Adam Kesher

Médias. Communication. Société.

13 octobre 2005

TOUS ENSEMBLE

resistDimanche 6 février 2005, Parc des Princes, Paris. Pour s’associer à la campagne Stand Up Speak Up à l'initiative de Nike, le PSG a troqué ses couleurs habituelles pour jouer en blanc contre un RC Lens tout en noir. Connaissant la réputation d’une (petite, mais connue) partie du public parisien, on craint déjà le pire.

Le pire ne se fait pas attendre. Très vite, une fraction de la tribune Boulogne encourage cyniquement « allez les blancs » et pousse des cris de singe lorsque les blacks du RC Lens touchent le ballon (à savoir : lorsqu’un black joue au PSG, il devient blanc).

Réponse de la tribune Paris (*) : une copieuse bardée de sifflets à l’encontre de Boulogne. Le niveau sonore monte, les bruits venant de Boulogne sont couverts. Boulogne en remet une couche ; nouvelle réponse de Paris. Des doigts, des bras se lèvent en direction de Boulogne. La partie excitée de Boulogne est prête à se battre. Paris lui envoie des « Boulogne on t’encule » (dans un stade de foot, c’est jamais très classe mais les messages ont besoin d'être simples et forts).

La tension monte, plus personne ne regarde le match. Paris regarde Boulogne debout, fièrement, doigts d’Honneur levés
à l’encontre du racisme. Boulogne se montre prêt à se battre, les spectateurs de Paris les plus près de Boulogne reçoivent des
projectiles, désertent leur place.

Tout finira par rentrer dans l’ordre, j’ai oublié le match, mais je n’ai pas oublié le comportement de la tribune Paris debout face à la bêtise humaine ce jour-là. Des supporters de la même équipe prêts à en venir aux mains pour des choses plus importantes que le football. Je n’ai pas oublié non plus que les médias ont retenu les insultes racistes, mais pas la réaction du reste du stade.

Ce week-end, j’ai vu un ami sortir de l’eau dans les Landes avec du pétrole sur la figure. J’ai repensé à tous les individus
qui étaient allés nettoyer les plages avec leurs petites mains. Un mouvement citoyen et spontané.

Peu après, j’ai donc repensé à la tribune Paris le 6 février 2005 : un autre mouvement citoyen et spontané. Je me suis dit que les mouvements citoyens spontanés, c’était à la fois très beau et très fort, et qu’il fallait les saluer. Alors, si vous voulez relater un épisode de ce type, sans remonter jusqu’à la résistance (ou pourquoi pas ?) n’hésitez pas et cliquez sur « commentaires ».

* La tribune Paris, est composée de l’ensemble des tribunes latérales qui séparent les kops de Boulogne et d’Auteuil, côté Paris donc. Elle accueille probablement 20 000 personnes, et est composée de spectateurs tout à fait « normaux » au sens où le quidam l’entend : des gens qui viennent au stade voir un match, applaudissent, se lèvent quand le PSG a marqué, et se comportent de façon civilisée.

Quant aux nazillons en question, ils représentent une fraction de la tribune Boulogne qui est elle-même
aussi peuplée de fidèles supporters du PSG, habitués depuis 20 ans ou plus, c’est à dire depuis une époque où les seuls spectateurs du Parc des Princes se massaient à Boulogne. C’est donc la tribune « historique » du Parc des Princes, sa culture de supporter étant d’inspiration anglaise – la « culture Auteuil » étant plutôt d’inspiration italienne. Auteuil est une tribune beaucoup plus métissée et colorée.

Les tribunes d’Auteuil et de Boulogne sont les « kops » du PSG, qui encouragent l’équipe avec force chants tout au long du match et déploient diverses banderolles. Elles donnent une impulsion aux encouragements, plus ou moins repris par l’ensemble du stade selon l’ambiance. Chacune de ces tribunes doit accueillir 5 ou 7000 personnes.

Posté par adam kesher à 20:54 - 3. société - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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