28 février 2006
PROPAGANDE ORDINAIRE
Drôle de « dossier spécial » que nous proposent Les Inrockuptibles du 22 au 28 février 2006. En couverture : George Clooney ; en accroche : « avec George Clooney en chef de file, HOLLYWOOD VOTE A GAUCHE ». Dossier spécial, qu’on vous dit.
Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent lisent
On pourrait consacrer un long article à la promesse non tenue : un « dossier spécial » finalement assez maigre : 8 pages dont une double d’illustration (Syriana) ; rien sur le parcours « de gauche » de George Clooney ; un encadré de « repères » historiques qui laisse sur sa faim ; ou encore, un décalage étonnant entre :
• la une : « Hollywood vote à gauche » (j’affirme)
• le sommaire : « le critique américain Kent Jones se demande si Hollywood est vraiment passé à gauche. Peut-être que non… » (je doute de mon affirmation)
• le contenu de l’article central : « pourquoi perdre du temps à débattre de leur (les films « de gauche ») sens politique ? (…) C’est plutôt le reflet d’un désir grandissant chez le public de voir des thèmes politiques abordés dans des films » (en fait l’affirmation que j’ai posée en une était complètement con mais il faut aller au bout de l’article pour le savoir).
Cela sent le dossier trop vite mis sous presse, pas assez recherché, pas assez mûri, pas assez cohérent. Et l’accroche facile, parfaite pour faire dépenser leurs trois euros à tous les Adam Kesher de France et de Navarre.
Quel dommage, car il y aurait de quoi faire un magnifique hors série. Les rapports entre cinéma et politique méritent un meilleur traitement qu’en font les Inrocks.
Mais ne les accablons pas. Car si en voyant en une des Inrocks « Hollywood vote à gauche », je m’imagine trouver un dossier de trente pages avec historique complet, interview-fleuve de George Clooney sur ce sujet spécifique, éclairage d’historiens du cinéma et chroniques approfondies de la rédaction, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même.
Je vous épargne donc un décorticage en règle comme ceux que j’avais entreprise pour Télérama ici et là. Décorticage que l’on pourrait d’ailleurs faire sur quasiment n’importe quel « dossier spécial » promis par n’importe quel média. Qui a demandé de ne pas tirer sur l’ambulance ?
Des messages de gauche, vraiment ?
Revenons davantage sur le fond. Hollywood vote à gauche ? Mon premier réflexe a été de me dire « tiens, les Inrocks viennent de s’en rendre compte ? » puis « mais tant mieux s’ils en parlent, même s’il n’y a aucune nouveauté, car le sujet est bon ».
Pourquoi écrire qu’Hollywood vote à gauche maintenant ? « L’actualité » est dans la liste des Oscars. Sont nommés pour meilleur film 2005 trois films prétendument de gauche : Munich ; Goodnight and Good Luck ; et Le secret de Brokeback Mountain. (S’ajoute à cela l’actualité des sorties et plus précisément celle de Syriana. Et il aurait pu être question du récent – et bluffant - Lord Of War, sur le commerce des armes ; et du encore plus récent, mais beaucoup moins bluffant Nouveau Monde)
Malheureusement pour moi, à l’heure où j’écris ces lignes (car je compte bien ne pas en rester là), je n’ai vu qu’un seul de ces trois films oscarisables : Goodnight and good luck, sur lequel je m’étais étendu ici. Film de gauche ? Un peu, peut-être. Mais s’attaquer au maccarthysme 50 ans après les faits, est-ce en soi une démarche « de gauche » ?
Le film de Clooney représente un pari certes risqué, mais davantage par le choix du sujet et de l’esthétique noir et blanc, que par un parti-pris politique.
Le message central : « la télévision devrait éduquer, pas abrutir » a même quelque chose de fortement consensuel. Je ne vois pas ce qui me ferait sentir le cœur à gauche simplement parce que je suis en phase avec ce message. Ni même parce que je suis d’accord pour dire que le maccarthysme renvoie à une des pages les plus sombres de l’histoire américaine.
Et quels sont les messages centraux, justement, de Munich et de Brokeback Mountain ? Si j’en crois les Inrocks, « que la revanche pollue l’âme, et que la violence engendre toujours plus de violence » en ce qui concerne le premier.
Et en ce qui concerne le second, optons très simplement pour « la possibilité d’un amour réel homosexuel ». Là aussi, j’aimerais qu’on m’explique en quoi se sentir en harmonie avec ces messages suffit à être « de gauche » aujourd’hui.
L’équation magique : humanisme = gauchisme
Je n’écris pas cela uniquement parce que les notions de gauche et de droite sont à mon sens complètement dépassées, comme je l’avais écrit ici. Certes, j’aimerais qu’un lecteur puisse me définir clairement ce que sont gauche et droite de manière cohérente à la fois dans la théorie, dans la pratique et dans la durée historique.
Mais là n’est pas le propos : admettons que la concommitance de ces films "engagés" soit effectivement un phénomène nouveau (qu'en pensent les historiens du cinéma ?). Il me semble tout de même que le cinéma hollywoodien a très souvent été promoteur de valeurs humanistes qui sont, justement, universelles (ce qui ne veut pas dire qu'il ne nous a pas affligé d'affreux nanars).
Et l’utilisation du cinéma pour diffuser des messages de paix, pas exemple, est une constante depuis très longtemps – cela a souvent été le cas des grands films de guerre. Parfois, ce message s’est accompagné d’un réel engagement politique pour certains de ses acteurs (aux côtés des démocrates, et je n’ai pas écrit « aux côtés de la gauche ») : Ben Affleck, Barbara Streisand, Jane Fonda... - voir ici.
Et avec parfois une ironie ou une schizophrénie hallucinante : souvenez-vous de la scène finale de La Planète des Singes en 1968, où le héros découvre que la planète en question n’est autre que la terre après que ses habitants eurent fait sauter les bombes atomiques.
Cet homme agenouillé, frappant le sable de ses poings en lançant un bouleversant message de paix, n’était autre que Charlton Heston, futur Président de la National Rifle Association (NRA), le lobby des armes, épinglé brillamment par Michael Moore dans Bowling For Columbine (question : Bowling For Columbine est-il un film de gauche parce que son auteur est de gauche ?)
Bref, la morale est omniprésente au cinéma, et Hollywood ne fait pas exception. On lui a d’ailleurs souvent reproché d’être moralisateur.
Des films d’opposition ?
On peut aussi se demander si la nouveauté n'est pas dans un défi lancé au pouvoir en place – là où le cinéma a historiquement été un outil de propagande (ce qui ne signifie pas que les causes défendues étaient injustes).
Comme le relèvent fort justement les Inrocks, pendant la seconde guerre mondiale, « A la demande de Roosevelt, l’élite des studios (Ford, Hawks, Lang, Walsh…) se met à produire en masse des films de propagande qui se trouvent être aussi de grands films ».
Mais s’opposer à Bush ne signifie pas non plus être de gauche. Pas plus aux Etats-Unis qu’en France, où probablement 90% de la population rejette sa politique (à moins que sans le savoir, la France compte 90% de gauchistes).
Cette « nouveauté » reste à relativiser. D’abord parce que je ne suis pas sûr que le cinéma hollywoodien n’ait pas, historiquement, produit des films gênants pour le pouvoir en place. D’autre part, parce que l’interprétation de ce « défi » est parfois large. Il suffit souvent de peu aux critiques cinématographiques pour voir dans telle ou telle œuvre un pied de nez à Bush.
Libération a fait de ces interprétations larges une spécialité, voyant par exemple l'été dernier dans Land Of The Dead, le dernier film de morts vivants de George A. Romero, une critique pointue des inégalités sociales, et dans Goodnight and Good Luck un bras d’honneur au Président américain.
Je ne veux pas m’interdire de telles interprétations, mais je les trouve somme toute rapides. Le cinéma de Loach ou Frears dans les années 80 a attaqué le Thatchérisme beaucoup plus directement et beaucoup plus violemment.
Rupture éventuelle dans la « soumission » au pouvoir en place, donc, mais continuité dans la diffusion de messages humanistes, qui ne sont pas pour autant des messages de gauche.
Messages de gauche ? L’analyse de fond de Kent Jones, l'auteur de l'article central du dossier (traduit pour l'occasion par les Inrocks) à ce propos est d’ailleurs extrêmement brève et je peux en restituer la totalité ici : « Pourquoi des thèmes de gauche plutôt que de droite ? Peut-être parce que les positions de droite ne sont pas en accord avec les changements et la diversité dans laquelle l’art s’épanouit ».
Films de gauche ? Une part d’appréciation personnelle, mais surtout une part de flou
Il y a forcément une part de subjectivité dans l’appréciation de la posture politique d’un film : peut-on dire que « The Truman Show » est un film de gauche ? Ou simplement, parce qu’il dénonce la télé-réalité, qu’il tente d’élever le niveau ? On dira que c’est un film de gauche si on considère que la télé-réalité est le fruit de politiques de droite. Ou inversement.
« Fight Club », pour prendre un autre exemple-récent-mais pas-trop, est-il un film de gauche parce qu’il dénonce le tout-consommation ? Même chose : de gauche, oui, si on considère que la société de consommation est de droite.
Mais tout cela reste hautement contestable : il me semble qu’il ne faut pas confondre le fait d’avoir un propos humaniste ou intellectuel et le fait d’avoir un propos militant, de gauche ou de droite.
Opposer gauche et droite, est-ce la même chose qu’opposer humanisme et totalitarisme ? Réflexion et divertissement ? Modération et excès ? Paix et violence ? Assurément non.
Kent Jones, dont l’article en soi n’est pas inintéressant, balaie d’ailleurs la question des « films de gauche ».
Autant parce qu’il y voit un faux débat (« une hypothèse pour un édito pour un journal du dimanche » - on ignore si les Inrocks prévoient de décaler leur parution du mardi) que parce que la gauche n’existe pas aux Etats-Unis (« tous ces bavardages (…) ont finalement une résonance étrangement poignante, quand on sait qu’il n’y a presque pas de vrais hommes politiques de gauche aux USA »).
Les Inrocks votent à gauche
Ce n’est pas Kent Jones qui ne valide pas l’accroche de la une du journal. Ce sont Les Inrockuptibles qui écrivent « Hollywood vote à gauche » au mépris du contenu de leur dossier.
Une accroche d’autant plus abusive que « la gauche » n’y est jamais définie – et je crois qu’on ne peut malheureusement pas se permettre de partir du principe que « tout le monde sait ce que signifie être de gauche ». Notamment à cause du grand décalage entre les principes liés à la gauche et la réalité des politiques de gauche en France depuis plus ou moins 20 ans. Et si la lecture du dossier invite à penser que la gauche en question est la gauche américaine, cela n’est pas explicité pour autant.
La une d’un magazine n’est pas anodine. Elle sera vue bien plus souvent que le contenu du magazine lui-même (pour info, les Inrocks vendent 40 000 exemplaires par semaine). Elle est donc l’occasion de diffuser un message : c’est précisément ce que font Les Inrocks. Bien entendu, ils n’ont jamais fait mystère de leurs préférences politiques.
Mais en comparant d’une part cette accroche, d’autre part le contenu du magazine, je n’y vois pas autre chose qu’un élément de propagande. La propagande telle que Chomsky l'entend : la diffusion d’une idée présentée comme acquise alors que les faits incitent à la nuance. De cette propagande ordinaire, qui nous fait à tous penser (croire ?) qu’être de gauche c’est à la fois être cool et humaniste, et qu’être de droite c’est être, comme le dirait Koz, un « vil fasciste ».
Certes, il n’est pas écrit « votez à gauche ». Mais en écrivant « Hollywood vote à gauche » alors que rien ne le démontre véritablement, les Inrocks favorisent l’amalgame courant entre les valeurs humanistes et les valeurs de la gauche. Et encore plus, ils favorisent l’amalgame entre les valeurs humanistes et la politique des responsables de gauche.
Grave ou pas grave ? Je suis assez gêné car la confusion des genres, entre une droite qui se rêve à gauche et une gauche qui gouverne à droite, est telle qu’il me paraît probable qu’un nombre non négligeable d’électeurs se rabat vers des grands principes théoriques avec lesquels ils se sentent en phase, plutôt que vers le pragmatisme, les bilans des gouvernants ou même les programmes des candidats.
Autrement dit, j'ai aimé ces films ; on me dit qu'ils sont de gauche ; cela me donne un repère politique et cela tombe bien car je n'y voyais plus très clair ; je vote Ségolène.
Hollywood voterait Royal plutôt que Borloo ? On n’aurait pas osé en rêver, les Inrocks l’ont fait.
16 février 2006
ALLEZ VOIR AILLEURS
Pas de notes avant le 26 : cela donnera l'occasion à mes fidèles lecteurs de découvrir de nouveaux blogs.
Tant
de sujets sur lesquels j'aimerais écrire... Burgaud a-t-il été servi
par son passage à la télé ? Faut-il accepter la précarité au nom de
l'emploi ? Quel est le pouvoir réel des blogs ? Que valent les 40
propositions du magazine "Respect" pour les banlieues ? Les politiques
doivent-ils, comme le propose Montebourg, snober les émissions de
variété ? Pourquoi, dans les entreprises, les causes les plus nobles
sont-elles défendues par les gens les plus odieux (et inversement ?) ?
Faut-il être exemplaire pour pourvoir l'ouvrir ? La confusion des
valeurs politiques est-elle un corollaire de notre accès ouvert à
l'information ? Où en est l'affaire Mayetic et dans quelle mesure les blogs ont-ils réussi un travail d'investigation ? Que va devenir le nouveau blog de Norbert Balcon ?
Le pire c'est que pendant les vacances, la liste devrait s'allonger. Je lirai vos commentaires avec plaisir à mon retour.
15 février 2006
DEBAT SUR LA LIBERTE D'EXPRESSION, SUITE
C'est un lecteur, Jo (non : ni José Ferré, ni José@Lae-cité) qui me l'a signalé dans la nuit : le blog de Norbert Balcon, Pan dans le bec, linké ici, a été fermé par Blogspirit.
J'ai connu un des blogs de Norbert, Tu viendras cracher sur ma tombe,
par un hasard total : alors que je venais d'ouvrir mon blog, il avait
publié une note en même temps que moi et s'était retrouvé dans la liste
des derniers blogs mis à jour sur Canalblog.
Dans Tu viendras
cracher sur ma tombe, il publiait des extraits de son roman, En route
vers le clochard, de façon très sporadique. Puis nous nous sommes
parlés par mail. Norbert m'a expliqué qu'il publiait des extraits à
droite et à gauche, sur des blogs qu'il ouvrait et fermait. Il m'a
envoyé le texte d'En route vers le clochard. J'aime beaucoup son
écriture aigre-douce.
Puis il y a quelques jours, Norbert m'a
signalé son déménagement, que je n'avais pas remarqué. Changement
d'angle : "Pans dans le bec" raconte son expérience à l'Ecole de
Journalisme de Lille, après avoir fait un séjour à Sainte-Anne.
Pour
Norbert, on lui a fait comprendre que sa place n'était pas à l'ESJ.
Pour la Direction de l'école, elle a tout fait pour le réintégrer
normalement après un an d'absence. C'est là que les discours divergent
et que le problème naît.
L'ESJ de Lille a mis Norbert en demeure
(par un mail du 6 février) de cesser sa campagne calomnieuse sur son
blog et a mis BlogSpirit en copie de cette mise en demeure. Une heure
plus tard, "Pans dans le bec" était fermé.
Norbert a ouvert un nouveau blog ici, "La preuve par Zouzou" où il raconte les événements, jusqu'à... une garde à vue. Il publie notamment une lettre d'explication d'Eric Maitrot (le Directeur de l'école) aux étudiants et anciens de l'ESJ.
Extraits
: "pour la constitution d’une plainte, un avocat n’aurait que
l’embarras du choix au gré des 136 pages référencées" (...) "j’aurais
aimé que les gens qui s’alarment si vite pour cette pseudo atteinte à
la liberté d’expression se soucient une seconde de savoir comment les
permanents de l’école et moi-même pouvions ressentir de telles attaques
et vivre de tels moments".
Puis Maitrot de citer une étudiante
anonyme, Zouzou (la fameuse) : "J’ai le sentiment très bizarre et très désagréable
que nous ne parlons pas de la même chose. Que l’école dont tu parles ne
fonctionne pas comme tu le décris. Que les gens dont tu parles ne sont
pas ceux que je croise. Que tu cherches à régler des comptes que je ne
comprends pas pour des raisons que tu n’expliques pas".
Il n'en a pas encore été question sur Pointblog.
Je ne sais pas si Norbert souhaite beaucoup de publicité, mais la
transparence de Pan Dans le bec sur son histoire personnelle et
l'ouverture très rapide de "La preuve par Zouzou" semblent montrer que
ça ne le gêne pas. Mais peut-être Norbert préfère-t-il que ses
audiences restent confidentielles. C'est à lui de se prononcer.
Update 15.02 18h13 : Norbert m'écrit "J'ai bien lu ta note et cela ne me pose pas de problème. Comme tu l'écris, je cherche à rendre public le récit de mon passage par l'ESJ."
J'ai
beaucoup de sympathie pour Norbert, même sans le connaître, mais je ne
m'étais pas suffisamment plongé dans "Pan dans le bec" pour émettre un
avis. Et les contenus ne seront plus disponibles... Véritable censure
ou véritable diffamation ? En tout cas, si l'on veut se risquer à
comparer cette affaire et celle des caricatures, je ne voyais pas dans
la démarche de Norbert que la seule intention de blesser autrui.
Norbert
entreprend sur "la preuve par Zouzou" de reprendre son histoire.
espérons qu'il puisse le faire de son point de vue sans diffamer ou
injurier. Si l'ESJ voulait étouffer l'affaire, ce n'était peut-être pas
la meilleure marche à suivre.
PS : ne trouvant pas d'autres
infos que celles de Norbert sur cette affaire, j'ai écrit à l'ESJ
Lille. En attente de leur réponse.
14 février 2006
DE LA CARICATURE AU DIALOGUE

12 jours depuis la une de France Soir. Plus de 6 mois depuis l'origine de l'affaire (pour revenir en profondeur sur les faits, lire Embruns, si vous ne l'avez pas encore fait).
Il a beaucoup été question de liberté d'expression, je voudrais user d'une autre liberté qui s'offre au blogueur : celle de s'arrêter. De se poser. Même, ou surtout, après la bataille.
Derrière l'affaire des caricatures de Mahomet s'entrechoquent des enjeux à la fois philosophiques (la liberté d'expression, la censure, le respect de l'autre, la responsabilité individuelle), culturels (la place du religieux dans les sociétés, la connaissance de l'autre, le racisme et la xénophobie) et géopolitiques (les rapports de force entre les Etats, leur capacité à instrumentaliser).
Des enjeux sur lesquels on a, déjà, beaucoup écrit. Chacun y va de sa tribune, de son opinion, de son éclairage. Les caricatures passionnent et c'est tant mieux. Car nous avons tous bien compris qu'il ne s'agit pas que de caricatures. On assiste à un véritable débat de société. Il n'y en a pas tant.
Téléchargez ici le compte-rendu synthétique du "dialogue" entre responsables religieux, hommes de presse et autres intellectuels, organisé par Reporters Sans Frontières jeudi dernier. Cela vaut vraiment le coup : c'est une belle leçon de prise de hauteur et de pluralité d'opinions.
Il y a donc de multiples façons d'aborder cette affaire. Pour ma part, je la verrais volontiers comme une leçon de la mondialisation. Les caricatures ont achevé de nous montrer que sur une planète mondialisée, l'ignorance de l'autre n'est plus possible et que chacun doit évaluer la portée et les conséquences de ses paroles et de ses actes. Ce devoir de projection est la contrepartie de notre liberté d'expression.
Car la mondialisation, celle des moyens de communication, c'est aussi cela. Même si Internet n'a pas joué un rôle central dans cette crise. Ce que j'écris ici peut être lu à tout moment partout dans le monde. De la même façon, un journal danois peut avoir un retentissement mondial. Cette mondialisation-là a, jusqu'ici, largement été vécue positivement. On s'aperçoit qu'elle peut être instrumentalisée. Mais il ne s'agirait pas de la renier le jour où l'on s'aperçoit qu'elle comporte une part de risque.
Cette mondialisation nous ouvre à l'autre. Un autre dont on peut penser ce que l'on veut, mais qu'on pourra de moins en moins ignorer. L'apprentissage de l'autre est toujours douloureux, mais il est aussi nécessaire. Cela ne veut pas dire devenir comme l'autre ou demander à l'autre de penser comme soi. Cela veut dire : connaître et comprendre l'autre pour être capable de le respecter.
Car l'accès à l'information, donc à la connaissance, donc à la connaissance de l'autre, est une tendance lourde entamée depuis des siècles. Elle ne fait que se renforcer aujourd'hui.
On a beaucoup écrit ces derniers jours que les sociétés musulmanes devaient faire l’apprentissage de ce que sont les sociétés occidentales. Cela fait écho en moi à une autre question d'actualité : celle du colonialisme. Peut-on vraiment condamner le colonialisme en bloc et rejeter la responsabilité de la crise des caricatures sur les pays musulmans ?
Alors oui, les sociétés musulmanes devaient faire l’apprentissage de ce que sont les sociétés occidentales. C’est vrai. Mais pourquoi l’inverse ne le serait-il pas tout autant ? En quoi nos valeurs devraient-elles s’imposer aux autres ? Pourquoi cet impérialisme intellectuel ? Je me le demande.
Peut-être sommes-nous de meilleurs modèles de droits de l’homme, de respect de libertés fondamentales. Mais cela ne veut pas dire que nos sociétés ne recèlent pas un vide abyssal. Cela ne veut pas dire que nous sommes plus heureux. Et surtout, cela ne veut pas dire que nous devons nous imposer sans faire l’effort d’aller vers l’autre, sans le blesser. Ni que nous n’avons rien à prendre chez l’autre.
Je ne vois en fait pas ce qui motiverait de ne pas renvoyer les uns et les autres dos à dos.
Ou plutôt, face à face. Car comme l'ont dit plusieurs des intervenants au cours de ce "dialogue" organisé par RSF (précisément, Mohamed Bechari, Nawaf Naman, Denis Garreau et Abbas Aroua), c'est justement le dialogue entre les cultures qui permettra de faire face aux intégrismes.
Les caricatures de Mahomet n'invitent pas au dialogue. Elles invitent
aux caricatures de la Shoah. A l'escalade. Mais du dialogue, elles en
révèlent la criante nécessité.
Et si nous sommes vraiment meilleurs que l'autre, le montrerons-nous mieux par la méthode impérialiste ou par le dialogue ?
13 février 2006
LES UNES DE PRESSE EN JANVIER
Service minimum pour l’analyse des unes de
presse de janvier. On distingue 4 thèmes d’actualité dominants,
qui ont réuni chacun entre 7 et 9 unes de presse (*).
L’événement
du mois sera donc l’accident cérébral d’Ariel Sharon (9 unes), mais on
peut difficilement faire l’impasse sur le Contrat Première Embauche (8
unes), la victoire du Hamas (8 unes) et la crise du gaz russe (7 unes).
Ils
ont également marqué l’actualité : Outreau (5 unes), les perspectives
2006 (4), la grippe aviaire (4), l’Iran (3), les vœux de Sarkozy (3) et
l’offensive de Mittal sur Arcelor.
Côté personnalités
politiques, c'est Villepin que l'on a le plus souvent vu à la une de la
presse en janvier (13 fois, dont 6 à la une du Figaro). Il devance
Chirac, plus présent que les mois précédents (10 fois) et Sarkozy (6
fois, dont trois pour ses voeux). Ségolène Royal, présente 3 fois à la
une de la presse quotidienne nationale, vient en quatrième position.
Plutôt qu'une analyse approfondie, je me suis livré à un petit jeu : qui aime quoi ?
LIbé aime Internet...

Et Libé aime aussi faire référence à Mitterrand


France-Soir aime bien les formules choc





Aujourd'hui aime positiver (de temps en temps, par principe, voir aussi ici).


A
noter : Le Monde porte bien (ou mieux) son nom : 16 unes sur 25 (64%)
sont clairement orientées sur l'actualité internationale.
Et pour finir notre jeu
traditionnel : laquelle selon vous de ces deux unes traite le sujet le
plus important pour l’avenir de l’humanité ? (ce n'est pas censé être
un match Libé vs. Aujourd'hui au départ, mais on dirait que c'est en
train de le devenir)
Pour revenir sur février et la question
des caricatures, il faudra attendre un peu... Et pour les précédentes
éditions de cette analyse, voir ici.
(*) les données sont comptablisées à partir du site Imedias.
Sont prises en compte les unes de presse quotidienne nationale
généraliste mises en ligne : celles du Monde, du Figaro, de Libération,
d'Aujourd'hui, et à partir du 16 janvier, France-Soir et la Croix. Cela
pose quelques problèmes méthodologiques, mais j'ai considéré que
l'analyse n'était pas biaisée. Ne
sont pas utilisés : L'Equipe, les Echos et Métro.
12 février 2006
UNE QUESTION DE MORAL

On
peut penser ce que l’on veut de Christian Blachas, l’homme de CB News
et de Culture Pub, et notamment que c’est un chantre du consumérisme.
Mais c’est à mon sens un véritable analyste de son secteur, la
communication (et pas seulement la pub) et, à travers elle, de la
société française. Ses réflexions livrées chaque semaine dans un édito se révèlent souvent d’une grande pertinence.
Bref, j’aime bien Blachas. Et pas seulement parce que c’est un fana de foot.
En
parlant de sport, justement. Il y a quelques mois, Blachas écrivait un
édito intitulé « S.O.S. Culture Gagne ». J'en ai déjà parlé ici.
Cela faisait suite à la perte des J.O. de 2012 par la ville de Paris.
Par la France toute entière. Blachas faisait le constat qu’en matière
de sport, la France accumulait les « loses ».
Effectivement,
rien de gagné en foot depuis 2000, que ce soient les clubs ou la
sélection ; plus de coureur en Formule 1 ; aucune star, aucune grande
victoire en cyclisme ; peu de médailles aux J.O. d’Athènes; un titre de
champion du monde de handball perdu ; la coupe du monde de rugby en
Europe mais aux Anglais ; les basketteurs juste médaillés de bronze à
l’Euro. Juste une Coupe Davis en 2001, un tournoi des 6 nations en
2004. J’en oublie sûrement, mais le constat est implacable.
Où
en est-on de cette culture gagne ? Depuis cet été, on a vu quelques
victoires encourageantes : le relais 4x100 champion du monde, le
premier grand chelem d’Amélie Mauresmo en Australie, les handballeurs
champions d’Europe. Hier, l’équipe de Coupe Davis se qualifie de façon
inespérément facile face à l’Allemagne.
Ce ne sont, bien sûr,
pas ces « petites » victoires qui vont changer le moral d’une société
traumatisée par la précarité, les violences urbaines et maintenant la
crise judiciaire. Difficile aussi d'y voir un retour général de la "culture
gagne".
Mais là où je veux en venir, c’est que je crois vraiment
qu’au-delà, ou à côté, des questions politiques de court terme (bien
identifiées par les « élites ») et de questions cruciales pour l’avenir de la planète
(moins bien identifiées par les « élites »), la France a bien besoin de
victoires sportives. D’une grande victoire (la coupe du monde de foot
par exemple, mais il faut oser y croire) ou de beaucoup de « petites »
comme celles de ce début d’année.
Même formidablement méprisé
par les élites intellectuelles, le sport a un rôle de lien social à
jouer. Et il peut être un levier puissant pour remonter le moral des
troupes.
il ne s'agit pas d'oublier les problèmes de la société d'aujourd'hui et de demain en se gaussant de titres divers : c’est
bien une question de moral, et c’est juste une question de moral. Les
sportifs de haut niveau ne sont probablement pas conscients de cette
responsabilité. Heureusement pour eux.
09 février 2006
STAR SYSTEM

Je m'interroge. Par goût personnel, ce blog a beaucoup abordé l'univers des médias depuis quelques semaines. On connaît les difficultés de la presse
quotidienne payante (juste un chiffre : des ventes France en recul de
6% pour l'ensemble de la PQN entre 2001 et 2005*). Dans le précédent billet, je me pose la question : "veut-on des médias moins puissants, avec des idées fortes, ou des médias plus puissants avec des idées molles ?" - car cela semble bien être l'alternative devant laquelle ils sont.
Une
idée, déjà évoquée dans les commentaires d'un autre précédent billet, pour
reconstruire de l'intérêt autour des médias écrits en général et de la
presse quotidienne nationale en particulier : et si les rédactions
mettaient davantage en avant les hommes et les femmes qui les composent
?
Et si les
médias faisaient de leurs journalistes des stars, plutôt que de
valoriser leur "marque" (la marque Le Monde, la marque Libé...) en la
souhaitant intemporelle et plus forte que les hommes, qui ne font que
passer ? Quels sont les stars dans la presse quotidienne aujourd'hui ?
Où sont les PPDA de la presse écrite ? La
médiatisation de Florence Aubenas ne profite-t-elle pas à Libération ?
Les éditorialistes et les patrons de rédaction interviennent-ils
suffisamment dans les autres médias ? Pourquoi les éditoriaux du monde ne sont-ils (généralement) pas signés ? Quels ont été les "J'accuse" du vingt-et-unième siècle ?
L'absence de lien "personnel" entre le lecteur et le signataire de
l'article n'explique-t-il pas cette fatigue du public ? N'est-ce pas ce
"je" dans la rédaction que les internautes recherchent sur les blogs ?
Cette désincarnation du journalisme ne lui est-elle pas profondément
nocive ?
Après tout, nous
sommes dans une société de l'image et du star system... Les médias
peuvent choisir de vivre avec leur temps. Ou pas.
* Calcul effectué à partir du site de l'OJD.
06 février 2006
OU VA TELERAMA ?

Sous le titre provocateur de ce billet se cache une caricature (moi aussi je peux caricaturer, on verra si on met le feu à mon immeuble). Celle de la une de Télérama daté du 4 février (en vente depuis le 1er), qui pose la question : « Où va France Inter » (sans point d'interrogation). C’est l’enquête de la semaine et elle est très aguicheuse pour qui s’intéresse à l’univers des médias. Un monument des médias français passé au crible ? On s’en lèche les babines.
Caricature, c’est le mot. Le dossier de Télérama relève de la caricature du dossier qui choisit un angle à l’avance et, quels que soient les éléments de l’enquête, s’y tient. Quitte à passer rapidement sur tout ce qui pourrait contrarier ce fameux angle aguicheur.
La couverture du magazine, d’abord. « Où va France Inter ». Le ton est donné, la question est posée. Le sommaire nous indique « France Inter, une station en pleine crise de confiance ». Page 10, c’est la une de l’article : « France Inter, écoutez la divergence » (en référence au slogan historique de la station : « écoutez la différence »).
Le chapô, censé résumer l’article (donc dispenser de sa lecture ?) annonce le programme : « trop partisane, trop parisienne, trop convenue… Depuis quelques mois, les critiques fusent sur l’antenne de la radio publique, tandis que son audience s’évapore. Qu’est devenue l’impertinente qui clamait haut sa « différence », s’interrogent les fidèles auditeurs déçus ? De la crise de confiance à la prise de conscience, radiographie d’une station dans la tourmente ».
L’évolution de l’audience : moins évident qu’il n’y paraît
Sur quoi repose l’argumentation de Télérama ? Sur la courbe d’audience, d’abord. France Inter a franchi en novembre dernier la barre symbolique des 10 points d’audience… Dans le mauvais sens. Une audience qui chute depuis 10 ans.
Les faits sont implacables, mais leur mise en scène forcément subjective. Télérama rappelle timidement que France Inter voit son audience remonter depuis ce pic négatif de novembre : en deux mois, elle repasse de 9.5 à 10.2 points d’audience. Sur le graphique, c’est spectaculaire. Mais ça l’est toujours moins que la panade de RTL, qui de 18 points en 1998, chute à 11,2 début 2006. RTL n’a pourtant pas droit aux mêmes égards que France Inter. (Voir la page 13 de Télérama ou télécharger les données sur le site de Médiamétrie).
Sur la tendance lourde, Télérama nous dit : « depuis 10 ans, l’audience de France Inter ne cesse de baisser. Pas sur le mode hémorragique non, plutôt comme une lente saignée. D’une moyenne de 12 points, on est passé à 11, puis à 10 depuis 2003 ». Une façon cruelle de relativiser cette chute d’audience et de masquer le fait qu’elle est revenue début 2006 à son niveau de 2003.
La présentation des facteurs du déclin : savant exercice de subjectivité
Sur les facteurs de ce déclin, ensuite. Facteurs exogènes sur lesquels tout le monde s’entendra, d’abord : les chaînes télévisées d’information en continu, Internet et le multimédia, les autres stations de Radio France (France Info, France Bleu, voire France Culture) qui se généralisent et marchent sur les plates-bandes d’Inter.
Facteurs endogènes, ensuite, et c’est là que commence la nalyse de Télérama. Extraits :
« Peut-être d’abord, parce qu’elle a mal vieilli. Forte de son succès, la station s’est endormie sur ses lauriers. Depuis quinze ans, ce sont peu ou prou les mêmes émissions à l’antenne, les mêmes formules, les mêmes voix ». Est-ce pour autant un argument ? Peu ou prou, que cela signifie-t-il ?
« Si le nouveau Directeur, Gilles Schneider, dit avoir fait du renouvellement sa « priorité » et a déjà procédé à une trentaine de changements depuis septembre, à l’écoute ça n’a rien de flagrant. On a davantage l’impression d’une radio qui ronronne et se répète que d’un cocktail tonique et surprenant. » Soit. Mais n’est-on pas en droit d’attendre d’une référence comme Télérama qu’elle nous livre davantage que des impressions ?
« Plus préoccupant encore, la relation avec les auditeurs s’est dégradée. (…) Le courrier d’accumule, les e-mails pleuvent. Et on peut mesurer le mécontentement en direct, car l’antenne est prise d’assaut par les auditeurs (…) pour apostropher les journalistes et contester le traitement de l’information ». Le courrier s’accumule, mais on ne connaîtra pas la tendance. L’antenne est prise d’assaut : réalité ou simple référence aux « interventions » d’un anonyme énervé par les ménages de Stéphane Paoli et qu’Acrimed reprend à la vitesse du son ? Pour ma part, étant auditeur fréquent de Radio Com, j’entends surtout des auditeurs féliciter l’équipe du 7-9 pour la qualité du traitement de l’information. Mais Télérama n’en parlera pas.
Un autre exemple : l’introduction que Stéphane Paoli fait de son émission Baobab « nous cherchons (…) un moyen de rétablir un contact avec le pays… Nous avons le sentiment que depuis un certain nombre d’événements politiques quelque chose était un peu abîmé entre le pays et les grands médias », qui ressemble à un mea culpa selon Télérama : « à l’évidence on vit assez mal cette perte de confiance à France Inter ».
Mais le procès des médias en général ne doit pas être celui de France Inter en particulier. Cette perte de confiance que j’ai souvent évoquée ici n’est pas forcément plus spécifique à Inter qu’à d’autres.
Balayer devant sa porte ?
On peut aussi remarquer le dossier « Où va France Inter » est tout aussi classique dans sa conception et sa rédaction que ce qu’il reproche à Inter : par exemple, l’entretien obligé avec le sociologue dont on retiendra deux poncifs : « la valorisation de l’individu sur le collectif » ou « avec la montée en puissance des radios thématiques, on est en train de perdre ce lien (social) », d’après Jean-Marie Charon. Parions que ce dernier aura été bien déçu du rendu de l’entretien dans le papier publié.
Un autre poncif : « les auditeurs sont devenus des consommacteurs » (Dominique Dambert et Didier Adès). Autre exercice obligé par le genre : la conclusion plus optimiste, quitte à contrarier les partis pris de départ (en l’occurrence, la bonne position de la station sur les podcasts).
La difficulté de l’exercice auquel Télérama se soumet tient à ce que des témoins-clé ont demandé l’anonymat. On cite « un journaliste », un « producteur », une « animatrice ». On peut espérer que ces témoignages anonymes (combien, d’ailleurs ?) auront été suffisamment convaincants pour valider le parti-pris à charge du dossier. Le contraire relèverait de la malhonnêteté intellectuelle.
Sur le fond…
Interrogeons-nous un instant sur les raisons qui expliqueraient un déclin – relatif ? - de France Inter. Ce serait d’abord un problème de qualité : « Sur l’information, les auditeurs réclament davantage d’analyse, de perspectives, d’éclairages différents. Supportent mal que l’on accorde autant de place aux déboires conjugaux du « petit Nicolas » ou aux « potins » people. S’irritent que le sport puisse être traité avant l’actualité internationale ».
Peut-être. Mais qui aime bien châtie bien. Cette exigence des auditeurs n’est-elle pas le revers de la médaille, pour ce qui reste une radio de référence fondamentale sur le traitement de l’information ?
Deuxième grief : la radio partisane. Sur ce point, Télérama commence par ne pas trancher : « La rédaction d’Inter serait fondamentalement partisane. On lui reproche d’être vendue au pouvoir en place, confite dans sa bonne conscience de gauche, c’est selon… ». Puis argumente, notamment dans l’encadré « le cas Bernard Guetta ».
Si on doit croire en l’un des arguments qui sont avancés, de façon plus ou moins cohérente, par Télérama, c’est à mon avis bien celui de la partisanerie. Je crois vraiment que le public, dans son ensemble, c'est à dire des millions de citoyens, n’aime plus s’entendre donner des leçons : nous en avons parlé sur ce blog très récemment. Le débat du référendum aurait servi de détonateur.
Je rejoindrai totalement Anne-Marie Gustave et Stéphane Jarno, les auteurs du dossier, lorsqu’ils écrivent « accusée de faire de la propagande pro-oui, la station a déchaîné l’ire de ses auditeurs ». Mais Gilles Schneider renvoie un argument implacable : « je préfère avoir été dans le débat et le payer qu’être resté à l’extérieur avec un meilleur chiffre d’audience ».
Jean-Paul Cluzel, le Président de Radio France, aurait demandé à la rédaction d’être « modeste et respectueuse envers ses auditeurs » et de « présenter avec retenue les éléments à partir desquels ils se forgeront leur propre opinion ». Si problème il y a, il est donc sans doute cerné. La question suivante est donc : veut-on des médias moins puissants, avec des idées fortes, ou des médias plus puissants avec des idées molles ? Télérama ne la pose pas.
L’autre hypothèse, qui n’est pas soulevée non plus dans le dossier de Télérama, est que la chute d’audience est inéluctable face aux facteurs exogènes décrits plus haut. Et si France Inter n’y était juste pour rien ?
Quelle place pour la nuance ?
Qu’on ne se trompe pas. Je n’écris pas toutes ces lignes pour me faire l’avocat intransigeant de France Inter. Stéphane Paoli, notamment, m’agace très profondément, j’ai déjà eu l’occasion de le dire. (Certes, je ne suis certes pas obligé de l’écouter, mais il y a un certain fanatisme pro-Paoli à la maison).
Ce que je constate, c’est que Télérama prend le parti de charger et s’y tient, dans un dossier finalement tout aussi classique que ce qu’il critique. Poser la question « Où va Télérama ? », c’est, bien sûr, exagérer. Et je suis tout aussi partial et incomplet que ce que je montre du doigt.
Je posais plus haut la question « balayer devant sa porte ? », mais à mon sens la réponse est non : pas besoin à mon sens d’être irréprochable pour être légitime : seul le message compte – c’est d’ailleurs ce que je tente de démontrer à travers l’anonymat de ce blog. Télérama peut charger s’il le souhaite, mais qu’il le fasse plus objectivement. Même si par ailleurs nous savons tous que l’objectivité pure et parfaite est illusion.
Beaucoup d’éléments du dossier de Télérama sont justes. Mais je regrette le manque de nuance. La théorie du déclin de France Inter est incontestable, mais doit être nuancée. L’analyse du déclin doit être nuancée. Et la suite à donner pour la station doit rester ouverte. Mais qui aime bien châtie bien, on l’a dit : je ne vais pas changer mon abonnement pour prendre Télé 7 Jours à la place.
PS : deux infos à noter. D'abord, l'article d'Acrimed sur le même sujet que je découvre à l'instant de mettre mon papier en ligne. Et pour finir sur une note positive, le chat de Gilles Schneider sur telerama.fr le 13 février. Les bons réglements de compte font les bons amis.
LE MOT DU JOUR (16)
« Appeler à la responsabilité, c’est ouvrir la porte à la censure. Nous les caricaturistes, revendiquons le droit à l’irresponsabilité ».
- Bruno Gaccio, à l'instant sur France Inter -
05 février 2006
BETTER BURN OUT THAN FADE AWAY

Il m'arrive de me féliciter de l'utilisation de la grande musique dans des campagnes de publicité. Mais quand je vois Iggy Pop se commettre dans une campagne de SFR (campagne TV démarrée aujourd'hui), je ne peux que me souvenir du mot de Neil Young qui intitule ce billet (malgré le choix du morceau, I wanna be your dog, une vraie tuerie).
Sinon, mes excuses auprès de mes lecteurs pour cette absence inopinée après une semaine qui a à peu près ressemblé à ça. J'aimerais tant me plonger dans l'affaire Mayetic ou la couverture des caricatures de l'Islam, théoriser sur l'influence des blogs ou analyser la critique de France Inter par Télérama, mais je touche aux limites du blog amateur. Ca viendra peut-être, sans doute. En attendant, merci à ceux qui ont commenté le précédent billet sur le journalisme. J'ai pris le temps de répondre. La conversation est toujours ouverte.



