le "débat qui s'organise autour de
(ses) propositions".
Conclusion : le Monde a fait une campagne plutôt anti-Royal.
Passons au Figaro, qui s'intéresse déjà beaucoup moins à ce qui se passe à gauche : 

Et c'est tout. Le Figaro n'aime pas Royal, mais ne titre pas sur ses concurrents. Appelons ça de l'anti-royalisme.
Maintenant, Libé, qui sans surprise a fait de la primaire un thème fort :








9 unes sur la période, 1 de plus que Le Monde. Une seule me semble
clairement "pro-Royal" : "la pose du peuple" ; et une seule me semble
clairement anti-Royal : "DSK : je peux battre Ségolène". Je mettrais
les 7 autres en "neutre". Libération est donc un acteur impliqué mais relativement neutre.
On a également eu deux unes de la Croix :
La Croix s'efforce de montrer les 3
candidats ensemble (et pas dans le même ordre sur les deux photos) et
n'utilise pas les noms des candidats dans ses unes. On peut donc y voir
une forme de neutralité (équité) distante (seulement deux unes).
Egalement deux unes pour Aujourd'hui :
On est clairement dans de l'anti-Royalisme
sur la une de gauche ; on peut considérer que l'autre une est neutre,
mais qu'elle tend à dévaloriser la candidature Royal puisque "rien
n'est joué" alors quelle "fait la course en tête"). Aujourd'hui est
dans une hostilité distante.
Enfin, France-Soir :
1 seule une, très tranchée : hostilité distante mais affichée.
Tout cela donne en fait plutôt raison
à Isabelle. Sur les 24 unes de PQN depuis début octobre, on en a 10 qui
lui sont défavorables, 11 qui sont neutres, 3 qui lui sont favorables.
La Croix et Libé sont les deux seuls quotidiens à rester neutres dans
l'ensemble, tous les autres ont plutôt penché, non pas forcément contre
elle, mais dans un sens qui lui était défavorable. Et il n'y pas
de clivage "intelligentsia" vs. "le vrai peuple" puisque Le Monde, Le
Figaro, Aujourd'hui et France-Soir s'inscrivent dans cette logique
anti-royaliste.
En revanche, ce qu'on voit,
c'est que Royal a été au coeur de l'information : la une est
centrée sur elle 12 fois, soit une fois sur deux. DSK : 5 fois, Fabius
: 1 fois.
Je ne l'apprends à personne : la campagne
s'est organisée autour d'elle. Il était davantage question de savoir si on
était pro ou anti-Royal que de savoir si on était pro-Fabius, pro-Royal
ou pro-DSK. Dans la presse comme sur les blogs.
Et c'est là qu'à mon sens les médias ont
contribué à la victoire de Royal : ils ont fabriqué le mythe en
distillant l'idée qu'elle était INCONTOURNABLE. On le voit bien sur
plusieurs unes de PQN qui, bien que neutres d'apparence, installent
cette idée qu'elle est un phénomène :
Etait-il plus important pour Ségolène
Royal d'avoir la PQN avec elle, ou juste d'être à la une de
l'actualité ? Je crois qu'on est dans une forme d'illustration de la
théorie selon laquelle peu importe le message du moment qu'on a le buzz.
En conclusion, Isabelle a raison de dire
que la "grande" presse ne lui a pas été favorable, mais cette même
grande presse a largement contribué a installer l'idée que l'élection
ne se ferait pas sans Ségolène. Dans la foulée de sa sondomanie.
Un autre exemple de ce type de mécanisme :
l'interview de DSK chez Fogiel il y a quelques semaines. ceux qui l'ont
vue se souviendront que Fogiel n'a posé que des questions sur la place
de DSK par rapport à Royal, l'installant de facto en situation d'infériorité.
J'aurais assez envie d'appeler ça de la persuasion cognitive.
Persuasion qui fait que le miltant PS a le sentiment d'avoir le choix
entre une "grosse" candidate et deux "petits" - alors que Fabius ou DSK
auraient été des candidats de poids, à n'en pas douter. Mais je ne pense
pas que les militants aient voté Royal "contre" les médias et les
élites comme ils avaient voté non contre les médias et les élites.
Au contraire, on peut y voir une vraie forme de
renouvellement des médias qui après avoir incarné l'establishment, ont
rendu Royal incontournable alors qu'elle semble être la candidate du
peuple. Mais non sans une certaine schizophrénie, comme on le voit dans cette petite analyse.
En passant, la victoire de Royal aussi un
signe de la fin de lutte des classes ou de boboïsation du PS : on voit
des militants socialistes qui plébiscitent une femme bourgeoise... [update : c'est con ça en fait, José a raison :D]
Terminons sur les unes du jour de cette
presse nationale qui
n'aime-pas-trop-Ségolène-Royal-tout-en-n'imaginant-pas-d'alternative :
Voilà. J'aurais bien fait le même exercice
sur la PQR pour poursuivre l'exploration de l'idée d'une fracture Paris
/ Province, mais ici je ne trouve que les unes de PQR du jour...
(1) 3 limites :
-
Imedias.biz, qui permet d'accéder en ligne à ces unes, n'offre que deux
mois d'archives. Cela ne tombe pas trop mal puisque ça nous ramène au
début de la primaire, mais je serais bien allé voir plus loin en
arrière.
- les unes proposées ne sont que celles de la presse
quotidienne nationale, pas celles des hebdos d'actualité dont j'ai
trouvé qu'ils avaient été affreusement pro-Royal à un moment (je n'ai
pas fait attention à eux ces derniers temps).
- les unes ne préjugent pas nécessairement des messages subliminaux des articles. Une une neutre peut cacher un contenu orienté.













