29 août 2005
L’AVENIR DE LA PRESSE ECRITE
L’avenir de la presse écrite semble bien morose. Elle subit en effet un faisceau d’attaques sur tous les fronts : publicité, lectorat, contenu, marque.
D’abord, des investissements publicitaires qui se déplacent vers les télévisions. Christian Blachas en a fait le sujet de plusieurs éditos dans CB News cette année. Les annonceurs déplacent leurs investissements vers la télé pour rassurer leurs actionnaires, qui veulent une visibilité puissante et immédiate avant même un retour sur investissement. Difficile d’y voir là une simple tendance conjoncturelle…
Ensuite, on constate une concurrence accrue sur le contenu (et donc sur le lectorat), tendance lourde là aussi. Cette concurrence, c’est d’abord l’explosion de l’offre télévisuelle avec de nouveaux médias qui sont, comme la presse écrite, thématiques.
C’est aussi une concurrence rédactionnelle, avec la capacité accrue de tout citoyen à se transformer en journaliste : soit via des images prises avec un téléphone mobile, soit par la « blogalisation » et plus généralement le développement du « journalisme citoyen participatif » (exemple : www.agoravox.com).
C’était le sujet de Une de Libé samedi 20 août. Cyril Fievet, rédacteur en chef de Pointblog, y déclare « je crois que la notion d’envoyé spécial restera la grande valeur ajoutée du journalisme ». En effet, quand on voit la façon dont les médias ont « plongé » sur certaines affaires (la mythomane du RER D pour ne citer qu’un exemple), on peut se demander quelle est la valeur ajoutée du journaliste de presse écrite s’il se contente de recopier des dépêches.
Pour ces nouvelles chaînes comme pour l’impact du journalisme « improvisé », le phénomène est sans doute trop immature pour être évalué. Mais il ne doit pas être négligé.
Enfin, j’ajouterais à ces réflexions la notion plus générale de dévalorisation de la marque. Montée en puissance des MDD, développement de la contrefaçon… Les consommateurs se détournent de plus en plus des marques. Le phénomène touche tous les secteurs, et en presse écrite, il se traduit par le succès de Métro ou 20 Minutes.
Alors, faut-il compter sur une remise en question des rédactions ? Si elle devait avoir lieu, ne conduirait-elle pas la presse écrite vers le « plus commercial » ? Faut-il donc être absolument pessimiste ?
A voir. L’histoire nous réserve toujours des surprises, et le plaisir de prendre son journal en main restera inaliénable. En espérant que la presse écrite se souviendra de cette phrase de Jacques Chancel : « il ne faut pas donner aux gens ce qu’ils aiment, mais ce qu’ils pourraient aimer ».
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