28 septembre 2006
Après les universités d’été : l’influence et le rôle des blogueurs
Après le grand rendez-vous des communiquants parisiens
la République des blogs hier soir, qui a attiré la faune politique et
avec elle une certaine flore médiatique, et au cours de laquelle on
aura une nouvelle fois beaucoup discuté de révolution blogosphérique,
c'est l'occasion pour moi de repulier ce long billet sur l'influence
des blogueurs, écrit pour Le Monde Citoyen.
Ayant
été dépourvu de connexion pendant la période des universités d’étés des
grands partis politiques, je suis malheureusement passé à côté du grand débat qui a animé la blogosphère à cette occasion.
Un débat de moindre importance pour certains comme Koz
qui s’excuse presque d’aborder le billet sur son blog, mais un débat
qui n’est pas superflu à mon sens, au sens où il marque une (petite)
étape dans « l’histoire » de la blogosphère française.
Si vous
êtes passés complètement à côté, je vais tenter d’exposer les faits
brièvement et simplement : au cours des universités d’été des grands
partis politiques, qui se sont toutes tenues fin août, des blogueurs
ont été invités. Un peu comme on invite des journalistes. En
particulier, l’UMP a invité une douzaine de blogueurs à Marseille, tous
frais payés. Ce traitement n’étant réservé qu’à eux, pas aux
journalistes.
Les universités d’été (j’ai HORREUR de ce terme)
se passent et là-dessus, les blogueurs produisent leurs billets. On y
voit du léger, du copinage, du billet d’ambiance, apparemment pas
beaucoup d’analyse de fond. La liste des billets rédigés est ici pour l’UMP, là pour l’UDF.
Vinvin,
l’un des blogueurs invités par l’UMP, écrira d’ailleurs chez Koz : «
nous n’avons fait que découvrir une sorte de grande attraction, comme
des Japonais débarqués à Disneyland. C’est mignon à regarder mais ça ne
fait pas avancer le shmilblick ».
La polémique naît d’un billet de Daniel Schneidermann sur Big Bang Blog,
toujours prompt à montrer du doigt les insuffisances de la blogosphère
et du journalisme citoyen. « On va voir ce qu’on va voir. Là, on va en
avoir de la dénonciation de la connivence des grands médias (…) Le
résultat est aujourd’hui en ligne. Et qu’est-ce qu’on voit ? Un
concours de « je te podcaste, tu me podcastes, on se podcaste (…) Le
big bang n’aura pas lieu. Pas en France. Pas tout de suite. Pas avec
ces blogueurs-là ni ces politiques là ».
En parallèle, on lit des billets comme ceux de Christophe Nonnenmacher sur le Monde Citoyen
qui accréditent l’idée que l’invitation aux universités d’été témoigne
de l’influence des blogueurs : « Les blogueurs semblent avoir compris
cela : compris qu’ils pourraient peut-être – qu’ils le veuillent ou non
-, par leur audience et le lien de confiance qu’ils ont su tisser avec
leurs lecteurs, être amenés à jouer un rôle d’arbitre électoral ».
Tout cela appelle un ensemble de commentaires. Attention, ça va être compliqué, mais je promets, je vais essayer d’être clair.
L’influence des blogs reste à démontrer
D’abord,
les blogs ont beau être un phénomène, la démonstration de leur
influence sur les sujets de société n’est pas encore faite. 4 points
pour illustrer cette idée :
1. Le modèle économique des
hébergeurs de blogs ne s’est pas encore trouvé. Autrement dit, à part
Skyrock, aucun hébergeur de blogs ne gagne de l’argent. L’industrie est
sous perfusion. Ce qui n’est quand même pas un très bon signe pour la
vitalité de la blogosphère.
2. Les principaux blogs sont loin des audiences de beaucoup de médias en ligne. Prenons Loïc Le Meur à tout hasard : son blog ne réunit « que » 8000 visites par jour. Voir des éléments de comparaison ici
pour se faire une idée. La première étude d’audience des blogs de
Médiamétrie (qui n’est plus disponible en ligne), avait fait dire à
certains que les résultats étaient un “naufrage” (voir les commentaires
Emmanuel Parody sur Pointblog au mois de juin).
3.
On prend souvent le débat constitutionnel comme l’exemple ultime de
question de société sur laquelle Internet en général et les blogs en
particulier ont joué un rôle pour déterminer l’opinion. Le non l’a emporté sur Internet,
le non l’a emporté dans les urnes. Pourtant, rien ne prouve qu’Internet
ait eu un rôle déterminant. Oui, il y a eu un grand débat sur le net.
Mais on peut aisément supposer que ce débat n’était que le reflet du
débat de la société civile ou de toute façon le non était dominateur.
Internet, l’œuf ou la poule ? On n’en sait rien.
4. Si les blogs
veulent faire la preuve de leur influence, il leur faut montrer comment
ils ont réussi à faire bouger les choses sur un sujet X ou Y. Qu’a-t-on
comme exemples de sujets de société où les blogs ont joué un rôle
décisif ? Eh bien… Aucun. Il y a bien quelques intéressants exemples de
mobilisations de la blogosphère. Autour de Garfieldd par exemple. Oui,
Garfieldd a vu sa peine réduite par la Ministère de l’Education. Mais
comme le faisait remarquer Gilles Klein
au moment de l’affaire, rien ne permet d’avancer que c’est la
mobilisation dans la blogosphère qui a fait changer Gilles de Robien
d’avis. On n’en sait rien. Un autre exemple : Mayetic (1). Devant la
complexité de ce cas ignoré des médias traditionnels, les blogueurs
n’ont pas bien su se positionner et le soutien à Mayetic n’a pas été
efficace. On pouvait juste constater la média-dépendance des blogueurs,
c’est à dire leur très grande difficulté à produire de l’information ou
des opinions sans les sources que constituent les médias traditionnels.
Voir un ancien billet ici sur les mobilisations dans la blogosphère.
Bon,
tout ça pour dire quoi : l’influence supposée des blogs reste à ce
stade de leur histoire un mythe. Ce qu’on peut dire, c’est que les
blogs sont un certain reflet de la réalité. Qu’ils aient la capacité
d’agir sur cette réalité n’est pas une certitude. Finalement, ils ont
l’influence qu’on veut bien leur prêter.
Mais alors, pourquoi a-t-on admis l’idée que les blogs sont influents ?
La
représentation des blogs comme force croissante, influente, pesante est
d’ores et déjà commune, au moins au sein de… la blogosphère.
Mais
elle est le résultat d’un emballement collectif et surtout pas d’une
analyse objective des données disponibles. Elle est consécutive du
travail d’évangélisation (on pourrait dire « lobbying ») de certains
acteurs qui ont un intérêt commercial à ce que les blogs se
développent. Loïc Le Meur en est le premier exemple. Jour après jour,
il nous convainc de l’ampleur du phénomène. Mais ampleur n’égale pas
influence.
Et comme c’est souvent le cas, la représentation
collective d’une idée peut devenir la réalité. Autrement dit, si tout
le monde se convainc que les blogueurs sont influents, ils peuvent
devenir réellement influents.
Le schéma est le suivant : la «
société civile » se dit que les blogueurs comptent ; elle les invite
donc dans des lieux où leur voix pourra peser davantage ; du coup, ils
deviennent donc véritablement influents.
C’est par exemple le cas lorsque Nicolas Sarkozy invite des blogueurs à une table ronde DADVSI : il amplifie l’opinion des blogueurs, leur donne les moyens de l’influence qui auparavant n’existait que dans nos esprits.
Et
lorsque le même Sarkozy invite des blogueurs en janvier dernier à ses
vœux, lorsque les partis politiques invitent des blogueurs à leurs
universités d’été, cela participe du même phénomène.
Bref, on a
communément admis l’idée que les blogueurs sont influents, parce que
c’est ce que tout le monde dit. Mais on n’a pas vérifié les composantes
de cette influence.
Quelle est la motivation de ceux qui invitent des blogueurs à leurs événements ?
Bon,
mais alors pourquoi les partis politiques invitent des blogueurs à
leurs universités d’été, et pourquoi l’UMP choisit-il de les défrayer à
100% ? Que signifie donc le « j’ai besoin de vous » lancé par Sarkozy à
Vinvin ?
Les explications peuvent être diverses et variées :
1.
que les partis politiques aient cédé à la représentation collective des
blogs comme force influente. A force de lire Loïc Le Meur, les
conseillers de Nicolas Sarkozy auraient tout simplement décidé
d’inviter ces nouveaux médias à leur événement. C’est un peu court : il
est quand même probable qu’à l’UMP, on sache faire la différence entre
le 20h de TF1, un entretien avec le Monde et un podcast chez Loïc Le
Meur.
2. parce que c’est à la mode. C’est un peu le même genre
d’idée. Rappelons pour soutenir cet exemple que les blogueurs qui ont
reçu l’invitation aux vœux de l’UMP en janvier dernier l’ont reçue… 24h
avant l’événement. Ce qui a tout de l’improvisation de dernière minute.
3.
par copinage. Parce que comme Le Meur et Sarkozy sont bons copains, il
est naturel que l’UMP fasse plaisir à son conseiller en intégrant
pleinement les blogs dans sa cible.
4. accrochez bien vos
ceintures parce que vous n’allez pas y croire : par souci démocratique
et de pluralisme. Si si, c’est possible. C’est même ce qui est
revendiqué haut et fort par l’UDF (Cratyle dans les commentaires su
billet de Christophe Nonnenmacher pour Le Monde Citoyen : « nous
souhaiterions voir revenir des blogueurs de convictions opposées aux
nôtres ; tout simplement, parce que notre désir d’ouverture n’est pas
une apparence politicienne à but médiatique mais une réalité profonde,
cohérente avec ce que nous sommes ».) Par contre ce n’était
vraisemblablement pas le souci principal de l’UMP dont les invités
blogueurs avaient pour principaux atouts leur audience ou leur côté bon
enfant. L’UMP a-t-il d’ailleurs invité la presse people ou féminine ?
5.
parce que le fait d’inviter des blogueurs est la simple déclinaison
d’une stratégie de communication sur Internet bien élaborée. C’est le
cas à l’UMP qui a visiblement décidé d’investir le champ Internet via
de multiples initiatives (souvenez-vous des Google Ads pour l’UMP
lors de la crise des banlieues…). Inviter des blogueurs n’est à ce
titre, qu’un élément parmi d’autres, en cohérence avec la décision
d’être « présent sur Internet ». (à ce titre, le fait d’inciter à ses
militants d’ouvrir des blogs est potentiellement beaucoup plus puissant
que d’inviter une dizaine de blogueurs à un événement)
6. parce
que les blogs, forums ou autres lieux de discussion en ligne offrent
une opportunité majeure de mieux connaître les électeurs. Eh oui :
toutes ces discussions en ligne, c’est un moyen fabuleux de comprendre
ce qui se passe dans la tête des gens. Et par là-même d’économiser les
études sur des groupes de citoyens, où on fait réagir les gens derrière
un miroir sans tain pour comprendre ce qu’ils ont dans la paillasse. Ce
que les blogs disent n’est pas important de par une influence, mais de
par ce que cela nous apprend sur les représentations politiques du
peuple.
7. Parce ce qu’il vaut mieux le faire que ne pas le
faire. Et c’est peut-être cette raison qui est décisive. Inviter des
blogueurs aux universités d’été, c’est se créer une stratégie d’alliés.
Au pire, il ne se passera rien. Au mieux, ces gars-là seront influents.
Aujourd’hui ou demain, car beaucoup sont jeunes. Inviter les blogueurs,
c’est se donner une chance de contrôler le débat en ligne plutôt que de
le laisser se barrer en sucette. C’est de la prévention du risque.
8. Tout ça en même temps, et c’est bien possible.
Et au-delà de toutes ces raisons, se rapprocher des blogueurs peut créer un double effet :
- la reprise des messages de fond. Analysée, déformée, amplifiée, ou pas, par le blogueur.
-
le commentaire sur le coup de communication que cela représente. Ce
qu’on aura retenu dans la blogosphère des vœux de Sarkozy en janvier, à
mon sens, ce n’est pas son discours, ce sont ces commentaires : « bien
joué, Sarkozy », qui saluent l’audace, l’innovation d’avoir invité des
blogueurs (de façon pourtant improvisée comme je le disais plus tôt,
pourtant). On parle non pas du fond mais de la stratégie de com.
Le
phénomène que Schneidermann déplore (« je te podcaste, tu me podcastes,
on se podcaste », autrement dit, on utilise notre espace disponible
pour se mettre en scène dans l’événement) n’est pas nouveau. Lors de
vœux de Sarkozy, il y avait eu abondance de posts sur l’ambiance, la
salle Gaveau, le champagne qui n’était pas bon, Karl Zéro qui faisait
ami-ami avec les politiques, Françoise de Panafieu qui faisait tout
pour qu’on la remarque… Et les commentaires de fond sont passés après, Koz, toujours lui, relevant le niveau avant quelques autres.
Et
pour le communiquant, surtout en politique, il n’est pas forcément
important que le message de fond soit repris. On peut aisément se
contenter de ces billets bon enfant qui donnent une image plutôt
positive du parti.
Ajoutons enfin que le blogueur est plutôt bon
esprit, content qu’on l’invite, qu’il ne se fait pas trop prier et
qu’il ne demande donc pas trop de travail, et le tour est joué.
La proximité menace l’indépendance d’esprit
Donc
voilà un peu l’analyse du contexte dans lequel les blogueurs se sont
rendus aux Universités d’été (et pas seulement à celle de l’UMP,
faut-il encore le souligner). Certainement pas très conscients de la
responsabilité qu’on leur avait attribuée sans même qu’ils le sachent :
bousculer les médias traditionnels.
Car oui, visiblement, c’est
ce que l’on attendait d’eux. Puisque « l’opinion » met en concurrence
journalistes et blogueurs, il fallait forcément faire mieux.
Au
lieu de cela, ils sont venus en touristes. Contents d’être invités à un
grand événement, contents de cette reconnaissance. Et tout de suite
avalés par le système, ils n’ont, dit-on, pas été assez critiques.
Car
oui, c’est difficile de rester critique quand on est en face de
quelqu’un. En se rendant sur place, on rencontre les organisateurs, les
responsables politiques, etc. Et devinez quoi : ils sont sympas.
Ce
sont des êtres humains comme vous et moi. On n’est plus protégé par son
clavier, la proximité crée d’elle-même la connivence. Pas besoin de
subir des pressions pour s’auto-censurer. En y allant, on prend le
risque de se faire tutoyer, de se faire des copains.
Et même
plus : le blogueur se pense redevable : on lui rend service. Dans son
inconscient, il n’a rien à faire là. Et en plus, on lui paie tout…
Pourtant,
si on lui a proposé d’être là, c’est bien qu’il rend un service à
l’UMP, au PS ou à l’UDF. Mais il est difficile d’attendre du blogueur
qu’il ait la même conscience de son rôle dans le système que le
journaliste.
Dans un monde idéal…
Face
à cette avalanche de critiques, on peut se poser la question :
fallait-il y aller, et comment fallait-il se comporter ? Quelques
éléments de réponse.
D’abord, le blogueur doit être conscient
que s’il accepte de répondre à l’invitation, il va couvrir un événement
qu’il n’aurait pas nécessairement couvert autrement. Cette simple
acceptation d’une invitation revient à accepter de se faire influencer
dans sa ligne rédactionnelle.
Si j’accepte d’aller à celle de
l’UMP, quid des autres universités d’étés ? Les disponibilités de
non-professionnels ne permettent pas d’être partout. Il y a donc une
forme de favoritisme à « y aller ». La meilleure attitude à mon sens,
consisterait à n’aller nulle part, ou aller partout (notons le
stakhanovisme annoncé du Politicshow), ou alors à reconnaître une certaine affinité avec le parti X ou Y. Dans un monde idéal…
Et puis, y aller, oui mais pourquoi ? Qu’est-ce que cela apporte au blogueur d’être sur place ?
-
Le fait d’être au plus près de l’information ? Aucun intérêt. Les
dépêches sortent en temps réel, l’accès y est facile. Le blogueur n’a
pas vocation à sortir un article plus vite qu’une agence de presse.
-
Le fait de rencontrer des gens, le networking ? Dans ce cas le blogueur
s’inscrit dans une logique strictement personnelle. Pas dans une
logique démocratique.
- Le fait de pouvoir faire une enquête de
terrain ? Oui, à condition d’apporter de la valeur. L’enquête de
terrain peut prendre plusieurs formes. Les articles ou podcasts sur
l’ambiance, les à-côtés, ont leur limite et auraient plutôt tendance à
traduire le fait que les blogueurs se grisent de ces invitations. Les
entretiens avec les responsables politiques ont un intérêt éventuel.
Mais il faut oser les solliciter, les préparer, savoir les conduire et
savoir les restituer - on ne voit cela que de façon très embryonnaire
dans la blogosphère pour le moment. Reste aussi l’aspect
micro-trottoir, qui peut être nul ou intéressant. Là aussi il faut
savoir y faire.
- Le fait de produire de l’analyse de fond ?
C’est sans doute là que les blogueurs sont capables d’apporter le plus
de « valeur ». Mais ils peuvent tout aussi bien faire ces analyses en
restant chez eux. Si on se donne la peine de chercher, on accède à
l’intégralité des discours ou d’autres sources qui permettent de
contourner le prisme médiatique.
Bref, on ferait bien de
s’interroger sur les vraies raisons de répondre aux sollicitations. De
l’UMP ou d’autres. Le blogueur peut tout à fait faire le travail pour
lequel son rôle démocratique est le plus élevé… de chez lui.
Y aller ou pas ?
Dans
un monde idéal, on dira qu’il FAUT y aller, quand il y a cohérence
entre l’événement et la ligne rédactionnelle du blog (ce qui était loin
d’être le cas pour tous les « blogueurs UMP ») ET à la condition d’être
sûr de son indépendance d’esprit.
Et l’indépendance d’esprit
n’est pas dans la nature humaine. Elle se cultive, il faut aller contre
toutes sortes d’influences, comme le tutoiement (voir à ce titre le
commentaire de Dukénois sur Big Bang Blog qui reprend des extraits de « Bien entendu… c’est off », le bouquin de Daniel Carton).
Et
ne pas y aller si on n’est pas sûr de son indépendance d’esprit. C’est
bien évidemment un choix personnel à faire. En son âme et conscience.
Il n’y a pas de règle, si ce n’est que la réflexion prenne le pas sur
la séduction, la flatterie que constituent ces invitations. Le meilleur
moyen de s’en détacher est de jouer la diva : se dire que c’est
soi-même qui rend un service en acceptant l’invitation. Et pas
l’inverse.
Ne pas s’arrêter aux universités d’été
Je voudrais terminer sur deux points critiques vis-à-vis de la démonstration de Daniel Schneidermann.
D’abord, pour lui, « on allait voir ce qu’on allait voir ». Mais qui a dit ça ? Il se l’est peut-être dit à lui-même.
Ce
discours, ce « on va voir ce qu’on va voir », est sans doute un résidu
des propos tenus par les évangélistes depuis le décollage de la
blogosphère. Mais les blogueurs en question ont-ils vraiment eu cette
prétention ? Ils ont surtout endossé une responsabilité pour l’ensemble
de leur « caste » sans l’avoir voulu, sans peut-être sans rendre compte.
Il
est un peu difficile de leur adresser des reproches à partir du moment
où il n’y avait pas de promesse de leur part. On peut éventuellement
leur reprocher de ne pas s’être aperçus de leur responsabilité, mais
là, ça devient très intellectuel, j’en conviens.
Deuxième point
: Schneidermann prend l’exemple de ces universités d’été pour comparer
la qualité du contenu produit par les blogueurs et les journalistes.
Mais pourquoi cet événement là en particulier ?
Pourquoi pas… le Liban, la carte scolaire, l’affaire d’Outreau ou celle des caricatures ?
D’autres
événements d’actualité permettraient de comparer le produit des
blogueurs et celui de la presse. Pas besoin de se déplacer à un
événement pour cela. Et il ne serait alors pas difficile de trouver de
grandes qualités aux blogs : des contenus de grande valeur, originaux,
différenciants. Dans la légèreté ou dans le lourd, dans le détail ou
dans l’analyse.
A condition de savoir débusquer ces contenus :
les blogs, encore une fois, sont un certain reflet de la réalité. Avec
sa qualité, sa médiocrité, ses lieux communs, ses énormités et ses
fulgurances.
La blogosphère est peut-être un iceberg inversé, où
la partie la plus petite est la partie cachée. Si cette partie cachée
est celle dans laquelle on trouve ce qui a de la valeur, il suffit de
la chercher.
(1) discussion très intéressante avec Miguel Membrado hier à ce sujet. Un sujet à traiter prochainement
Commentaires
En attendant les potins d'Adam Kesher sur la rép des blogs...
Ah, les potins... Ben j'en ai pas trop en fait. une brève discussion avec Bayrou relatée ici http://petites-phrases.com/2006/09/28/bayrou-aime-les-petites-fraisescom/#comments ; des coups bus avec Trinity, Koz, Thierry Crouzet, Carlo revelli, Netpo, Authueil, Jennifer de Not Zugzwang, Boulgakof, Samski, Gilles Klein, Miguel Membrado et bien sûr toi... ; et une très bonne soirée en fait :-)
En ce qui concerne l'influence des blogueurs, je crois qu'elle est réelle pour une simple raison: les journalistes sont feignants. Internet leur offre du coup une source inespérée de commentaire et de buzz, qu'ils peuvent ensuite reprendre dans leurs médias respectifs. Les blogs ne sont rien en soi, c'est leur interdépendance avec les médias traditionnels qui leur donne leur force.
Oui mais les blogueurs commentent les infos des médias traditionnels et copient leurs sujets et leurs méthodes. Ils parlent de politique politicienne, sont excités à l'idée d'approcher les hommes politiques, balancent des infos non vérifiées... Si les blogueurs veulent être un vrai "contre-contre pouvoir", ils doivent donner l'exemple en faisant émerger leurs sujets propres (ça se fait un peu, mais trop peu à mon goût), aller dans le fond des choses, et même proposer. Et cela suppose parfois d'aller chercher les infos soi-même et pas seulement d'utiliser la presse ou les dépêches comme sources.
Ou alors (plus simple et plus réaliste): aller chercher des infos dans les médias alternatifs, peu lus par les journalistes, créer un buzz dessus comme nous savons si bien le faire, puis attendre que ces infos apparaissent dans les grands médias. Nous ne sommes pas journalistes, nous n'avons pas vocation à faire des enquetes de terrain et tout le toutim, en revanche nous pouvons être une courroie de transmission permettant de donner de la visibilité à de l'info déjà existante, et pourtant invisible.
genre ça : http://www.nuesblog.com/?331/Putain-d-Ortie ... mais c'est quand même l'exception.
Concernant la motivation des hôtes, je vote pour les points 2, 5, 6 et 7. Ce qui peut d'ailleurs se résumer en un seul point (j'ai toujours eu tendance à être -trop- synthétique :) ) : il faut occuper la place. Et si possible avant les autres, davantage que les autres.
Sur ce sujet j'ai eu un commentaire très intéressant du responsable Internet de l'UDF sur le Monde Citoyen, je le copie colle :
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Commentaire par Frédéric Lefebvre-Naré on 15 septembre 2006 11:34
(...)
Concernant l’UDF, ayant effectué toutes les invitations (sauf l’Université d’été), je peux me positionner sur cette grille :
*motivation 4 (eh oui)
*motivation 6 (à travers la “9a”, c’est-à-dire les reprises nécessairement sélectives, subjectives, éventuellement déformées ..)
*motivation 7 : l’idée a été émise par versac en décembre 05, et on s’est dit “puisqu’il y a des gens qui frappent à la porte, ouvrons”.
(...)
Un responsable internet, qui prétend ne pas répondre positivement au point 5 ?
Hmpfff ...
Ce billet très riche appelle de nombreux commentaires. En bref je crois qu'inviter les blogueurs c'est un peu comme le député qui serre la main de tout le monde dans la rue.Reconnaître les autres c'est se faire reconnaître. Je me souviens de Sarko me serrant la main à Neuilly alors qu'il était ministre du budget et de son air dépité quand j'ai fait mine de ne pas savoir qui il était! Plutôt d'accord avec Tristram Shandy : il y a des trésors à piller chez les blogueurs. Je vois un autre intérêt pour journalistes et hommes politiques à lire le blogs : sentir comment frémit une certaine élite. A une époque où les uns et les autres se sentent de plus en plus éloignés des intermédiaires, des petits faiseurs d'opinion, de ceux qui peuvent vous faire perdre ou gagner 100 ou 200 voix, les blogs sont un indicateur précieux. Je crois personnellement à l'avenir des blogs. Pour moi ils sont ce qu'étaient les lecteurs d el'encyclopédie au XVIIIe siècle, à savoir une petite élite dont on aurait tort de sous-estimer l'influence. Une dernière remarque sur l'invitation de l'UMP. En 1964 le gouvernement Tchèque avait invité deux journalistes français à assister aux commémorations de la libération. L'Humanité était l'un des deux journaux invités à envoyer un journaliste, ce qui se conçoit, l'autre étant Combat, et cela m'a longtemps intrigué. Mais si plus de 40 ans après je me souviens de l'événement c'est bien grâce à Combat alors que je n'aurais jamais lu l'Huma. J'en conclus que dans ce genre d'opération les retombées sont inestimables et à long terme.
ah tu étais là ?? et bah pourquoi tu te caches...?
peut-être aurais-je l'immense joie de découvrir Adam le 25 octobre ? ;)
@dang,
Les blogueurs, une élite ? Hum :)
Au mieux des petits, tout petits faiseurs d'opinion. Et encore, je dirais plutot faiseurs de buzz. Ca peut marcher sur un produit, sans l'ombre d'un doute. Sur une conviction, politique qui plus est, je doute de l'impact. Qui peut imaginer que 100 votants vont se mettre à choisir Sarkozy parce que c'est le favori de LLM (bon, ok, exemple mal choisi :)), alors qu'ils votaient à gauche jusque là ?
@Dang et Eric => l'idée que les politiques vont à la rencontre des blogueurs moins pour rechercher des soutiens que pour sonder l'opinion semble faire son chemin. Et quand Dang dit que les blogueurs sont une élite, je suis sûr qu'il entend par là "les blogueurs qu'il lit" :-)
@Hugo => je ne sais pas encore pour le 25 mais je ne m'étais pas caché et je peux te retourner la remarque :) - j'aime pas trop le principe du badge, il faut se donner la peine de me chercher d'abord ! :-)
Très bon (et très long) billet Adam. Un peu déconnecté de la blogosphère ces derniers temps, j'apprends par toi que les blogueurs invités à l'université d'été UMP étaient défrayés ?
Tout rapport financier avec les partis devrait être, dès l'origine, proscrit par les blogueurs pensant faire acte de citoyenneté. Il faut déjà qu'ils commencent par là avant d'écrire la moindre ligne.
@Eric : je persiste à penser que les blogueurs sont aujourd'hui ce qu'étaient les lecteurs de l'encyclopédie au XVIIIe siècle. Posséder un ordinateur, savoir le faire fonctionner, tenir un blog, c'est au moins l'équivalent de savoir lire et d'avoir les moyens d'acheter des livres autrefois. Et ces gens-là sont forcément amenés à jouer un rôle dans la cité. De plus, comme le dit Adam, je trouve qu'il y a d'immenses talents chez les blogueurs.Les blogs vont sûrement permettre à des gens prometteurs de se découvrir, de se révéler. Pourquoi ne serainet-ils pas la pépénière des journaux, des magazines, des partis politiques? Enfin moi j'y crois!
Le (grand ?) retour de Laurent Javault ! Ai-je l'honneur de ton premier commentaire pour ce que j'espère vraiment être un comeback ?
Pour le reste, la blogosphère est en enfance, elle fait son apprentissage. Notamment des rapports avec les pouvoirs politiques et commerciaux. Pour cette raison, on peut l'excuser de plein de choses... mais sans oublier que c'est à l'enfance que la personnalité d'un adulte se dessine...
@Dang : je ne suis pas qualifié pour évaluer le parallèle que tu fais... Mais ce qui est sûr, c'est que tout le monde espère que la blogosphère ait un effet positif sur la démocratie.
Et pour cela il faut que les blogueurs soient exemplaires à plusieurs titres : qu'ils fassent émerger des sujets non traités par les médias ou les politiques, qu'ils les traitent bien (analyse, vérification des infos etc.) et qu'ils aillent même jusqu'à la proposition.
Je me répète avec un des commentaires plus haut, mais ça pourrait être là justement un des messages de la classe politique à notre attention. Bayrou, à la République des Blogs, aurait pu lancer ce défi ambitieux à la blogosphère. Il semble sincèrement intéressé par ce qui s'y passe (et il y a un intérêt stratégique, étant laissé pour compte par les médias traditionnels) mais, de ce que j'en ai entendu, un peu trop enclin à caresser le blogueur dans le sens du poil ("avec les blogs, la révolution est en marche").
D'ailleurs Dang, tu rejoins un peu Bayrou sur ce point, non ? Serais-tu bayrouiste ?
Je disais chez Koz qu'il y a des blogueurs à qui j'aimerais casser la gueule. Il y a aussi des hommes politiques!
Aïe, Aïe, n'en jette plus Adam. C'est un retour timide...
Sur le fond : doublement d'accord avec toi.
- les blogueurs sont un peu, encore, comme des enfants et il convient pour cette raison de leur pardonner leurs péchés de jeunesse.
- Est-ce une élite (selon Dang) ou un large groupe d'individus plus actifs que la moyenne "faiseurs de buzz"(selon Eric) ? Je pencherais pour les deux profils. Et là aussi, je suis d'accord avec toi : il faut que les blogueurs soient exemplaires - malgré leur jeunesse...
Pompeusement, je dirais : bloguer, c'est entrer en responsabilité (y compris pour les blogs d'humour ou personnels).
Même si, caractérisant le phénomène blog, nous sommes dans un nouveau type d'édition, commençant de l'intime et tendant vers le global, tout acte de publication (et les Encycloplédistes qu'évoque Dang en témoignent superbement) est un acte social fort, qui engage la responsabilité de l'auteur. Le droit, excellente grille de lecture, en est déjà une belle indication, interdisant la diffamation, etc.
Il n'empêche qu'il y a un difficile accord entre deux forces en apparence opposées : la publication et le dialogue qui suit. C'est alors, sans doute, que le blog exige aussi des lecteurs et commentateurs un sens des responsabilités puisque les voilà, en quelque sorte, co-auteurs. Et c'est cela, sans doute, le prodigieux (et curieux) défi du blog. La presse n'ayant pas eu à y répondre (jusqu'à maintenant, mais ça change) puisque l'information est distribuée et non partagée.
Historiquement, le défi de la presse, c'était le droit à l'expression, la liberté. Le blog a fleuri sur cet héritage et c'est sa dette envers la presse. Mais ce n'est pas, dès lors, son principal enjeu (excepté dans les ditactures). Le défi du blog, à mon sens, c'est bien l'apprentissage de cette liberté, qui commence par la responsabilité. Cette histoire de blogueurs invités est de ce point du vue édifiante. Etc, etc. Bon, je me répète, je retourne à mes notes de frais !
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