Adam Kesher

Médias. Communication. Société.

09 octobre 2006

Sarkozy 1, Demorand 0

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Incroyable entretien ce matin sur France Inter entre Nicolas Demorand et Nicolas Sarkozy. Je retranscris deux extraits ci-dessous, mais c’est bien entendu plus fort en bande sonore (à écouter ici pour l’instant) :

Au moment du lancement de l’émission :

« ND : 8h18 sur France Inter. L’invité ce matin…

NS : … Nicolas Sarkozy, Ministre de l’Intérieur, Président de l’UMP, et victime parfois de critiques extrêmement modérées.

ND : Bonjour Nicolas Sarkozy.

NS : Bonjour Monsieur Demorand.

ND : Les critiques viennent de qui alors ?

NS : Oh bah ça on a le choix.

ND : Allez, dites-nous, faites la liste pour commencer.

NS : Ah non, c’est vous le spécialiste !

ND : Ah non moi je suis pas spécialiste de ça moi, j’en ai pas vu des critiques récemment.

NS : Eh bah très bien, bah vous êtes aussi bon journaliste que l’on me l’a dit alors.

ND : C’est à dire ?

NS : C’est à dire que vous êtes le contraire de cette journaliste russe courageuse qui voyait tout, donc vous ne voyez rien.

(…) »


Puis, quasiment à la fin de l’entretien (je passe sur un certain nombre de "petites piques"):

« ND : Charles évoquait l’idée de rupture, on sait qu’elle vous est chère Nicolas Sarkozy. Expliquez-moi juste un problème de logique : comment peut-on mettre en œuvre une rupture alors que ça fait si longtemps que l’on fait partie de la vie politique « classique », de la chiraquie comme on dit dans les livres, vous avez également été aux côtés d’Edouard Balladur, ça fait donc très longtemps que vous êtes là, donc vous faites partie de l’héritage ! Vous êtes en rupture par rapport à lui ?

NS : C’est très flatteur de votre part, me faire dire que je fais partie de la chiraquie, c’est une information qui me flatte et qui me touche beaucoup. Et qui témoigne d’une très grande connaissance de la vie politique interne à notre pays.

(…) »


J’avais rarement entendu un journaliste se faire démolir de la sorte. A tel point que je me demande comment Nicolas Demorand va s’en relever. D’un côté, j’y vois un retour de bâton mérité pour Demorand dont je déteste l’agressivité gratuite ; de l’autre, je m’inquiète du côté « intimidation » venant de Sarkozy et du fait qu’un politique puisse juger un journaliste.

La fameuse rupture est bien là, dans la forme. Sarkozy joue sur le fait que les auditeurs ne sont pas acquis aux journalistes et qu’au contraire ils leur en veulent pour leur partialité. Mais est-ce une bonne chose ?

Posté par adam kesher à 20:20 - 1. médias - Commentaires [15] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


VENDRE LA PEAU DE DSK ?

2994lepoint


Visiblement, chez Paris-Match et le Point, on n’est pas au courant qu’une primaire se prépare au Parti Socialiste… Il suffit de passer devant un kiosque pour savoir que c’est bon, que ça y est, c’est joué, le mois de débat qui attend le PS n’est qu’une formalité, la machine Royal est lancée et rien ne pourra l’arrêter, Strauss-Kahn et Fabius n’existent déjà plus, Royal sera la candidate socialiste, Royal sera au second tour au mois de mai.

Le contenu du journal peut être infiniment plus nuancé et bien mieux équilibré que ces accroches de une, là n’est pas le problème. Le problème est dans les unes. Car ce sont ces couvertures qui sont visibles : dans la rue, dans les kiosques, chez le coiffeur…

Et que se dit l’électeur devant une couverture de presse qui tente de lui imposer une vision des choses alors que les jeux ne sont pas faits et que c’est lui, électeur, qui a le pouvoir entre les mains ?

De plus en plus, il se dit qu’il va se faire un plaisir de démontrer aux médias qui c’est qui commande.

On peut appeler ça « la société de défiance » si on veut. A chaque grande élection, les médias se plantent. Parce que ceux qui étudient les phénomènes d’opinion n’ont sans doute pas encore voulu comprendre qu’une partie de l’opinion se construit CONTRE les sondages, les médias, et d’une manière générale contre tout ce qui tend à vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.

Parce qu’en France, on aime l’outsider. Et parce qu’en France, on en a marre que les médias essaient d’infléchir le cours des choses.

Et dans ces couvertures de presse, où est le libre arbitre pour les militants qui choisiront le ou la candidate, en novembre prochain ? Il y a là un profond manque de respect du militant et même de l’électeur.

Le cercle sondages favorables – médias favorables – appuis politiques – médias favorables – sondages favorables s’est installé en faveur de Royal. Il faut le constater.

Mais il s’agit d’un cercle vicieux, la popularité estimée de Ségolène Royal ne reposant que sur une image qu’une partie du public s’est construit d’elle. Tant que cette représentation n’est pas appuyée par des débats, des projets, des idées, il s’agira d’une construction hyper fragile. Un château de cartes. Un beau château peut-être, mais un château de cartes. Et gare à la chute…

En avril 2007, une partie importante des électeurs, consciemment ou non, aura envie de contredire ces médias péremptoires. De voter contre le schéma préparé par les médias, rien que pour le plaisir de leur dire « merci de respecter mon libre-arbitre d’électeur ».

En ce qui concerne les militants socialistes, ils se prononceront en temps voulu. Mais je serais l’un d’eux, je serais très tenté de voter DSK avant même d’avoir pris le temps de regarder les projets des candidats respectifs. Rien que pour dire MERDE.

Et c’est là aussi un effet pervers du jeu médiatique : si je me construis contre le schéma imposé par les médias, c’est que je ne me construis PAS par rapport à ce que devraient être les critères objectifs d’un vote, c’est à dire :

1. les priorités que se fixe le candidat, par rapport à l’idée que je me fais de ce que devraient être les priorités de l’action politique

2. l’adéquation des moyens affectés à ces priorités, leur réalisme et leur efficacité, ou du moins ce que j’en estime

3. la capacité d’un candidat à mettre ces idées en œuvre et à les réaliser : détermination, capacité à rassembler, à aller au bout de ses idées (ce qui à mon sens décrédibilise automatiquement la girouette Fabius, au passage).

En attendant d’étudier en détail les projets des 3 candidats socialistes, je ferais donc de DSK mon favori, comme d’autres. Na.

Posté par adam kesher à 09:36 - 1. médias - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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