28 août 2005
EMPLOYER OU PROTEGER ?
Cela fait 20 ans que l’emploi est la priorité des Français et donc des Gouvernements successifs. Comment se fait-il alors que personne n’ait réussi à diminuer le chômage durablement ?
Il existe deux leviers pour lutter contre le chômage. Le premier est celui de la croissance. C’est une idée simple : lorsque l’économie croît, on a (plus ou moins, voir "la croissance vide") besoin d’embaucher.
L’autre levier est celui de la flexibilité du marché du travail. C’est là aussi une idée simple : plus on protège le chômeur, plus on rend difficile son embauche (SMIC, charges sociales, etc.).
En Grande-Bretagne, la protection sociale est très faible, le chômage aussi. Cela signifie-t-il que la société est meilleure pour autant ? Sans doute pas. Derrière le chiffre de 4,5% de chômeurs se cache une réalité précaire y compris pour des travailleurs salariés. L’emploi n’y est pas un garant de niveau de vie.
Pourtant, si la véritable priorité des Français est de lutter contre le chômage, il faut agir sur le second levier. Parce que les pouvoirs publics n’ont quasiment aucun moyen de mener une politique de croissance efficace. La croissance française est entre les mains des marchés financiers, de l’économie américaine, peut-être de l’équipe de France de foot… mais pas de l’Etat !
C’est donc au deuxième levier que Dominique de Villepin s’est attaqué avec le Contrat Nouvelles Embauches. C’est pour lui un risque, car il s’attaque en même temps au tabou de la protection sociale. S’il ne le faisait pas, il classerait implicitement la préservation de la protection sociale avant la lutte contre le chômage dans ses priorités.
C’est justement cette question « protection sociale ou emploi ? » qu’il faudrait traiter dans l’inconscient des Français. Mis face à une telle alternative, quel serait leur choix ? Il n’est pas sûr qu’au fond d’eux-mêmes, la lutte contre le chômage mérite de s’en prendre aux fondamentaux de la protection sociale.
Bref, on peut considérer que la lutte contre le chômage est possible, mais que les solutions actuelles ne rendent pas la société meilleure.
Ce dilemme renvoie à l’hypocrisie du débat économique en France. En laissant les Français à leurs idéaux, les politiques acceptent un débat immature. Mais peut-être vaut-il mieux un débat immature que la fin des utopies. Et avoir pour principal souci l’emploi n’est peut-être finalement que le luxe d’une société moderne.
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