Adam Kesher

Médias. Communication. Société.

30 juillet 2006

La bloc-société

J'aime bien les parallèles entre foot et société (voir ici). Osons un nouveau parallèle en nous inspirant du principe footballistique de "bloc-équipe".

bloc__quipeC'est quoi le bloc-équipe ? Ca veut dire que les 11 joueurs, pour former une équipe performante, doivent jouer près les uns des autres.

Les milieux doivent jouer près des défenseurs et les attaquants près des milieux. Ca permet de réduire les espaces laissés à l'adversaire, de secourir un partenaire en difficulté et de transmettre et de conserver le ballon plus facilement. Et peu importe que l'on joue haut (près du but de l'adversaire) ou bas (près de son propre but) : quand on joue en bloc-équipe, on est très difficile à battre.

Surtout, le principe de bloc-équipe est un principe de solidarité. Chaque joueur est positionné pour voler au secours de l'autre. On n'a pas un attaquant à 50 mètres du milieu le plus proche, et les milieux reviennent aider les défenseurs quand ça chauffe pour eux.

Et bien je crois qu'il serait bon de s'inspirer de ce concept dans nos sociétés : on appellerait ça la "bloc-société". Les riches ne seraient pas beaucoup plus riches que les moyennement riches qui ne seraient pas beaucoup plus riches que les pauvres. Les différences de niveau de vie et de revenus seraient significatives, mais contrôlées.

Pourquoi ? Parce que comme en foot, quand les gens sont trop "éloignés" les uns des autres, ça pose de multiples problèmes. Globalement, c'est la question du lien et de la cohésion sociale qui sont en jeu.

Les thèses libérales en vigueur partent du principe que si les riches s'enrichissent, les pauvres en bénéficieront. Vrai ou pas, elles induisent des aggravations d'inégalités (aux USA, voir ici, on a presque retrouvé les écarts de richesses d'avant la crise de 1929). Ces inégalités croissantes sont, dans la thèse libérale, un espère de rétablissement d'équilibre. Si un individu contribue 1 million de fois plus à la bonne marche de la société qu'un autre, qu'il gagne 1 million de fois plus. C'est équitable.

Donc, les riches jouent de plus en plus loin des moyennement riches qui jouent de plus en plus loin des pauvres. Et c'est globalement vrai dans les pays "du Nord". Problème : c'est peut-être "équitable", mais les liens se distendent, la société se fracture, les crises se multiplient.


Alors puisqu'il est de bon ton de vanter les valeurs et l'esprit du football, puisque nos politiques se voient volontiers comme des capitaines d'équipe, des Zidane ou des Thuram, pourquoi ne pas leur demander de mettre en application ce concept de bloc-équipe qui fait la réussite des grandes équipes ? Allez, tous en route vers la bloc-société !

Posté par adam kesher à 23:32 - 3. société - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


On est mal barrés

Je viens de me rendre compte qu'il existe un classement des blogs politiques en France. On peut facilement critiquer ce genre d'initiatives qui reposent forcément sur des critères subjectifs et qui posent mille et uns problèmes méthodologiques. J'y reviens dans quelques lignes, car une certaine distance est nécessaire.

Je pense en fait que c'est une bonne occasion de découvrir des blogs, de prendre la température, etc. Que la fonction "annuaire" prime sur la fonction "hit parade". A mon sens, le vrai problème serait plutôt d'isoler les blogs du reste du monde et de ne pas les mesurer aux autres médias Internet. Mais globalement, je vois cette initiative positivement.

Maintenant, critiquons : je suis ravi d'apprendre que le Blog d'Adam Kesher est à cette heure 48ème blog politique en France. Le seul problème est que je n'ai parlé de politique qu'à quatre reprises, à tout casser, depuis janvier. De façon un peu théorique dans l'analyse du dossier des Inrocks "Hollywood vote à gauche" ; moins dans le fond que sur la forme dans une "revue de journal" en mars ; sur la communication sarkozienne vue par Marianne ; et à l'instant sur le thème de la décroissance.

C'est un peu maigre pour un blog "politique" - ou perçu comme tel, car il ne s'est jamais revendiqué comme tel (l'appartenance aux freemen est probablement le critère "politique"). "Sociétal" si on veut (d'autres thèmes comme les caricatures ou l'affaire Burgaud ont été abordés).

A l'inverse, c'est un classement invraisemblablement flatteur pour un blog à l'activité aussi limitée que le mien (15 billets sur les 4 derniers mois). Bref, si je suis 48ème dans le débat politique, on est mal barrés.

Toujours pour critiquer la méthodo, voir Koz seulement 18 places devant moi me gêne un peu, dans la mesure où il incarne à mon sens à la fois le thème politique, la constance et la fréquence de l'écriture, l'existence d'un lectorat important et d'un débat de haut niveau.

Mais on sait que l'évaluation de l'influence est avant tout affaire de subjectivité.

La question que je me pose en regardant le classement de "Bon vote" est : est-on en présence de véritables médias, c'est à dire de blogs qui vont parler de politique et être lus par autre chose que des blogueurs ? Ou est-on en présence de médias communautaires, c'est à dire de blogs qui vont parler de politique mais être lus seulement par d'autres blogueurs ?

J'ai toujours l'impression que les blogs fonctionnent, globalement, en circuit fermé. Et que leur influence sera possible s'ils fonctionnent en circuit ouvert - et en particulier, ouvert auprès de personnalités politiques ou de leaders d'opinion.

Ce sont ces politiques et ces leaders d'opinion qui décideront de rendre ou non les blogs influents, en participant ou non au débat blogosphérique, en reprenant ou non des thèses ou des idées issues de la blogosphère. C'est moins une question de quantité (le nombre de lecteurs) que de qualité (ce qu'ils peuvent faire du contenu).

Et pour le moment, je continue à penser qu'il est très... disons, culotté, de croire les blogs influents.

Posté par adam kesher à 23:02 - 4. web - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Où l'on reparle de décroissance

Découvert via Eric Mainville : l'article parfaitement navrant du Monde sur la décroissance. Parfaitement navrant et c'est bien dommage, car c'est un article engagé, autrement dit une espèce en voie de disparition.

[La lecture de ce qui suit est inutile si l'on a pas lu l'article du monde.]

"Au-delà des grands classiques - protection sociale, flexibilité du marché du travail, chômage des jeunes, dette publique -, un thème économique inédit pourrait émerger lors de la campagne présidentielle. Celui de la décroissance, doctrine en vogue", prévient l'article dans son introduction. Bonne nouvelle pour le freeman qui sommeille en chacun de nous. Mais si ce thème est traité comme il vient de l'être dans le Monde, autant qu'il ne le soit pas du tout.

La thèse du Monde :
la décroissance serait une idée fantaisiste puisque la croissance est une condition nécessaire pour sortir le milliard d'être humains qui vivent dans l'extrême pauvreté de leur situation. C'est sûr, puisque des économistes l'ont dit (pour savoir ce que je pense des économistes rendez-vous ici).

Croissance ou décroissance. Le bien ou le mal. Blanc ou noir. PSG ou OM. Mais où sont les nuances que l'on est en droit d'attendre d'une référence comme le Monde ?

On peut commencer par se demander pourquoi, si la croissance est une composante de la solution contre la misère, celle-ci est si commune. Ben oui, il y a quant même de la croissance dans le monde.

Mais telle qu'elle existe aujourd'hui, elle est surtout l'apanage de certains. Ce n'est pas parce que les Etats-Unis croissent que le reste du monde en profite.

Parler d'un objectif de croissance partagée serait plus approrié. Et déjà plus utopique, car si la Chine, le Brésil ou l'Inde croissent, l'immense majorité des pays dits "du Sud" restent dans leur misère.


Invitons aussi le Monde à aller écouter Alain Lipietz chez Nuesblog. Ou si cela est trop long, à en lire un extrait produit par José sur Carnets de nuit :

"il va y avoir des choses qui vont croître et d'autres qui vont décroître. Le temps libre doit croître, la consommation de biens matériels privés, en général elle doit décroître, mais la consommation des transports en commun, elle doit croître."

Hé oui. Certaines choses doivent croître, d'autres doivent décroître. La décroissance n'est pas nécessairement un concept total. C'est d'abord une idée qui doit nous interpeller. Non, parler de décroissance, ça ne veut pas dire que chaque être humain doive accepter de vivre plus pauvrement qu'aujourd'hui. Mais oui, pour certains, les riches habitants des pays riches, ça pourrait dire qu'il faille se contenter de moins.

La décroissance est un concept solidaire. On a vu qu'avec la croissance, ce n'est pas parce que certains avancent que tout le monde avance. Aujourd'hui, les inégalités croissent. Avec la décroissance, ce n'est pas parce que certains - ou certaines choses - reculent que tout le monde recule.

Evidemment, la décroissance comme concept total (décroissance pour tous et partout) est difficile à admettre. Imagine 2012 propose 3 types d'objectifs pour les Etats-Nations en fonction de leur Indicateur de Développement Humain : le progrès durable pour les plus riches, le développement durable pour les "moyens", et la croissance économique pour les plus pauvres. Le mot décroissance n'est pas utilisé, mais ces objectifs sont directement inspirés de l'idée de décroissance.

Progrès durable, développement durable, croissance économique : hou la la, que c'est compliqué. Pour le Monde, c'est croissance ou décroissance. Rien entre les deux.

Se contenter de moins ? En vouloir plus ? on sait bien que le débat n'est pas là, mais dans la recherche du Mieux.

Faire croître ce qui préserve la satisfaction des besoins des générations futures, faire décroître ce qui les compromet : cela pourrait être une définition du Mieux.

Ce qui implique aussi de cesser de s'en tenir à la seule croissance du PIB comme on le définit aujourd'hui. Et plutôt de mesurer le progrès, comme le fait l'association Redefining Progress en retranchant du PIB l'impact du crime, des crises, de la pollution... dont le traitement crée, techniquement, des richesses. Mais qui n'indiquent pas un bon bilan de santé pour un pays (voir l'explication de José).

Mais tout cela est sans doute trop complexe pour être expliqué par le quotidien le plus influent de France. Imaginez ce que ça va donner dans le 13h de TF1 si le Monde traite le sujet comme ça. J'en suis d'autant plus désolé que je suis persuadé qu'aucune critique émise sur aucun blog ou "média citoyen" ne saurait toucher les divas de la presse nationale, qui ne viendront jamais discuter ici ou sur d'autres lieux qui tentent de traiter le sujet intelligemment.

En attendant, le gap se creuse encore entre les médias et l'opinion.

Je veux bien qu'on démolisse le concept de décroissance comme idée "totale". Mais je n'arrive pas à comprendre qu'on n'oppose que la croissance à la décroissance et qu'un tel article ne puisse pas servir à ouvrir à la réflexion sur l'idée du progrès comme référence commune.

Et pour conclure, deux images de la recherche de croissance à tout prix, fournies par l'actualité de ces derniers jours :

Gatlinlandis

Posté par adam kesher à 22:10 - 5. économie - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Pub

J'ai beau avoir récemment passé un temps très limité à me cultiver (dans la blogosphère ou pas), voici quelques découvertes :

Minimalisme chic : c'est Empreinte Digitale, le blog d'Alav. Si les communiquants sont nombreux à bloguer, ceux qui parlent de leur métier ne sont pas si nombreux que ça. Pour Alav, ce blog est avant tout une expérience et je le vois mal venir commenter à tout va pour se créer de l'audience. Pour ses lecteurs, c'est un blog à suivre où il peut se passer à peu près n'importe quoi, sauf l'enfonçage de portes ouvertes.

Encyclopédie du 7ème art : c'est Ciné Critiques, par Sylkarion. En trois mois, Sylkarion a posté des centaines de critiques de films de toutes époques. Petit à petit, l'encyclopédie prend forme. Ou comment le blog devient autre chose qu'un média d'actualité : peu importe la date de publication de l'article, Ciné Critiques se lit d'abord à partir de la colonne de droite : les habituelles "catégories" sont les réalisateurs. Un concept simple, des critiques certes académiques mais une excellente exécution et surtout, un goût très sûr.

Plus brièvement, côté graphisme : le site de Jean-Michel Roccuzzo, et côté photo, l'incroyable travail de Gilbert Garcin abondamment vanté dans le Télérama de cette semaine. Le Tati de la photo ?


Gilbert_Garcin_242
Gilbert Garcin : le temps suspendu (2003)

Posté par adam kesher à 20:46 - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

28 juillet 2006

Promenade estivale

En se promenant entre la gare du Nord et l'hôpital Lariboisière, on tombe sur cette façade bizarrement barrée en travers...

varini_7

Et autour de nous, dans la rue Ambroise Paré, d'autres immeubles sont curieusement décorés...

varini_6

A y regarder de plus près, ce sont des bandes de ruban adhésif de couleur...

varini_4

Et ces bandes, on en voit partout dans la rue. Parfois continues, parfois interrompues...

varini_2

A mi-chemin dans la rue, une perspective se dessine...

varini_5


De plus en plus nette au fur et à mesure que l'on avance...

varini_3

Et à l'autre bout de la rue Ambroise Paré, au croisement de la rue Patin, pratiquement sur le boulevard Magenta, on découvre le point focal qui donne son sens à l'ensemble.

felice_varini

7 droites qui s'entremêlent, qui se dessinent dans un plan imaginaire alors qu'en profondeur, une centaine de mètres sépare le point le plus proche du plus éloigné. Le résultat photographié n'est pas plus intéressant qu'un vulgaire travail sous photoshop. Le résultat in situ, dans l'espace, est étonnant.

"7 droites pour 5 triangles" est l'oeuvre d'un artiste suisse, Felice Varini, qui n'en est pas à son coup d'essai. En 2003, c'est l'Odéon qu'il barrait. Un travail d'une incroyable minutie, parmi d'autres. Certains en ont déjà bien parlé, j'ai pour ma part découvert Varini il y a une dizaine de jours, par hasard.

Simple prouesse technique ou véritable oeuvre d'art ? Je me suis beaucoup posé la question. Je pars souvent du principe que la prouesse technique nuit à l'émotion, qui au contraire naît de la simplicité. Au-delà de la fascination technique suscitée par l'oeuvre, crée-t-elle vraiment de l'émotion ?

Pour moi, oui. Le travail de Varini interroge de multiples façons. Il démontre d'abord que les projets les plus fous peuvent voir le jour.
Il devient aussi assez facile d'intellectualiser le message de l'oeuvre.

Par exemple, partant du constat qu'elle impose un point de vue unique pour la mise en cohérence de l'ensemble, on peut se demander s'il ne s'agit pas d'une négation de la diversité ? La vérité à travers un seul point de vue ? Varini, artiste totalitaire ?

Mais on peut aussi l'interpréter en se disant qu'il s'agit d'une démonstration d'ouverture : il faut se déplacer pour que le sens prenne forme. Se mettre à une autre place que la sienne. Adopter le point de vue de quelqu'un d'autre.

Bref, on peut y comprendre ce que l'on veut y comprendre. Et comme Varini a immédiatement exercé une vraie fascination sur moi, j'opte pour le message d'ouverture. A bon entendeur.

Posté par adam kesher à 23:11 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 juillet 2006

Universalité ?

Qu'est-ce qui mérite vraiment la caractéristique d'universel ?

09bour

Les Droits de l'homme et du citoyen, déclarés universels ?




beatles

Les Beatles, plus célèbres que Jésus Christ ?



bible

Le livre le plus vendu au monde, ou plus simplement...



islam

croix_david
buisson_ardent_chagall

... la croyance en Dieu ?



logo_coca_cola
Coca-Cola, le deuxième mot le plus compris au monde après "ok" ?




mcdo

D'autres marques ?



logo_Google

L'accès à l'information ?



kamasutraroccoplayboy


L'attrait pour le sexe ?




anneaux_olympiques
ballonzidane

Le sport, ses valeurs, ses icônes ou ses débordements ?


code_barre
piece_dollar

La consommation, ou l'argent ?




homme2

La domination de l'homme sur la femme ?




michael_jackson

starwars3

Les disques ou les films les plus achetés au monde ?




bellies2

L'égoïsme ?




peace_rainbow
communisme

Des idéaux ?


Bref, l'universalité, est-ce des droits, des croyances, des idéaux, la consommation, l'art, la culture, le sexe, le sport, la vie, la mort... ou n'est-ce rien ?

Posté par adam kesher à 18:47 - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23 juillet 2006

Sacrifice romantique ou coup de boule puéril ?

JD Beauvallet et Pierre Siankowski des Inrocks sur le coup de boule de Zidane (numéro 555 du 18 juillet, page 12) :

"Ce qu'il nous reste, à tous, pourtant, c'est ce geste. Sublime, forcément sublime. Zidane restera pour toujours l'homme des coups de tête imprévus des finales de coupe du monde (...)"

"C'est ce moment précis où le footballeur devient homme, cesse d'avaler des couleuvres avec une langue de bois pour répondre, loin des règles puériles et humiliantes de ce football perverti par ses us et coutumes dégradants (ta mère ceci, ta fille cela, franchement...) avec son sang, ses tripes. Zidane était sur le point de sortir de cette prison, mais a décidé d'avancer de 10 minutes sa libération (...)"

"(...) Zidane tape à l'oesophage pour lui faire ravaler ses mots, son orgueuil, son arrogance brutale. C'est un geste merveilleux et un sacrifice pour demain, pour que cessent peut-être ces insultes indignes, ce racisme cancéreux que les joueurs et entraîneurs se balancent à la gueule dans cette zone de non-droit que restent les terrains. Qu'un joueur de l'importance de Zidane choisisse de ramener la loi - même celle de la jungle, c'est un début - sur le terrain, qu'il s'immole pour que le foot retrouve une dimension humaine, mérite d'être salué, encouragé - et non condamné avec la rigueur jésuite d'un récent édito moralisateur de l'Equipe."

Admettons que le coup de boule de Zidane n'ait eu aucune incidence sportive sur le
 résultat de la finale de la coupe du monde - ce qui est probable. Le geste de Zidane doit alors être examiné uniquement d'un point de vue moral.

J'avoue que je n'étais pas très loin d'écrire un papier proche dans l'esprit de celui des Inrocks : la vision romantique d'un ultime geste d'adieu, un "merde" au racisme plus important que tous les trophées du monde. En rêvant juste encore un peu, on voit Zidane quitter le terrain sans même attendre son carton rouge. Le sport ne compte plus, seule la morale est en jeu.

Un sacrifice pour tous les autres. Jesus Christ, Jan Palach, Zinédine Zidane. Sauf que.

willem_defoe_0palach1image_15623587_192_144

Sauf que - dans la version officielle au moins - il n'y avait rien de raciste dans les injures. Pour ceux qui n'ont pas lu Match, le texte aurait été "Casse-toi pédé, avec ta pute de soeur. Oui, ta pute de soeur. Et je vais te défoncer le cul".
Tiens, on a beaucoup spéculé sur la nature raciste des injures, mais rien sur leur côté homophobe.

Mais avec ce "pédé" et cette "pute de soeur" ordinaires, quelle noble cause à défendre contre ces injures puériles ? Celle de la Famille ? Les mêmes Inrocks pourraient alors consacrer une pleine page à démontrer que Zidane est un nouvel hérault du pétainisme. Travail, famille, patrie, football.

petainb

J'aurais voulu voir les choses comme dans ce papier. Mais je n'y vois qu'une réponse puérile à une provocation puérile. Je n'arrive pas à me dire autre chose que l'indifférence était la meilleure des réponses (sujet abordé ici sur ce blog).

L'indifférence, la plus puissante des armes.
Comme très, très souvent dans la vie en général. On tue grâce à l'indifférence. Plus souvent involontairement que volontairement, malheureusement. Si on était indifférents à Le Pen, on l'affaiblirait. Si on s'appropriait l'indifférence, si on choisissait l'indifférence, on serait sacrément plus forts.

Il aurait été bien plus majestueux de la part de Zidane de laisser retomber ces injures dans un oubli mérité. Il aurait été bien plus majestueux de la part de Zidane de "regretter" son geste - ce "responsable mais pas coupable" ambigu donne, j'en suis persuadé, un mauvais exemple pour les milliers de matchs de jeunes sur les terrains de France et d'ailleurs, pour les années à venir. Le coup de boule, prochaine mode sur les terrains de foot amateur ? On peut le craindre.

La Fifa, en sanctionnant Zidane et Materazzi de 3 et 2 matchs, a su calmer le jeu, ne pas donner à cette histoire des proportions encore plus démesurées, ne pas donner envie d'en parler encore et encore. Au final, on est passé très près d'une aussi belle sortie que celle que racontent les Inrocks. Une histoire, un conte, une légende romantique. Mais la vision terre-à-terre nous impose simplement d'être navrés de tout cela.

Posté par adam kesher à 14:57 - Commentaires [2] - Rétroliens [1] - Permalien [#]

Nike ta guerre

3646dontdoit_stop_1
warisover

Repris chez José.

Posté par adam kesher à 13:49 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 juillet 2006

I'm alive

"Selon les chiffres, 43% des statistiques sont fausses".

- Mark Twain (?) -

Posté par adam kesher à 18:59 - 6. le mot du jour - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08 juillet 2006

Communautés

community

L'autre jour, comme tous les jours, je passe devant un SDF, un sans-abri, comme vous voulez. Un type comme un autre, assis par terre avec une pancarte "aidez-moi svp". Ce n'est pas en ce moment qu'il fait froid, celui-là je ne le connais pas et chaque fois que je vois quelqu'un dans sa situation, je me demande pourquoi je donnerais à certains et pas à d'autres.

Pourtant, celui-là, impossible de ne pas lui donner quelque chose. Je m'arrête et sort une pièce pour lui. Oui, lui, plutôt qu'un autre, plutôt que tous ceux que j'ignore, si souvent.

Il portait un polo PSG. Et si vous ne le saviez pas, je suis un abonné PSG.

Marque de clan, le logo à la tour Eiffel a fait son effet immédiat. Le type n'en avait peut-être rien à cirer du PSG, je n'ai aucune idée, je n'ai pas engagé le dialogue. Il avait peut-être récupéré le polo dans une poubelle. Peut-être même que son truc à lui, c'est l'OM et qu'il était dégoûté de devoir porter un polo PSG.

Mais lui et moi étions soudainement membres de la même communauté. On avait un truc en commun.

Comme ont en commun tous les blacks-blancs-beurs qui sautent dans les bras les uns des autres après chaque victoire des Bleus. Comme je l'ai dit sur mon blog spécialisé, ça me fait plaisir de voir ces mouvements de foule.

Certes, il y a les débordements (je me suis moi-même fait tirer mon portefeuille dans les festivités d'après France-Portugal, mais ne vous inquiétez pas tout va bien), et même les morts. Certes, il se passe autre chose dans le monde comme le font remarquer Koz ou José. Certes, ça ne fait pas redémarrer l'économie. Certes, ça ne nous dit rien de ce qu'il se passera en mai 2007.

Mais ça répond à un besoin social de péter les plombs dans un contexte archi-morose, et si ça peut laisser des traces de réconciliation nationale dans l'esprit des gens, c'est toujours bon à prendre.

Ah, les communautés. On en avait parlé sur ce blog il y a quelques mois. Pour se dire qu'on en avait un peu ras-le-bol, des communautés. des communautarismes qui si souvent attisent les haines. A l'époque, c'était l'affaire Ilan - Fofana. De quoi dégueuler. Mais de quoi se demander aussi pourquoi on parlait de certaines choses plutôt que d'autres.

Mais les communautés, on n'y échappe pas. On vit en communauté. Le voisinage, le travail, la famille, la religion, les copains, les footeux, les PSG, les fans de musique, les blogueurs, les visiteurs du domaine de Montagenet : tous en réseaux.

Tous en réseaux : ça a toujours été comme ça et ça le sera toujours.

Internet, lui, accélère la formation de  ces communautés. Internet, on l'aime parce qu'il nous permet de constituer des réseaux.

Reste à savoir si ces nouveaux réseaux virtuels ou pas si virtuels que ça servent à quelque chose. J'ai envie de penser que oui. Certains ont déjà le mérite d'exister.

Ils démontrent leur efficacité pour connecter l'individu, qui bientôt se demandera comment il aurait fait pour vivre sans ces réseaux d'amis rencontrés sur le Net. Mais quant à démontrer leur efficacité pour faire bouger la société, on n'en est pas là.

Internet pour faire bouger la société ? C'est loin d'être une évidence. Comme je l'entendais cette semaine dans une conférence, "c'est la société qui adopte Internet car Internet va dans son sens".
Si Internet est au service de la société, comment pourrait-il renverser les désordres établis ?

Internet ne serait pas une révolution, juste un instrument qui nous permet de fonctionner comme on en a envie. Et l'envie, ce n'est pas forcément de se mettre à travailler pour l'intérêt général. Mais tout est question de volonté.

Posté par adam kesher à 19:11 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1