Adam Kesher

Médias. Communication. Société.

14 octobre 2006

Pour une loi sur le génocide rwandais

Ben oui, faut être cohérent. Il y a eu 3 génocides au XXème siècle (si j’en crois Bernard Guetta). La négation de la Shoah était déjà condamnable, maintenant c’est celle du génocide arménien. Et comme on sent bien que des révisionnistes hutus ne vont pas tarder à l’ouvrir, il vaudrait mieux anticiper.

Intéressant de voir à quel point cette loi fait l’unanimité contre elle. Parce que la Loi n’a pas à écrire l’Histoire. Parce que c’est anticonstitutionnel. Parce qu’on légifère à tour de bras. Parce qu'elle est électoraliste. Parce qu’on regarde le passé au lieu de regarder l’avenir. Parce qu’on va se fâcher inutilement avec la Turquie. Parce qu’on se mêle de ce qui ne nous regarde pas. Parce qu'elle va à l'encontre de la liberté d'expression. Parce qu'elle donnera l'excuse du baillonement aux négationnistes. Parce que si on commence à aborder tous les massacres de populations, on ne va pas avoir le temps de faire grand-chose d’autre. Parce qu'elle n'empêche pas les révisionnistes de l'ouvrir, comme la peine de mort n'a jamais influé sur le crime...

L'idée n'est pas ici de dire pourquoi la loi est mauvaise et lesquels des arguments qui précèdent sont bons ou pas.

Simplement, cette tendance à légiférer à l'infini me semble révéler l’ignorance de la sanction par l’opinion. Houla, c’est compliqué ce que je viens d’écrire. Ca veut dire quoi ? Que quand on dit une grosse connerie, comme par exemple que la Shoah n’a pas existé, on s’en prend tout de suite plein la figure. Pas besoin de loi pour remettre les choses à leur place, l’opinion s’en charge toute seule. Les éditos, les courriers, les articles, voire les menaces, pleuvent.

J’avais déjà évoqué cette idée du « tribunal de l’opinion » au sujet du juge Burgaud : on allait sanctionner Burgaud, alors qu’il était déjà largement puni par l’opinion (pour s’en rendre compte il suffisait de se mettre à sa place une demi-seconde). Je vous l’accorde, un juge qui envoie des innocents en prison et un dingue qui nie l’holocauste, ce n’est pas la même chose. Mais je crois que la France est un pays suffisamment sensé pour que l’opinion sanctionne les dingues de ce genre (les révisionnistes, je veux dire) d’elle-même.

De plus, quel danger représente un révisionniste ? Un danger d’opinion. Il ne vole pas, il ne tue pas, il ne viole pas. Il menace de polluer les esprits faibles. Faut-il aller en prison pour cela alors que la vigilance de l’opinion à l’égard des différentes formes de révisionnisme est, tout de même, assez grande ? C’est à mon sens un danger d’opinion qui doit se régler par l’opinion. Et on n’a pas besoin d’une loi pour cela, les révisionnistes sont quand même ultra-minoritaires et écrasés par les réactions scandalisées dès qu’ils l’ouvrent. La France n'est, quand même, pas pourrie à ce point-là.

Cette tendance à tout régler par la loi est d’autant plus étonnante que nous sommes dans un pays qui a une forte culture du débat. Laissons les historiens faire leur boulot, on n’aura besoin d’une loi que le jour où plus personne ne s’intéressera à eux et ne s’indignera des négationnismes.

"La vérité n'a pas besoin d'une loi pour la protéger", dit Pipo sur Carnets de nuit.

Posté par adam kesher à 09:00 - 3. société - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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