22 août 2005
LA CROISSANCE VIDE
La croissance est l’espérance de notre société. En créant des richesses, on crée de l’emploi, on augmente les revenus, mais on agit aussi sur le cadre de vie : on lutte contre l’insécurité notamment.
S’il est exact de dire que la croissance est parée de nombreuses vertus, il faut pourtant se méfier des effets qu’elle crée dans notre société. Je ne veux pas parler des effets environnementaux (l’environnement soumis à l’économique, donc la pollution, etc.), mais d’une part des fausses espérances, d’autre part des inégalités.
Ces deux notions sont liées. On s’inquiète à juste titre que le retour de la croissance ne signifie pas un retour de l’emploi. Les études le montrent et il y a des nombreuses raisons à cela.
D’abord, parce que notre modèle capitalistique est basé sur le revenu de la propriété plutôt que du travail – en clair, les profits dégagés par les entreprises vont en priorité aux actionnaires. Ce qui accentue les inégalités entre riches et pauvres (pour faire simple).
Ensuite, parce que les investissements français vont en priorité à l’étranger, pour des raisons d’attractivité ou de volonté de développement international.
Enfin, parce que le management des entreprises se préoccupe de plus en plus de son efficacité. Et qui dit efficacité dit chasse aux gaspillages, aux coûts. Le travail étant un coût majeur, ce que recherchent les entreprises, c’est de pouvoir faire mieux avec les mêmes effectifs, voire avec moins d’effectifs !
D’ailleurs, ne vous êtes vous jamais dit que votre entreprise pourrait tourner aussi bien avec quelques personnes non ou contre-productives en moins ? Dans une logique de management efficace, les entreprises n’embauchent qu’en dernier ressort. Et le sens de l’Histoire est que le management gagne toujours en rationalité. Bref, les entreprises vont de plus en plus s’exercer à croître en embauchant le moins possible.
Pour toutes ces raisons, il va peut-être falloir s’habituer à un nouveau phénomène : la croissance vide.
