Adam Kesher

Médias. Communication. Société.

17 octobre 2006

TOUCHE PAS A MON DHORASOO

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Faut-il s’émouvoir du licenciement d’un joueur de football surpayé ? Faut-il y prêter ne serait-ce qu’une minute d’attention alors que c’est le lot de tant de salariés anonymes dont tout le monde se fiche ? Faut-il condamner ce licenciement-là, celui d’une personne qui n’est objectivement pas à plaindre ?

Oui.

Pas parce que c’est la première fois en France qu’un joueur de foot pro est licencié. Pas parce que Vikash Dhorasoo est international et qu’il est (un peu) connu du grand public. Pas parce qu’on peut s’interroger sur l’opportunité de virer un joueur alors que la pratique consiste à le revendre, même hâtivement et en bradant.

Il faut s’en inquiéter, parce qu’en licenciant Dhorasoo et en faisant un licenciement médiatisé, le PSG envoie un signal fort. Celui que la différence n’est pas bienvenue dans le milieu du foot.

Parce que Vikash Dhorasoo, si vous ne le connaissez pas, est en effet assez fondamentalement différent de ses pairs. Peut-être pas parce qu’aussi intello que l’étiquette qu’on lui a vite collée. Pas non plus parce qu’il est le seul joueur professionnel en Europe ayant des racines indiennes. Et pas non plus parce qu'il est taillé comme une crevette. Mais plutôt parce qu’il a de la personnalité.

Voilà un joueur qui a des opinions politiques (à gauche) et qui s’engage (parrain d’une association gay). Drôle et souvent moqueur, vis-à-vis de la presse et de ses coéquipiers. Qui sait écrire, et qui a tenu une rubrique pleine d’esprit dans So Foot. Qui a du style et qui aime fréquenter les lieux bobos plutôt que les beaufs. Qui a du franc-parler, de la nuance («  je ne dis pas que mon entraîneur est un menteur, je dis qu’il a menti »), qui refuse la langue de bois et à qui cela aura finalement coûté son job à Paris.

Bref, Vikash est profondément cool. Il est l’idole des intellos footeux parisiens trentenaires comme moi. Cette différence n’est certainement pas le nirvana pour la cohésion de groupe et je veux bien croire qu’il a causé des problèmes partout où il est passé, comme le disent certains.

Ca ne veut pas dire qu’il fait l’essentiel de ce qu’on attend de lui, c’est à dire bien jouer au foot (Dhorasoo a toujours été très inégal et sa sélection pour la coupe du monde a fait halluciner plus d’un footologue). Ca ne veut pas non plus dire qu’il faisait avancer le PSG dans le bon sens, ou qu’il n’a pas fait des choses qu’il n’aurait pas dû faire vis-à-vis de son employeur.

Mais Dhorasoo est, plus pour longtemps d’ailleurs car il a 33 ans, extrêmement rafraîchissant dans le milieu du foot. Son problème est sans doute d’avoir été doué pour le foot. Je ne m’inquiète pas pour lui, il rebondira vite dans le foot et aura l’embarras du choix pour sa reconversion quand le moment sera venu.

Mais mettre Dhorasoo à la porte, le traiter comme aucun joueur avant lui, c’est donc condamner – et violemment - la différence, c’est dire que les personnalités ne sont pas les bienvenues, c’est faire l’apologie de l’ennui zidanique, ou pire, du deschampisme policé.

Platini disait à propos des relations avec les médias en Italie : « on peut tout dire, du moment qu’on ne dit rien ». On pourra dire maintenant que dans le foot, « on peut être comme on veut, du moment qu’on est comme les autres ».

Posté par adam kesher à 08:00 - 3. société - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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