Adam Kesher

Médias. Communication. Société.

04 août 2006

Internet et travail gratuit

Aujourd'hui, Thierry Crouzet, l'auteur du Peuple des connecteurs, éditeur de bonweb.com et plus généralement évangélisateur du web, demande à ses lecteurs de l'aider à trouver le titre de son prochain bouquin.

Le genre de service qui se paie, normalement, me semble-t-il... Voilà un appel aux contributions gratuites comme on en voit beaucoup sur le web (un autre exemple ici). Des contributions gratuites même institutionnalisées avec Agoravox.

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Internet, capitalisme financier : même combat ?


José Ferré (dont il va bien falloir finir par remarquer qu'il est à la fois un des intellectuels français à la pensée la plus novatrice et un des seuls influenceurs du web n'ayant pas de notoriété médiatique en dehors de son activité de blogueur) faisait remarquer qu'Agoravox participait d'un mouvement vers le travail gratuit
(voir aussi ici).

Des rédacteurs bénévoles qui remplacent les journalistes ; des internautes qui remplacent des concepteurs-rédacteurs ; des blogueurs qui remplacent des panels d'opinion ; et ainsi de suite. Ce mouvement s'inscrit plus généralement dans la dynamique "web 2.0" où "ce sont les internautes qui font".

On peut aussi constater comme le faisait le même José que ce mouvement vers le travail gratuit prend d'autres formes, liées, elles, à l'évolution du capitalisme financier : les stages, par exemple.

Internet, capitalisme financier, même combat ? Marrant. (Enfin, moyennement.)

Quand Loïc Le Meur disait à Nico Voisin qui préparait son étude sur les Ducs que son blog lui permettait de faire l'économie d'une agence de relations publiques, il se situait tout à fait dans cette logique : la diminution des coûts.


Internet = retour à la société industrielle ?


Autre question : les exemples évoqués plus haut, est-ce une bonne ou une mauvaise chose ? (voilà le genre de question auxquelles je n'aime pas répondre...)

Ces exemples liés à ce qu'Internet permet de faire montrent que le travail concerné est un travail intellectuel, de rédaction, d'apport d'idées ou d'opinions. En termes économiques, il s'agit des activités de journalisme et de conseil.

Autrement dit, est-ce qu'Internet menace la reconnaissance de la valeur de ces formes de travail intellectuel dans la société ? Est-ce qu'Internet menace le journalisme et affaiblit le conseil, par un mécanisme d'enchères inversées qui donne la prime au moins-demandant économiquement parlant ?

Internet qui affaiblit la valeur du travail intellectuel, est-ce à dire qu'Internet nous ramène à la société industrielle... ?

Cette "menace" me paraît marginale. Mais il y a des choses, dans l'ordre établi, qui peuvent changer (et en disant cela, je vais beaucoup moins loin que les "évangélistes"). L'organisation de panels d'opinion par exemple : je ne sais pas comment les sociétés d'étude sentent cela, mais elles ont intérêt à y regarder de près.


Dérive ou juste évolution ?


L'autre question est : cette évolution est-elle normale, au sens juste, ou pas ?

Pas normal : qu'une bonne idée de titre de bouquin, qui permet à son auteur de mieux le vendre, ne soit pas rémunérée.
Pas normal : qu'un bon article, qui attire du monde sur un site et permet de mieux valoriser le prix de l'espace, ne donne pas lieu à une rémunération.
Normal : que l'information circule, que les gens s'expriment et communiquent, que le monde devienne plus fluide, que les rémunérations des individus ne reposent pas sur un droit d'exclusivité plutôt qu'un savoir-faire.

Autrement dit, on peut considérer que si Internet permet à tous de s'exprimer et tue la presse écrite, c'est que cette dernière aura joui d'un privilège artificiel reposant sur l'exclusion des citoyens de la rédaction de médias. On peut considérer que si les blogs tuent les agences RP, c'est que ces dernières apportaient un service qui reposait sur l'exclusion artificielle de leurs clients de l'accès aux outils de communication. (Mais rassurez-vous, cela n'arrivera pas).

De toute façon, il y aura toujours des Internautes pour participer au système gratuitement. Par enthousiasme, par absence de calcul - et pour cela, on peut aussi se dire tant mieux.

Posté par adam kesher à 22:19 - 3. société - Commentaires [3] - Rétroliens [2] - Permalien [#]


Transgression ?

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Ca fait plusieurs fois que je tombe sur des articles ou des liens vers le site "Sexpacking" de Shaï. En clair, c'est une campagne de marketing viral conçue par l'agence7seven pour une marque de fringues qui repose sur des films pornos
(des clips, plutôt) produits par Marc Dorcel (3 situations : femme/homme, homme/homme, femme/femme).

Le site a en fait été lancé à fin mars et a suscité pas mal de buzz dont une bonne partie de négatif, ce qui était certainement l'objectif. Je n'ai pas l'intention de lancer un débat sur la pornographie (voir ici pour un vrai traitement du sujet), ni de me demander si le bruit compte plus que le bruit positif, mais je m'interroge sur les liens entre marques et porno.

pornochicJe ne suis pas sûr que les marques "traditionnelles" aient tenté beaucoup d'incursions dans l'univers du porno. Elles s'en sont inspiré, c'est sûr : il y a bien eu le porno chic, mais le porno chic ce n'était justement pas porno.

On s'en est inspiré, mais on ne l'a pas représenté. Par exemple, je ne suis pas bien sûr qu'il y ait du placement de produits dans les films de boules.

Cet état de fait est bien sûr davantage lié à une timidité (peur du scandale) qu'à un calcul business (mine de rien, l'industrie du porno ets gigantesque et offrirait des opportunités de visbilité importantes). Ce n'est pas une question d'éthique. Et si une marque grand public s'aventurait dans cet univers, elle dirait qu'elle vit avec son temps, qu'il est démocratique d'investir un champ qui fait partie de la vie de millions de Français.

Shaï a osé. Ce n'est pas forcément une bonne chose, mais Shaï a osé. "There's no reason to be shy", dit la B.O. des films. Je n'avais jamais entendu parler de cette marque avant mais j'en conclus qu'elle est positionnée "transgression". A partir du moment où la marque n'a pas derrière elle une image "traditionnelle", elle se donne une image transgressive, mais sans faire un véritable scandale. Si ç'avait été Gap plutôt que Shaï, on aurait eu droit à un vrai scandale.

L'incursion d'une marque dans le porno était quand même à prévoir. On peut plutôt se demander pourquoi des marques avec un objectif de transgression n'ont pas davantage utilisé le porno, mais dans la suggestion plutôt que dans la représentation. Bien sûr il n'y a pas que le sexe pour choquer :

benetton







Mais c'est quand même pratique.

Par exemple, une marque pourrait faire défiler des acteurs porno. Habillés, j'entends. Ou, pour reprendre l'exemple du même Gap, il pourrait choquer en utilisant comme modèle (habillé, toujours) pour ses affiches Rocco Siffredi ou Clara Morgane (notez que je choisis les plus connus). Ou encore en choisissant des modèles (habillés, toujours) issus de l'industrie pornographique, mais justement pas connus du grand public, et sans le dire, car ça finira de toute façon par se savoir : le jour où un article de presse est rédigé à ce sujet, l'impact est garanti.

Et ce serait subtil, puisque ce qu'on reproche à Shaï, c'est de céder aux plus bas instincts de l'homme.

Ca fait longtemps que j'imagine ce genre de transgression et ça ne vient pas. Je devrais donc être créatif en agence (disclosure : je ne suis pas créatif en agence :-)). Dommage pour moi.

Plus globalement, quand il y a eu des mélanges entre la société de consommation et le X, c'est le premier qui est allé dans l'univers du deuxième cité (Philippe Vandel et Alexandre Devoise au Journal du Hard, Doc Gyneco ou Snoop Dogg qui parrainnent leur DVD X), rarement l'inverse (les hardeurs qui ont tenté leur chance en dehors de leur "milieu naturel" se sont généralement viandés en beauté, au mieux ils se font une place comme experts du sexe (Brigitte Lahaie sur RMC Info).

Est-ce à cause de leur "mauvaise image" ? Ou à cause de la timidité des marques ? There's no reason to be shy...

PS : ce sujet est un sujet "communication", je ne dis pas que l'utilisation de la pornographie est une bonne chose, mais qu'elle répondrait à un objectif de transgression que se fixent des marques. En gros : je serais une marque, je ferais ça ; je serais père de famille, je condamnerai ça.

Posté par adam kesher à 19:50 - 2. communication - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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