19 août 2006
LE BESOIN DE RECONNAISSANCE (rediff)
Post et commentaires originaux ici.
Vu sur Mubility, une prochaine expo londonienne représentant des hommes et des femmes dans leurs moments d’intimité.
A l’heure de la télé-réalité, des webcams et des blogs perso, faut-il se demander pourquoi ces grands déballages intimes ?
A vrai dire, probablement pas : ils ne sont qu’un corollaire inévitable d’un besoin que nous ressentons tous : celui de la reconnaissance personnelle. Et s’expliquent donc très facilement.
Nous ressentons chacun le besoin de reconnaissance. De façon plus ou moins intense, auprès d’un public plus ou moins large. Pour certains, c’est un besoin de reconnaissance vis-à-vis de ses parents. Pour d’autres, c’est un besoin de reconnaissance social. Ce n’est pas une question d’intelligence – certains individus brillants sont encore plus assoiffés de reconnaissance qu’ils ne sont brillants.
Ce besoin est d’ailleurs très important puisqu’il sert de motivation à une fuite en avant des individus dans leur travail, qui ne s’explique ni par la passion, ni par la rémunération. Autrement dit, la nature humaine (ou est-ce le système social) sert particulièrement bien les besoins des entreprises.
Et pour d’autres, c’est donc un besoin de reconnaissance publique. Le déballage de son intimité peut y mener plus facilement que son talent personnel. Mais qu’est-ce qui est nouveau dans le phénomène ? Le besoin de reconnaissance ou la satisfaction de ce besoin ?
Il me semble que c’est vers la deuxième hypothèse qu’il faut pencher. Internet et la télé-réalité n’ont pas créé des besoins, ils y ont répondu, et continueront à le faire. On n’empêchera pas l’homme (occidental ?) d’avoir un besoin plus ou moins fabuleux qu’on s’intéresse en priorité à lui. L’individualisme prôné par la société et écrit dans des textes comme celui du Traité de Rome favorise cette inclination.
Un besoin satisfait, est-ce une bonne nouvelle ? En principe, oui. Et dans ce cas précis, cela peut l'être. Je ne parle pas ici de la télé-réalité qui sonde les abîmes de la bêtise collective, mais des blogs perso qui peuvent être construits plus ou moins intelligemment. Mais pour tous les individus qui exposent leur intimité (personnelle, corporelle, intellectuelle), il existe ce risque, souvent mal perçu au départ, de ne pas voir venir les coups.
L’exposition comporte un risque. On ne dit pas « vivons heureux, vivons caché » pour rien. J’ai déjà évoqué la légende d’Icare sur ce blog, mais elle me paraît si appropriée… Icare, s’approchant trop près du soleil, voit la cire de ses ailes fondre, tombe dans la mer et se noie.
Le « progrès » pour la société, sur cette question, réside-t-il dans un moindre individualisme ? Oui, mais cela appelle une révolution. Réside-t-il dans la meilleure sensibilisation des individus à ce que l’on risque quand on s’expose ? Oui, aussi, certainement.
Je me pose une dernière question : si les individus ressentaient déjà ce besoin de reconnaissance avant Internet et la télé-réalité, qu’en faisaient-ils ? N’étaient-ils pas davantage tentés de tout donner pour leur employeur ? L’avènement du blog perso, qui peut profiter à un bien plus grand nombre d’individus que les lumières de la télé-réalité, n’est-il pas une mauvaise nouvelle pour les entreprises ?
En satisfaisant leur besoin de reconnaissance sur Internet, les individus ne vont-ils pas effectuer un « transfert » et prendre de la distance avec leur employeur voire avec leur vie sociale ? On peut arguer qu’ils utilisent les blogs perso parce que leur entreprise n’est pas capable de leur offrir cette reconnaissance ; mais il me semble que l’un peut ne pas empêcher l’autre.
Commentaires
Bonjour Adam,
Je reprends vos excellentes questions dans une pépite demain et tente d'y répondre. Je me demande aussi souvent ce que faisaient les blogueurs avant les blogs ?
Au passage, content de voir que vous vous êtes mis au bricolage...
J'ai le sentiment que nous sommes dans un Age d'or du blog. Il y a encore peu de blogueurs. Bientôt tout cela sera capté par des agrégateurs ou des plateformes ou je ne sais quoi...
Quant au sentiment de reconnaissance, est-ce autre chose qu'un sentimentet pas une chose réelle?
Je crois aussi qu'il y a un âge d'or du blog. Forcément, les "premiers", qui se perçoivent comme pionniers, vont bientôt identifier toutes sortes de pollutions... Les blogs ont plein de défauts et de qualités, je me demande bien comment tout cela va évoluer...
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=64170&pid=2495116
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :
