30 juillet 2006
La bloc-société
J'aime bien les parallèles entre foot et société (voir ici). Osons un nouveau parallèle en nous inspirant du principe footballistique de "bloc-équipe".
C'est
quoi le bloc-équipe ? Ca veut dire que les 11 joueurs, pour former une
équipe performante, doivent jouer près les uns des autres.
Les
milieux doivent jouer près des défenseurs et les attaquants près des
milieux. Ca permet de réduire les espaces laissés à l'adversaire, de
secourir un partenaire en difficulté et de transmettre et de conserver
le ballon plus facilement. Et peu importe que l'on joue haut (près du
but de l'adversaire) ou bas (près de son propre but) : quand on joue en
bloc-équipe, on est très difficile à battre.
Surtout, le
principe de bloc-équipe est un principe de solidarité. Chaque joueur
est positionné pour voler au secours de l'autre. On n'a pas un
attaquant à 50 mètres du milieu le plus proche, et les milieux
reviennent aider les défenseurs quand ça chauffe pour eux.
Et
bien je crois qu'il serait bon de s'inspirer de ce concept dans nos
sociétés : on appellerait ça la "bloc-société". Les riches ne seraient
pas beaucoup plus riches que les moyennement riches qui ne seraient pas
beaucoup plus riches que les pauvres. Les différences de niveau de vie
et de revenus seraient significatives, mais contrôlées.
Pourquoi
? Parce que comme en foot, quand les gens sont trop "éloignés" les uns
des autres, ça pose de multiples problèmes. Globalement, c'est la
question du lien et de la cohésion sociale qui sont en jeu.
Les
thèses libérales en vigueur partent du principe que si les riches
s'enrichissent, les pauvres en bénéficieront. Vrai ou pas, elles
induisent des aggravations d'inégalités (aux USA, voir ici,
on a presque retrouvé les écarts de richesses d'avant la crise de
1929). Ces inégalités croissantes sont, dans la thèse libérale, un
espère de rétablissement d'équilibre. Si un individu contribue 1
million de fois plus à la bonne marche de la société qu'un autre, qu'il
gagne 1 million de fois plus. C'est équitable.
Donc,
les riches jouent de plus en plus loin des moyennement riches qui
jouent de plus en plus loin des pauvres. Et c'est globalement vrai dans
les pays "du Nord". Problème : c'est peut-être "équitable", mais les
liens se distendent, la société se fracture, les crises se multiplient.
Alors
puisqu'il est de bon ton de vanter les valeurs et l'esprit du football,
puisque nos politiques se voient volontiers comme des capitaines
d'équipe, des Zidane ou des Thuram, pourquoi ne pas leur demander de
mettre en application ce concept de bloc-équipe qui fait la réussite
des grandes équipes ? Allez, tous en route vers la bloc-société !
On est mal barrés
Je viens de me rendre compte qu'il existe un classement des blogs politiques
en France. On peut facilement critiquer ce genre d'initiatives qui
reposent forcément sur des critères subjectifs et qui posent mille et
uns problèmes méthodologiques. J'y reviens dans quelques lignes, car
une certaine distance est nécessaire.
Je pense en fait que c'est une bonne occasion
de découvrir des blogs, de prendre la température, etc. Que la fonction
"annuaire" prime sur la fonction "hit parade". A mon sens, le
vrai problème serait plutôt d'isoler les blogs du reste du monde et de
ne pas les mesurer aux autres médias Internet. Mais globalement, je
vois cette initiative positivement.
Maintenant,
critiquons : je suis ravi d'apprendre que le Blog d'Adam Kesher est à
cette heure 48ème blog politique en France. Le seul problème est que je
n'ai parlé de politique qu'à quatre reprises, à tout casser, depuis
janvier. De façon un peu théorique dans l'analyse du dossier des Inrocks "Hollywood vote à gauche" ; moins dans le fond que sur la forme dans une "revue de journal" en mars ; sur la communication sarkozienne vue par Marianne ; et à l'instant sur le thème de la décroissance.
C'est
un peu maigre pour un blog "politique" - ou perçu comme tel, car il ne
s'est jamais revendiqué comme tel (l'appartenance aux freemen est
probablement le critère "politique"). "Sociétal" si on veut (d'autres
thèmes comme les caricatures ou l'affaire Burgaud ont été abordés).
A
l'inverse, c'est un classement invraisemblablement flatteur pour un
blog à l'activité aussi limitée que le mien (15 billets sur les 4
derniers mois). Bref, si je suis 48ème dans le débat politique, on est
mal barrés.
Toujours pour critiquer la méthodo, voir Koz
seulement 18 places devant moi me gêne un peu, dans la mesure où il
incarne à mon sens à la fois le thème politique, la constance et la
fréquence de l'écriture, l'existence d'un lectorat important et d'un
débat de haut niveau.
Mais on sait que l'évaluation de l'influence est avant tout affaire de subjectivité.
La question que je me pose en regardant le classement de "Bon vote"
est : est-on en présence de véritables médias, c'est à dire de blogs
qui vont parler de politique et être lus par autre chose que des
blogueurs ? Ou est-on en présence de médias communautaires, c'est à
dire de blogs qui vont parler de politique mais être lus seulement par
d'autres blogueurs ?
J'ai toujours l'impression que les blogs
fonctionnent, globalement, en circuit fermé. Et que leur influence sera
possible s'ils fonctionnent en circuit ouvert - et en particulier,
ouvert auprès de personnalités politiques ou de leaders d'opinion.
Ce
sont ces politiques et ces leaders d'opinion qui décideront de rendre
ou non les blogs influents, en participant ou non au débat
blogosphérique, en reprenant ou non des thèses ou des idées issues de
la blogosphère. C'est moins une question de quantité (le nombre de
lecteurs) que de qualité (ce qu'ils peuvent faire du contenu).
Et pour le moment, je continue à penser qu'il est très... disons, culotté, de croire les blogs influents.
Où l'on reparle de décroissance
Découvert via Eric Mainville : l'article parfaitement navrant du Monde
sur la décroissance. Parfaitement navrant et c'est bien dommage, car
c'est un article engagé, autrement dit une espèce en voie de
disparition.
[La lecture de ce qui suit est inutile si l'on a pas lu l'article du monde.]
"Au-delà
des grands classiques - protection sociale, flexibilité du marché du
travail, chômage des jeunes, dette publique -, un thème économique
inédit pourrait émerger lors de la campagne présidentielle. Celui de la
décroissance, doctrine en vogue", prévient l'article dans son
introduction. Bonne nouvelle pour le freeman qui sommeille en chacun de
nous. Mais si ce thème est traité comme il vient de l'être dans le
Monde, autant qu'il ne le soit pas du tout.
La thèse du Monde : la
décroissance serait une idée fantaisiste
puisque la croissance est une condition nécessaire pour sortir le
milliard d'être humains qui
vivent dans l'extrême pauvreté de leur situation. C'est sûr, puisque
des économistes l'ont dit (pour savoir ce que je pense des économistes
rendez-vous ici).
Croissance
ou décroissance. Le bien ou le mal. Blanc ou noir. PSG ou OM. Mais où
sont les nuances que l'on est en droit d'attendre d'une référence comme
le Monde ?
On peut commencer
par se demander pourquoi, si la croissance est une composante de la
solution contre la misère, celle-ci est si commune. Ben oui, il y a
quant même de la croissance dans le monde.
Mais telle qu'elle
existe aujourd'hui, elle est surtout l'apanage de certains. Ce n'est
pas parce que les Etats-Unis croissent que le reste du monde en
profite.
Parler d'un objectif de croissance partagée serait
plus approrié. Et déjà plus utopique, car si la Chine, le Brésil ou
l'Inde croissent, l'immense majorité des pays dits "du Sud" restent
dans leur misère.
Invitons aussi le Monde à aller écouter Alain Lipietz chez Nuesblog. Ou si cela est trop long, à en lire un extrait produit par José sur Carnets de nuit :
"il
va y avoir des choses qui vont croître et d'autres qui vont décroître.
Le temps libre doit croître, la consommation de biens matériels privés,
en général elle doit décroître, mais la consommation des transports en
commun, elle doit croître."
Hé oui. Certaines choses
doivent croître, d'autres doivent décroître. La décroissance n'est pas
nécessairement un concept total. C'est d'abord une idée qui doit nous
interpeller. Non, parler de décroissance, ça ne veut pas dire que
chaque être humain doive accepter de vivre plus pauvrement
qu'aujourd'hui. Mais oui, pour certains, les riches habitants des pays
riches, ça pourrait dire qu'il faille se contenter de moins.
La
décroissance est un concept solidaire. On a vu qu'avec la croissance,
ce n'est pas parce que certains avancent que tout le monde avance.
Aujourd'hui, les inégalités croissent. Avec la décroissance, ce n'est
pas parce que certains - ou certaines choses - reculent que tout le
monde recule.
Evidemment, la décroissance comme concept total (décroissance pour tous et partout) est difficile à admettre. Imagine 2012
propose 3 types d'objectifs pour les Etats-Nations en fonction de leur
Indicateur de Développement Humain : le progrès durable pour les plus
riches, le développement durable pour les "moyens", et la croissance
économique pour les plus pauvres. Le mot décroissance n'est pas
utilisé, mais ces objectifs sont directement inspirés de l'idée de
décroissance.
Progrès durable, développement durable,
croissance économique : hou la la, que c'est compliqué. Pour le Monde,
c'est croissance ou décroissance. Rien entre les deux.
Se contenter de moins ? En vouloir plus ? on sait bien que le débat n'est pas là, mais dans la recherche du Mieux.
Faire
croître ce qui préserve la satisfaction des besoins des générations
futures, faire décroître ce qui les compromet : cela pourrait être une
définition du Mieux.
Ce qui implique aussi de cesser
de s'en tenir à la seule croissance du PIB comme on le définit
aujourd'hui. Et plutôt de mesurer le progrès, comme le fait l'association Redefining Progress
en retranchant du PIB l'impact du crime, des crises, de la pollution...
dont le traitement crée, techniquement, des richesses. Mais qui
n'indiquent pas un bon bilan de santé pour un pays (voir l'explication
de José).
Mais
tout cela est sans doute trop complexe pour être expliqué par le
quotidien le plus influent de France. Imaginez ce que ça va donner dans
le 13h de TF1 si le Monde traite le sujet comme ça. J'en suis d'autant
plus désolé que je suis persuadé qu'aucune critique émise sur aucun
blog ou "média citoyen" ne saurait toucher les divas de la presse
nationale, qui ne viendront jamais discuter ici ou sur d'autres lieux
qui tentent de traiter le sujet intelligemment.
En attendant, le gap se creuse encore entre les médias et l'opinion.
Je
veux bien qu'on démolisse le concept de décroissance comme idée
"totale". Mais je n'arrive pas à comprendre qu'on n'oppose que la
croissance à la décroissance et qu'un tel article ne puisse pas servir
à ouvrir à la réflexion sur l'idée du progrès comme référence commune.
Et pour conclure, deux images de la recherche de croissance à tout prix, fournies par l'actualité de ces derniers jours : 

Pub
J'ai beau avoir récemment passé un temps très limité à me cultiver (dans la blogosphère ou pas), voici quelques découvertes :
Minimalisme chic : c'est Empreinte Digitale,
le blog d'Alav. Si les communiquants sont nombreux à bloguer, ceux qui
parlent de leur métier ne sont pas si nombreux que ça. Pour Alav, ce
blog est avant tout une expérience et je le vois mal venir commenter à
tout va pour se créer de l'audience. Pour ses lecteurs, c'est un blog à
suivre où il peut se passer à peu près n'importe quoi, sauf l'enfonçage
de portes ouvertes.
Encyclopédie du 7ème art : c'est Ciné Critiques,
par Sylkarion. En trois mois, Sylkarion a posté des centaines de
critiques de films de toutes époques. Petit à petit, l'encyclopédie
prend forme. Ou comment le blog devient autre chose qu'un média d'actualité :
peu importe la date de publication de l'article, Ciné Critiques se lit
d'abord à partir de la colonne de droite : les habituelles "catégories"
sont les réalisateurs. Un concept simple, des critiques certes
académiques mais une excellente exécution et surtout, un goût très sûr.
Plus brièvement, côté graphisme : le site de Jean-Michel Roccuzzo, et côté photo, l'incroyable travail de Gilbert Garcin abondamment vanté dans le Télérama de cette semaine. Le Tati de la photo ?
Gilbert Garcin : le temps suspendu (2003)
28 juillet 2006
Promenade estivale
En se promenant entre la gare du Nord et l'hôpital Lariboisière, on tombe sur cette façade bizarrement barrée en travers...
Et autour de nous, dans la rue Ambroise Paré, d'autres immeubles sont curieusement décorés...
A y regarder de plus près, ce sont des bandes de ruban adhésif de couleur...
Et ces bandes, on en voit partout dans la rue. Parfois continues, parfois interrompues...
A mi-chemin dans la rue, une perspective se dessine...
De plus en plus nette au fur et à mesure que l'on avance...
Et à l'autre bout de la rue Ambroise Paré, au croisement de la rue Patin, pratiquement sur le boulevard Magenta, on découvre le point focal qui donne son sens à l'ensemble.
7
droites qui s'entremêlent, qui se dessinent dans un plan imaginaire
alors qu'en profondeur, une centaine de mètres sépare le point le plus
proche du plus éloigné. Le résultat photographié n'est pas plus
intéressant qu'un vulgaire travail sous photoshop. Le résultat in situ,
dans l'espace, est étonnant.
"7 droites pour 5 triangles" est l'oeuvre d'un artiste suisse, Felice Varini,
qui n'en est pas à son coup d'essai. En 2003, c'est l'Odéon qu'il
barrait. Un travail d'une incroyable minutie, parmi d'autres. Certains en ont déjà bien parlé, j'ai pour ma part découvert Varini il y a une dizaine de jours, par hasard.
Simple
prouesse technique ou véritable oeuvre d'art ? Je me suis beaucoup posé
la question. Je pars souvent du principe que la prouesse technique nuit à
l'émotion, qui au contraire naît de la simplicité. Au-delà de la
fascination technique suscitée par l'oeuvre, crée-t-elle vraiment de
l'émotion ?
Pour moi, oui. Le travail de Varini interroge de
multiples façons. Il démontre d'abord que les projets les plus fous
peuvent voir le jour. Il devient aussi assez facile d'intellectualiser le message de l'oeuvre.
Par
exemple, partant du constat qu'elle impose un point de vue unique pour
la mise en cohérence de l'ensemble, on peut se demander s'il ne s'agit
pas d'une négation de la diversité ? La vérité à travers un seul point
de vue ? Varini, artiste totalitaire ?
Mais on peut aussi l'interpréter en se disant qu'il s'agit d'une démonstration d'ouverture
: il faut se déplacer pour que le sens prenne forme. Se mettre à une
autre place que la sienne. Adopter le point de vue de quelqu'un d'autre.
Bref,
on peut y comprendre ce que l'on veut y comprendre. Et comme Varini a
immédiatement exercé une vraie fascination sur moi, j'opte pour le
message d'ouverture. A bon entendeur.
24 juillet 2006
Universalité ?
Qu'est-ce qui mérite vraiment la caractéristique d'universel ?
Les Droits de l'homme et du citoyen, déclarés universels ?
Les Beatles, plus célèbres que Jésus Christ ?
Le livre le plus vendu au monde, ou plus simplement...
... la croyance en Dieu ?

Coca-Cola, le deuxième mot le plus compris au monde après "ok" ?
D'autres marques ?
L'attrait pour le sexe ?
Le sport, ses valeurs, ses icônes ou ses débordements ?
La consommation, ou l'argent ?
La domination de l'homme sur la femme ?
Les disques ou les films les plus achetés au monde ?
L'égoïsme ?
Des idéaux ?
Bref, l'universalité, est-ce des
droits, des croyances, des idéaux, la consommation, l'art, la culture,
le sexe, le sport, la vie, la mort... ou n'est-ce rien ?
23 juillet 2006
Sacrifice romantique ou coup de boule puéril ?
JD Beauvallet et Pierre Siankowski des Inrocks sur le coup de boule de Zidane (numéro 555 du 18 juillet, page 12) :
"Ce
qu'il nous reste, à tous, pourtant, c'est ce geste. Sublime, forcément
sublime. Zidane restera pour toujours l'homme des coups de tête
imprévus des finales de coupe du monde (...)"
"C'est ce moment
précis où le footballeur devient homme, cesse d'avaler des couleuvres
avec une langue de bois pour répondre, loin des règles puériles et
humiliantes de ce football perverti par ses us et coutumes dégradants
(ta mère ceci, ta fille cela, franchement...) avec son sang, ses
tripes. Zidane était sur le point de sortir de cette prison, mais a
décidé d'avancer de 10 minutes sa libération (...)"
"(...)
Zidane tape à l'oesophage pour lui faire ravaler ses mots, son
orgueuil, son arrogance brutale. C'est un geste merveilleux et un
sacrifice pour demain, pour que cessent peut-être ces insultes
indignes, ce racisme cancéreux que les joueurs et entraîneurs se
balancent à la gueule dans cette zone de non-droit que restent les
terrains. Qu'un joueur de l'importance de Zidane choisisse de ramener
la loi - même celle de la jungle, c'est un début - sur le terrain,
qu'il s'immole pour que le foot retrouve une dimension humaine, mérite
d'être salué, encouragé - et non condamné avec la rigueur jésuite d'un
récent édito moralisateur de l'Equipe."
Admettons que le coup de boule de Zidane n'ait eu aucune incidence sportive sur le résultat
de la finale de la coupe du monde - ce qui est probable. Le geste de
Zidane doit alors être examiné uniquement d'un point de vue moral.
J'avoue
que je n'étais pas très loin d'écrire un papier proche dans l'esprit de
celui des Inrocks : la vision romantique d'un ultime geste d'adieu, un
"merde" au racisme plus important que tous les trophées du monde. En
rêvant juste encore un peu, on voit Zidane quitter le terrain sans même
attendre son carton rouge. Le sport ne compte plus, seule la morale est
en jeu.
Un sacrifice pour tous les autres. Jesus Christ, Jan Palach, Zinédine Zidane. Sauf que.


Sauf
que - dans la version officielle au moins - il n'y avait rien de
raciste dans les injures. Pour ceux qui n'ont pas lu Match, le texte
aurait été "Casse-toi pédé, avec ta pute de soeur. Oui, ta pute de soeur. Et je vais te défoncer le cul". Tiens, on a beaucoup spéculé sur la nature raciste des injures, mais rien sur leur côté homophobe.
Mais
avec ce "pédé" et cette "pute de soeur" ordinaires, quelle noble cause
à défendre contre ces injures puériles ? Celle de la Famille ? Les
mêmes Inrocks pourraient alors consacrer une pleine page à
démontrer que Zidane est un nouvel hérault du pétainisme. Travail,
famille, patrie, football. 
J'aurais
voulu voir les choses comme dans ce papier. Mais je n'y vois qu'une
réponse puérile à une provocation puérile. Je n'arrive pas à me dire
autre chose que l'indifférence était la meilleure des réponses (sujet
abordé ici sur ce blog).
L'indifférence, la plus puissante des armes. Comme très, très souvent dans la vie en général. On
tue grâce à l'indifférence. Plus souvent involontairement que
volontairement, malheureusement. Si on était indifférents à Le Pen, on
l'affaiblirait. Si on s'appropriait l'indifférence, si on choisissait
l'indifférence, on serait sacrément plus forts.
Il aurait été
bien plus majestueux de la part de Zidane de laisser retomber ces
injures dans un oubli mérité. Il aurait été bien plus majestueux de la
part de Zidane de "regretter" son geste - ce "responsable mais pas
coupable" ambigu donne, j'en suis persuadé, un mauvais exemple pour les
milliers de matchs de jeunes sur les terrains de France et d'ailleurs,
pour les années à venir. Le coup de boule, prochaine mode sur les
terrains de foot amateur ? On peut le craindre.
La Fifa, en sanctionnant Zidane et Materazzi
de 3 et 2 matchs, a su calmer le jeu, ne pas donner à cette histoire des proportions
encore plus démesurées, ne pas donner envie d'en parler encore et
encore. Au
final, on est passé très près d'une aussi belle sortie que celle que
racontent les Inrocks. Une histoire, un conte, une légende romantique.
Mais la vision terre-à-terre nous impose simplement d'être navrés de
tout cela.
Nike ta guerre
Repris chez José.
22 juillet 2006
I'm alive
"Selon les chiffres, 43% des statistiques sont fausses".
- Mark Twain (?) -
08 juillet 2006
Communautés

L'autre jour, comme tous les jours, je passe
devant un SDF, un sans-abri, comme vous voulez. Un type comme un autre,
assis par terre avec une pancarte "aidez-moi svp". Ce n'est pas en ce
moment qu'il fait froid, celui-là je ne le connais pas et chaque fois que je vois quelqu'un dans sa situation, je me demande pourquoi je donnerais à certains et pas à d'autres.
Pourtant, celui-là, impossible de ne pas lui donner quelque chose. Je m'arrête et sort une pièce pour lui. Oui, lui, plutôt qu'un autre, plutôt que tous ceux que j'ignore, si souvent.
Il portait un polo PSG. Et si vous ne le saviez pas, je suis un abonné PSG.
Marque de clan, le logo à la tour Eiffel a fait son effet immédiat. Le type n'en avait peut-être rien à cirer du PSG, je n'ai aucune idée, je n'ai pas engagé le dialogue. Il avait peut-être récupéré le polo dans une poubelle. Peut-être même que son truc à lui, c'est l'OM et qu'il était dégoûté de devoir porter un polo PSG.
Mais lui et moi étions soudainement membres de la même communauté. On avait un truc en commun.
Comme ont en commun tous les blacks-blancs-beurs qui sautent dans les bras les uns des autres après chaque victoire des Bleus. Comme je l'ai dit sur mon blog spécialisé, ça me fait plaisir de voir ces mouvements de foule.
Certes, il y a les débordements (je me suis moi-même fait tirer mon portefeuille dans les festivités d'après France-Portugal, mais ne vous inquiétez pas tout va bien), et même les morts. Certes, il se passe autre chose dans le monde comme le font remarquer Koz ou José. Certes, ça ne fait pas redémarrer l'économie. Certes, ça ne nous dit rien de ce qu'il se passera en mai 2007.
Mais ça répond à un besoin social de péter les plombs dans un contexte archi-morose, et si ça peut laisser des traces de réconciliation nationale dans l'esprit des gens, c'est toujours bon à prendre.
Ah, les communautés. On en avait parlé sur ce blog il y a quelques mois. Pour se dire qu'on en avait un peu ras-le-bol, des communautés. des communautarismes qui si souvent attisent les haines. A l'époque, c'était l'affaire Ilan - Fofana. De quoi dégueuler. Mais de quoi se demander aussi pourquoi on parlait de certaines choses plutôt que d'autres.
Mais les communautés, on n'y échappe pas. On vit en communauté. Le voisinage, le travail, la famille, la religion, les copains, les footeux, les PSG, les fans de musique, les blogueurs, les visiteurs du domaine de Montagenet : tous en réseaux.
Tous en réseaux : ça a toujours été comme ça et ça le sera toujours.
Internet, lui, accélère la formation de ces communautés. Internet, on l'aime parce qu'il nous permet de constituer des réseaux.
Reste à savoir si ces nouveaux réseaux virtuels ou pas si virtuels que ça servent à quelque chose. J'ai envie de penser que oui. Certains ont déjà le mérite d'exister.
Ils démontrent leur efficacité pour connecter l'individu, qui bientôt se demandera comment il aurait fait pour vivre sans ces réseaux d'amis rencontrés sur le Net. Mais quant à démontrer leur efficacité pour faire bouger la société, on n'en est pas là.
Internet pour faire bouger la société ? C'est loin d'être une évidence. Comme je l'entendais cette semaine dans une conférence, "c'est la société qui adopte Internet car Internet va dans son sens". Si Internet est au service de la société, comment pourrait-il renverser les désordres établis ?
Internet ne serait pas une révolution, juste un instrument qui nous permet de fonctionner comme on en a envie. Et l'envie, ce n'est pas forcément de se mettre à travailler pour l'intérêt général. Mais tout est question de volonté.


























