Adam Kesher

Médias. Communication. Société.

31 octobre 2006

« L’INFLUENCE » DES BLOGS : CHANGER LE REGARD


J’ai été assez calme récemment, tout ça méritait bien un nouveau billet fleuve. Rassurez-vous, je vous y parle de vous. Car à force, vous l’aurez remarqué, je suis un peu obsédé par la difficile question de l’influence des blogs.

D’abord parce que c’est une question nouvelle et inexplorée, et qu’au XXIème siècle on a pas beaucoup d’occasions de réfléchir à un sujet auquel personne n’a pensé avant nous.
Ensuite parce qu’on constate souvent une certaine naïveté dans la blogosphère, consistant à considérer que ça y est, les blogs vont changer le monde, et que ça donne envie de calmer les ardeurs.
Enfin parce que ce qui se passe sur le net est tout simplement passionnant en matière de « mouvements d’opinions ».


L’étude Edelman / Technorati

Maintenant que je me suis justifié, je peux attaquer. L’influence des blogs est un sujet qui vient d’être assez abondamment traité dans la blogosphère elle-même, notamment en raison de cette pauvre étude Edelman / Technorati (1).

C’est assez marrant de voir comment il suffit de faire une conférence de presse en disant « on a une étude » pour que la presse embraie. Et si la presse embraie, c’est bien connu, les blogueurs embraient. L’étude Edelman / Technorati a donc connu son petit moment d’actualité.

Mais franchement, qu’est-ce que cette étude apporte par rapport à d’autres classements des blogs ? Celui de bonvote me semble, certes intuitivement, mais assez franchement, mieux fait ; même si l’un porte sur tous les blogs et l’autre sur les blogs politisés (ce qui a le mérite de proposer un minimum de cohérence dans l'objet étudié). Et puis, il y a aussi par exemple ce classement-là. Alors, pourquoi s’affoler sur l’étude le classement Edelman / Technorati ? A cause de la conférence de presse, pardi !


Le regard du blogueur sur son influence propre

Donc, la publication d’une étude, puis d’articles de presse, puis de billets de blogs, assez axés sur le concept d’influence. Un terme qui, au passage, fait l’unanimité contre lui.

On a grosso modo trois sensibilités possibles du blogueur par rapport à son "influence" :
-    « on essaie, on espère » (à la Koz)
-    « on ne change rien » (à la Guillermo)
-    « on s’en fout » (à la Christophe Ginisty)

Notons que le « on s’en fout » ne s’inscrit pas nécessairement dans la famille du « on ne change rien ». On ne sait pas si c’est un « on est influent mais on s’en fout » ou un « on n’est pas influent et on s’en fout ».

Comme se le demande Jules de What’s Next, il faut en revenir à la définition de l’influence.
Guillermo dans le titre de son billet parle de "pouvoir de conviction". Stéphane Guerry propose : « un vrai pouvoir de changer au moins les représentations de ses lecteurs ou auditeurs (à défaut d’en changer directement les opinions) ». C’est pas mal.

Dans un commentaire chez Jules, je me suis permis la définition suivante : « la capacité à diffuser une idée qu'un public saura s'approprier alors que cette idée n'était pas la sienne au départ ». C’est un peu moins joli. Mais grosso modo, on va dire que c’est changer le regard.

Cette définition fait interagir deux notions : le blogueur et son public.


Qu’est-ce qui met le blogueur en position d’être influent ?

La prose habituelle se focalise sur le blogueur, et généralement sur des notions très quantitatives : son audience. Son autorité. Sa régularité. Certes, tout cela peut aider. Mais je serais tenté de dire que ce sont des notions qualitatives, donc subjectives, qui conditionnent le mieux l’influence : la qualité. L’originalité. La séduction.
(Lire Alav à ce sujet)

A la suite de ce que je viens de poster sur Faim d’un monde, on ne va pas dire que qualité, originalité et séduction garantissent audience et autorité. Mais elles permettent mieux de toucher les publics qui comptent.

Car c’est là que réside réellement la capacité d’influence : la capacité à laisser une empreinte (digitale) dans l’esprit de celui ou de celle qui passe par là et qui peut faire quelque chose de cette information, de cette opinion ou de cette proposition.

DSK, lors du premier débat de la première audition des candidats socialistes, mentionne l’idée des nouvelles villes moyennes à la campagne. On peut assez sérieusement faire l’hypothèse que l’idée a été puisée par les conseillers de DSK chez José Ferré qui l’avait déjà proposée quelques mois plus tôt. Et ça, pour le coup, c'est de l'influence.

Cette idée n’avait pourtant pas eu plus d’influence qu’un pet au sein de la blogosphère – on en revient au concept de la bouteille à la mer cher à Adorno et Laurent. Il suffit donc d'un visiteur avisé et influent pour devenir soi-même influent. L'audience n'est pas une condition sine qua non de l'influence.

Il faut ainsi distinguer l'influence sur la représentation (changer le regard) et l'influence sur l'action (cf. José / DSK). Dans le premier cas, le blogueur qui se veut influent à intérêt à viser une clientèle large et molle (voir plus loin) ; dans le second cas, il a intérêt à viser une clientèle ciblée, avisée et possédant un pouvoir de décision ou d'accès aux médias de masse : les politiques.


L’influence dépend surtout du public… mais que sait-on des lecteurs  de blogs ?

Le public, justement. C'est donc de lui que dépend l'influence. On peut même aller jusqu’à dire que la capacité d’influence d’un blogueur dépend de sa capacité à réunir autour de lui un public influençable. Mais les lecteurs de blogs sont-ils influençables ?

Pour le savoir, il faut se demander ce qu’on sait des lecteurs de blogs. Typologie.

1. Il y a les lecteurs qui commentent. Et là, on le voit tout de suite, ce sont à 90% des blogueurs. Or, qu’ont de particulier les blogueurs ? Le fait d’avoir un certain nombre d’opinions qu’ils entendent bien diffuser autour d’eux. Quand on se décide à bloguer, c’est quand même en général davantage parce qu’on pense avoir des choses à dire que parce qu’on pense avoir des choses à apprendre.

Il est assez raisonnable de dire que la très grande majorité des blogueurs a ses opinions toutes faites sur la plupart des sujets de discussion ; la discussion pouvant faire évoluer certaines opinions à la marge, mais pas de façon fondamentale.

Conclusion, ce n’est pas cette catégorie 1 qu’on va beaucoup influencer. Comme le dit Guillermo, « nous n'écoutons que rarement les autres, et personnellement je dois reconnaître que je n'écoute presque jamais ceux qui ne sont pas d'accord avec moi ; par contre j'adore rechercher dans mes lectures l'expression de mes opinions, partagées par d'autres qui pensent comme moi, et bien souvent mieux formulées ».

2. Il y a une énorme frange de lecteurs qui arrive via moteur de recherche pour environ 1/10ème de seconde, en quête de sites pornos ou après une association de mots clé qui n’ont rien à voir avec le résultat proposé par Google. Conclusion : la catégorie 2 n’a aucun intérêt.

3. Il reste les vrais lecteurs qui ne commentent pas. C’est là que réside l’inconnue. Nous n’avons ni une bonne idée de leur nombre (en valeur ou en proportion des lecteurs d’un blog), ni de leur influençabilité.

Mais comme disait
Frednetick sur Radical Chic : "Qui aujourd'hui peut dire qu'il dispose d'une info suffisamment pertinente et objective ? Lire des posts qui traitent d'un même sujet sur deux blogs et défendant deux conceptions différentes, c'est aussi se donner les moyens de modifier sa propre opinion basée sur une info tronquée ou orientée..."

Conclusion : un certaine influence est peut-être possible auprès d’une partie de nos lectorats que l’on connaît mal.

Autrement dit, ça fait beaucoup de précautions avant de pouvoir se définir comme influent. Mais ça peut justifier de jouer le coup (Koz va nous dire que "ce qui compte c'est d'avoir été là"), et c’est ça qui est passionnant à mon sens : on est en train de découvrir, d’explorer des nouveaux territoires. Je continue à penser comme ici que les blogs français n’ont rien montré de fondamentalement influent jusqu’à aujourd’hui, mais le cap de la présidentielle sera fatidique pour confirmer ou infirmer.


Le public des blogs « non politisés » n’est-il pas plus influençable ?

On peut aussi envisager la question sous l’angle de la nature du public concerné : politisé ou pas très politisé. J’ai à ce titre une théorie absolument effrayante : celle que Loïc Le Meur serait bel et bien, comme dans le classement de bonvote, le blogueur politique le plus influent (sachant qu’il n’est déjà pas loin d’être le plus fluent, avec ses runs et ses disclosures).

Pourquoi ?

Parce que le public de Le Meur n’est pas a priori en recherche d’information ou de débat politique. La ligne éditoriale de Le Meur a essentiellement consisté à décrire les nouveaux usages du Net (et à parler de lui-même) pendant un temps assez long, avant de commencer progressivement à glisser vers les sujets politiques.

Parce que son lectorat n'est pas un lectorat très politisé, il est peut-être plus influençable que celui des blogs plus spécialisés, où l'on ne parle QUE de politique. Autrement dit, quand Le Meur dit "je vote Sarko parce que c'est le candidat des entrepreneurs", ses lecteurs qui ne sont pas venus pour ça au départ reçoivent le message. Une bonne partie des commentaires sur cette annonce a d’ailleurs été assez favorable.

C'est la vulgarisation de la politique : on mélange les genres pour capter une audience peu politisée et plus influençable, mais dont les votes comptent autant. Si vous voulez être influent en politique, faites du Le Meur : commencez par fidéliser un public assez divers, puis parlez-leur de politique.

Une petite note d'espoir : je ne donne pas cher de la crédibilité de Loïc Le Meur dans la blogosphère dans quelques mois. L'émergence de l'excellentissime Loïque Jemeur, les annonces pour la SNCF qui l'auto-décrédibilisent et le cassage de plus en plus systématique de LLM par des blogueurs sont des bons signaux.


La question de la mesure de l’influence

Comment mesurer cette influence ? Nombreux sont ceux qui veulent quantifier l’influence alors que la notion est à la fois qualitative, subjective et rétroactive. Si un classement croise des données quanti comme le nombre de liens entrants, le nombre de commentaires, la régularité de l’écriture… Soit. J’ai de grandes réserves sur la quantification de l’influence, mais deux idées sur la moins mauvaise façon de le faire :

- interroger un panel de blogueurs pour leur demander qui les influence et pourquoi (mais il faut se donner la peine de le faire...)

- ne pas se contenter des liens entrants mais établir un indice qui prenne en compte l’autorité des liens entrants (à vrai dire, j’hallucine que l’étude Edelman / Technorati n’ait pris que le « premier niveau » de liens entrants).

La question me paraît d’autant plus épineuse que l’influence ne se mesure réellement (et encore) qu’a posteriori (2). Et elle est plus facile à estimer quand on voit émerger ou se propager dans l’opinion une idée nouvelle ou minoritaire, promue par le blog X ou Y au départ. D’où l’idée que les blogs gagneront leurs lettres de noblesse en étant force de proposition.

Dans la fameuse vidéo montrant Bourdieu tailler un serre-tête à Ségolène Royal, le sociologue commence à répondre à la question de Pierre Carles « pour vous qu’est-ce que c’est la gauche et la droite ? » en disant tout simplement « ben ça se voit bien, non ? ».

Finalement, je me demande si cette réponse ne vaut pas aussi pour la question « qui est influent ? ». L’influence ? Ca se voit bien...


Et le blogueur influençable dans tout ça ?

Une dernière réflexion : on parle beaucoup du « blogueur influenceur » mais pas beaucoup du « blogueur influençable ». Ce qui trahit certainement une vision descendante de l’information dans la blogosphère, alors qu’il s’agit plutôt de "conversation" et qu’il n’y a pas de raison qu’un de mes savants lecteurs ne réussisse pas à changer l’une de mes représentations, parce que je le veux bien.

Le blogueur influençable, c’est, par exemple, moi (3) : je blogue avec certaines certitudes mais aussi pour structurer ma pensée, et mes commentateurs m’y aident. En l’occurrence, je ne sais absolument pas pour qui je vais voter en avril. Avis aux influenceurs, il y a une voix à prendre. On en reparle bientôt.


En résumé : l'influence, c'est changer le regard d'une partie de son public. Cela dépend certainement du blogueur mais aussi de son public, que l'on ne sait pas analyser : impossible d'évaluer la part "influençable" de son public. Mais il suffit que le bon lecteur traîne au bon endroit et au bon moment pour devenir influent. Ce qui n'autorise pas à mesurer l'influence a priori et nous laisse avec notre subjectivité. C'est plus simple comme ça non ?



(1) A noter : je me situe ici essentiellement dans le champ du débat politique. L’opinion sur les marques, par exemple, c’est encore autre chose.

(2) Il faudrait tout simplement cesser d'utiliser le terme "influence". On pourrait très bien dire "top 50 des blogs politiques" tout court.

(3) Ne pas y voir une contradiction avec le passage plus haut qui dit « Il est assez raisonnable de dire que la très grande majorité des blogueurs a ses opinions toutes faites sur la plupart des sujets de discussion » : je ne pense pas que mon cas soit très réprésentatif de l’ensemble des blogueurs « politiques ».

Posté par adam kesher à 21:21 - 4. web - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Effectivement, ce sont essentiellement les blogueurs qui commentent. Je fais l'hypothèse qu'ils ne réprésentent pourtant pas plus de 10% des lecteurs. Mais je reconnais que ce chiffre s'appuie sur ce que je vois sur mon propre blog, et au doigt mouillé en plus.
Un blogueur n'a pas d'avis sur tout. Sur certains sujets, il n'a pas de point de vue arrêté, et donc il est ouvert, à l'écoute. Par exemple j'ai trouvé très interessante la comparaison que fait Catherine Kinzler entre les discours sur les propos de Redeker et l'argument du violeur. En partie parce que je n'y avais pas réfléchi, en partie parce que cela raisonne avec mes convictions générales, en partie parce que l'idée est de qualité. Comme l'idée est solide, je vais la conserver. C Kinzler m'a donc influncé, mais aussi Polluxe par qui j'ai connu cette idée. Elle ne m'a pas pour autant fait changer d'avis, c'est sa proximité qui m'a permis d'entendre son argument
Pour ce qui est du vote en avril, je pense que beaucoup parmi les français comme parmi les blogeurs ne savent pas pour qui ils vont voter . Le fait que les blogueurs se décideront sans doute avant les français (c'est mon hypothèse) et que ceux ci suivront leur avis,ne prouvera pas une réelle influence. Simplement, les blogueurs suivant la question de plus près et échangeant sans arrêt accomplirant un processus de réflexion que les autres feront ensuite, peut être à partir d'idées un peu plus sélectionnées (et encore!)

Posté par Verel, 01 novembre 2006 à 20:16

Je fais l'hypothèse inverse, je ne pense pas avoir plus de 20% de VRAIS lecteurs qui sont non-blogueurs. VRAIS au sens où ça exclut toutes les visites occasionnelles qui le plus souvent arrivent ici par erreur. A mon sens ton exemple illustre le fait qu'une de tes représentations puisse évoluer sous l'influence d'une lecture. Mais pour moi ça entre dans la catégorie "blogueurs dont l'opinion bouge à la marge".

La question que je me pose est en fait : en quoi l'espace de discussion sur le web est-il différent de l'espace de discussion "réel" ? Je conçois bien qu'on renforce ou qu'on façonne ses opinions en lisant et en participant aux discussions sur le net. Mais si ce n'est grosso modo qu'un reflet de la réalité, le net est plus un accélérateur d'opinions qu'un vrai vecteur d'opinions.

Ce que je me dis, c'est plus "certains lecteurs peuvent se faire leurs opinions sur le web" que "les blogueurs sont influents". Ce n'est pas la même chose : un lecteur confronté à une masse d'info est en mesure de se laisser influencer. Mais un blogueur n'a qu'une toute petite part de responsabilité dans cette masse d'info. Autrement dit, c'est la somme des opinions, informations et commentaires qui peuvent in fine être influents dans la blogosphère, et cette somme est indépendante du travail individuel de chaque blogueur.

C'est un peu comme le vote : chacun de nos votes ne change rien, et la somme de tous nos votes change tout. Donc dire d'un blogueur qu'il est individuellement influent, me paraît exagéré. Dire que la blogosphère joue un rôle... Peut-être. J'explore la question, je suis prêt à me laisser influencer ou en tout cas à écouter les différents avis !

Posté par Adam Kesher, 02 novembre 2006 à 10:13

Difficile en effet de cerner la notion d'influence sur le blog. J'en retire l'impression que sa modélisation se heurte à une réalité extrêmement atomisée. J'oserais penser qu'à chaque blogueur (chaque pratique du blog étant finalement personnelle) il faut adjoindre une réalité particulière, unique, avec d'un bout à l'autre de la chaîne une "influence" type Le Meur et une autre, type José.

Retenir le facteur quantitatif de l'influence me paraît assez justifié lorsque l'on songe à l'audience-influence du blog de Loïc Le Meur. Mais pour le coup, il ne semble plus du tout important pour un blogueur qui, par un effet virologique "naturel", voit l'un de ses billets tomber au bon moment d'un débat. Il y aurait donc une influence quantitative, rationnelle et prévisible ; autant dire laborieuse. Et une influence qualitative, imprévisible, non maîtrisable et "miraculeuse".

Etant entendu qu'un même blogueur est soumis à ces deux lois selon des proportions qui lui sont propres et qui évoluent dans le temps.

En définitive, l'influence (prise globalement) semble surtout dépendre du bon vouloir (dans le bon ou le mauvais sens du terme) de ces lecteurs "inconnus" dont tu pointes fort justement le rôle. Au même titre que les lecteurs-blogueurs-commentateurs, ils me paraissent essentiels dans le processus d'influence d'un blog.
Pour le meilleur et pour le pire.
C'est peut-être là le charme et les limites de l'exercice.

Posté par Laurent, 02 novembre 2006 à 13:19

Globalement d'accord avec toi, Adam. Evidemment.

Pour moi, cette histoire “d'influence“ est très largement de la fumisterie, dans la façon dont elle est évoquée par -comme par hasard- quelques internautes, instituts “d'études“ divers ou agences de communication : elle relève de ce phénomène de la prophétie auto-réalisante.

Reste que toute parole a vocation a être entendue, voire écoutée. Celle des blogs n'y échappe pas.

L'est-elle ? Oui, à la hauteur de son audience quantitative -qui est évidemment infiniment plus faible que celle des médias commerciaux (presse, radio, TV)-.

Oui, ensuite, à la hauteur du “réseau“ d'amis, d'accointances, qu'on peut mobiliser par capillarité. La capacité d'un “petit“ réseau comme celui des “freemen“ (80 à 90 blogs), par exemple, à se mobiliser, même très partiellement, sur des sujets aussi divers que la règlementation du purin d'ortie ou, dans les derniers jours, sur les événements de Oaxaca, n'est pas négligeable.

Oui enfin, à la hauteur de son audience qualitative (mais là les choses sont réellement inquantifiables) : si sur un lectorat même maigrichon, on a su attirer l'attention de gens eux-mêmes influents (conseillers d'hommes politiques, par exemple), si on a trouvé une formule qui fait mouche, mis en avant une information peu médiatisée, donné un angle “disruptif“ à une autre, mis en rapport deux phénomènes jusque là dissociés, exprimé une idée ou un projet peu conventionnel mais vaguement réaliste, oui, il y a une chance qu'on devienne une “ressource“ anonyme pour ces gens et, dans ce cas, qu'ils se servent de nous à hauteur de leurs besoins.

On peut appeler ça de l'influence, si ça fait vraiment plaisir. Mais la route est longue et la pente est rude :)

Posté par José, 02 novembre 2006 à 15:00

Laurent et José : vous êtes des cracks. Vous dites en 3 paragraphes ce que je n'arrive pas à dire en 4 pages word. On peut ajouter que l'influence, quand elle est traçable, est plus souvent une capacité de nuisance qu'une capacité constructive :
- le cas des antivols Kryptonite, de la vidéo qui montre comment manger au McDo, et autres types de crise qui impactent des marques
- le cas de Jack Lang remis à sa place par les spectateurs du festival des Vieilles Charrues
Est-ce d'ailleurs si "LA" personnalité publique issue du web, Etienne Chouard, a promu un "non" plutôt qu'un "oui" ?

Posté par Adam Kesher, 02 novembre 2006 à 17:49

Excellent papier Adam, comme d'habitude. Il n'est pas inutile de rappeler que l'essentiel de la fréquentation des blogs est constitué de visiteurs menés là au hasard par les moteurs de recherche, et qui ne reviendront jamais. Un des meilleurs outils pour s'en rendre compte est Google Analytics, qui permet bien de relativiser l'influence, pour beaucoup imaginaire, des blogs...

Posté par Pépites, 02 novembre 2006 à 22:29

Je pense qu'il ne faut pas trop se focaliser sur l'influence d'un seul blog. Un des aspects des blogs est que c'est un phénomène collectif et qu'il y a beaucoup de blogs. En collectif, les blogs dans leur ensemble via des liens sont je pense maintenant capable de projetter un sujet (ou un contre-sujet) dans la sphère de discussion médiatique classique, cela c'est vu lors de réactions d'auto-défense sur les cas de fermeture de blog mais je pense qu'il y en aura d'autre.

Posté par Laurent GUERBY, 03 novembre 2006 à 11:02

Attention, l'influence véritable peut devenir pernicieuse et contre-productive. Ainsi, la plupart de mes lecteurs, après quelques passages sur mon blog, abandonnent leurs famille, amis et activité professionnelle pour se consacrer à l'étude exclusive de ma réflexion sur ceci ou cela.

Ils m'envoient de l'argent (généralement l'essentiel de ce qu'il parviennent à récolter dans les réunions publiques payantes qu'ils organisent dans leur quartier sur les derniers sujets abordés sur mon site) ; me font figurer dans leur testament (je vais devoir recruter quelqu'un pour s'occuper des dons et legs) ; me demandent d'être le parrain de leurs enfants, etc.

D'autres que moi seraient sans doute flattés par le succès fulgurant de ce qui reste l'expression humble et modeste d'une vision personnelle du monde. En ce qui me concerne, je trouve ça gênant, compte tenu de la nature rebelle et iconoclaste de ma pensée. Je pense d'ailleurs organiser un meeting au Zénith sur le thème "Blogueur vedette ou maître à penser : les limites à ne pas franchir". Il s'agira du moment idéal pour le lancement de mon livre "Faux gourous : alerte sur le Net" et de mon programme de séminaires d'entreprises : "Web sous influence : pensée authentique contre pipolisation".

Vous pouvez d'ailleurs obtenir davantage d'informations sur ces différentes initiatives en appelant le 0800 65954 (3,50 € les premières trois minutes) ou en écrivant à "Ni dieu ni maitre, puisqu'Hugues est là pour me conseiller", BP 78 75786 Paris cedex

Posté par Hugues, 03 novembre 2006 à 11:06

Je rebondis juste partiellement sur pépites : ça dépend des blogs, encore une fois, et généraliser est difficile. Il y a des blogs qui ne sont que des repères à quelques requètes google étonnantes, d'autres qui, vu leur pagerank, acquis justement par la notoriété et le réseau de blogs qui les entourent, qui ramassent un millier de requètes google par jour.

Dans mon cas précis, je ne suis qu'à 15-20% de trafic venu de google. Ce qui est assez peu, et qui me va très bien. En revanche, je sais que certains billets peuvent confirmer des pressentiments ou favoriser des mobilisations.

Prenons un exemple : tapez "lastminute service clients" dans google. Premier résultat : un bille toù je relate une mauvaise expérience avec ce voyagiste. Depuis la parution de ce bille,t j'ai reçu 50 commentaires, et le même nombre d'e-mails. Si je l'avais voulu, j'aurais pu, avec ce nombre, monter une action de contre-pouvoir au voyagiste, une campagne, que sais-je.

Mais pourqoi apparais-je en première page ? Tout simplement parce que pas mal de pairs m'accordent de l'intérêt dans un tout autre domaine que le voyagisme. J ene suis pas sûr d'avoir beaucoup d'influence dans mo ndomaine, sinon à parfois orienter l'attention de quelques lecteurs, qui me disent venir pour ça. En revanche, je peux avoir une capacité de mobilisation flash de temps à autre, sur cette base de notoriété (j'en use peu, ce n'est pas mon but).

Ce qui est vraiment intéressant, c'est cette capacpité de mobilisation flash, de détournement d'agenda médiatique, qui se fait toujours en réseau, par la force collective (mon billet sur lastminute a pas mal été relayé, sur quantité de forums, notamment).

On peut gloser à fond sur le concept de "blogueur influent" pendant des plombes, c'est en fait assez simple : ça n'existe pas, en soi. Ca se fait sujet par sujet, de manière microscopique.

Posté par versac, 03 novembre 2006 à 11:07

Voilà un (long) billet qui fait réfléchir. Modeste lecteur-commentateur-non blogueur je m'interroge sur ce qui me motive à commenter et sur l'influence que je risque de subir. Je ne crois pas personnellement qu'il y ait un si grand nombre de lecteurs non-commentateurs. Ces lecteurs doivent venir par hasard, par erreur, et ne plus revenir sur un blog. Donc le vrai lecteur influençable est celui qui commente (enfin c'est mon sentiment). Pourquoi commente-t-il? Pour structurer sa pensée, dire son accord (là il n'est pas influencé) ou son désaccord (il n'est pas influencé non plus). Il veut peut-être aussi lancer un message pour influencer à son tour. Quand j'ai signalé sur un blog généraliste qu'un seau à champagne en crystal de St Louis que j'avais acheté très cher au Printemsp Parly 2 a explosé à la troisième utilisation, je voulais plus ou moins consciemment mettre en garde les autres, et emmerder St Louis et/ou le Printemps Parly 2.Les 7 personnes qui m'ont répondu pour me dire qu'elles n'achèteraient pas ce produit ont donc été influencées. C'est peu et c'est beaucoup à la fois. Si St louis a perdu 7 ventes d'un objet à 400€ ce n'est pas négligeable.Comme tu le dis Adam, c'est l'addition de toutes ces petites influences qui est importante.En est-il de même pour la politique? Lorsque je commente sur un blog proche de ma sensibilité (Koz par exemple)je suis évidemment influençable aux arguments que je lis et encore plus à ceux qu'on m'oppose dans la discussion puisque j'ai un a priori favorable à la personne du blogueur. Lorsque je commente sur un blog plus éloigné de ma sensibilité politique (pour dire le moins) comme Carnets de nuit, je trouve là aussi des idées qui ne manquent pas de m'influencer car j'ai de l'estime pour ce blog. Je ne me laisse pas influencer sur l'essentiel mais je retiens nombre d'idées qui peut-être vont devenir miennes. L'influence est donc indéniable. il n'en va pas de même quand je me fais engueuler sur des blogs de moins bonne qualité où pour un oui ou pour un non on me traite de fasciste, raciste, antisémite. Généralement je me dis que ce sont des cons et je ne vais pas plus loin dans la réflexion. En résumé, et c'est une idée que je défends de plus en plus, les blogs sont le nouveau café du commerce. L'influence du café du commerce n'a sûrement jamais été étudiée mais elle était bien réelle.Surtout si on y ajoute l'influence des salons mondains. Je me souviens avoir commencé à changer d'avis sur VGE lors d'une chasse en Sologne où un éminent membre du RPR nous en avait dit de toutes les couleurs sur le nouveau président de la République. Au vrai café du commerce j'ai souvent écouté par amusement et intérêt les poivrots pérorer et j'ai souvent constaté que les notables étaient écoutés avec respect. Quelques dizaines de voix se perdent ou se gagnent ainsi, comme sur les blogs, comme dans les salons.Je persiste à penser que la déferlante poujadiste de 1956 (52 élus avant les invalidations, c'était presque un séisme)était le résultat de l'influnece du café du commerce.On l'a encore revu récemment avec la grogne des buralistes.Les blogs peuvent encore nous réserver de nombreuses surprises. En conclusion, je crois vraiment à l'influence des blogs.Elle est modeste mais elle existe.

Posté par Dang, 03 novembre 2006 à 12:10

Et de 8, Dang ! Je n'achèterai pas de seau à champagne en cristal de Saint-Louis à 400 €. Vous m'avez plus qu'influencé, vous m'avez convaincu :)

Posté par José, 03 novembre 2006 à 13:24

Personnellement, une chose qui peut m'influencer, c'est une information, un élément nouveau, un point de vue qui ne m'est pas accessible de l'endroit où je me trouve, et clairement formulé. Ce n'est pas le nom de l'auteur qui influence mon opinion. Il m'est arrivé de chercher, dans quantité de billets (à l'avis unanime) sur un même sujet, un élément qui pourrait me faire changer d'avis. Mais je n'ai rien trouvé qui m'aide à le faire. Il m'a semblé, à cette occasion entre autres, que l'influence était au niveau des comportements, à la façon d'exposer les sujets et par voie de conséquence à celle de ne pas les exposer si on ne partageait pas l'avis communément admis --ou la blog attitude du moment ?

Quand j'ai besoin de me faire une opinion sur un sujet dont je ne connais pas grand chose, du genre futurs candidats et pour qui voter, je consulte les blogs. Tous les styles sont permis. La seule chose qui me lasse, c'est de lire souvent des textes écrits par des blogueurs pour des blogueurs --je n'ai pas dit : pour faire des stats ;) Quand il y a une touche artistique, une touche d'humour, d'originalité ou de conscience 'professionnelle', c'est hautement appréciable.

Je trouve qu'il y a une forte influence au niveau des comportements. Dans la blogosphère en tout cas. Et il suffirait de quelques uns qui traitent les sujets dans un état d'esprit un peu différent pour que la blogosphère soit reconnue et appréciée par un plus large public.


P.S.1 : état d'esprit différent = par ex. le lectorat par voie de conséquence, et non en tant qu'objectif premier.
P.S.2 : des tas de petites influences, d'accord aussi - dans un blog, elles peuvent parfois venir des commentaires plus que du billet - si, si !
P.S.3 : pas de seau à 400 balles pour moi non plus - mais c'était prêcher à 1 converti.
@ Dang : 8 personnes influencées ? ou informées ?

Posté par F de C, 03 novembre 2006 à 15:44

Ancienne non commenteuse

Moi, si je veux être honnête, je suis très influencée. parce qu'il y a aussi une relation parfois presque personnelle qui se lie avec des blogueurs; sans meme que cela soit bilatéral : il y a des blogs auxquels je suis attachée, que je viens lire régulièrement, sans forcément commenter. ce sont souvent des blogs où j'apprends beaucoup de choses,que ce soit le type d'informations développées, les arguments, le ton, le style, la sensibilité du blogueur. Avant de bloguer, j'étais cette 'lectrice silencieuse". J'écrivais un commentaire et puis je l'effaçais, je n'osais pas toujours. C'est un monde étrange, les blogs, quand on n'y est pas : il semble très typé et on a l'impression d'un cercle fermé car en effet, presque seuls les blogueurs commentent avec souvent des conversations qui se nouent dans les commentaires. Je n'ai commencé à commenter que quand j'ai eu mon blog. J'avais moi aussi fait cette expérience de m'offrir à lire à qui le souhaite, et j'ai donc eu plus de facilité à commenter.

Posté par isabelle, 03 novembre 2006 à 23:44

Dang, tu serais plus influent sur les seaux à Champagne si tu ouvrais un blog dédié à ta mésaventure :-). Mais + sérieusement cet exemple et celui de Versac avec Last Minute montre que la capacité d'influence quand elle existe est bien une capacité de nuisance. Ce qui n'est pas forcément une mauvaise chose en soi : on oblige LastMinute à améliorer son service client ou Kryptonite à faire des antivols qui tiennent le choc. Ce qui est en fait le moins que l'on puisse en attendre en tant que client.

C'est un moyen de lutter contre la tyrannie des marques, d'échapper aux arnaques. Julien Courbet doit être très inquiet de la montée en puissance des blogs, on s'attaque à son monopole :-)

Cette influence existe donc de temps en temps (et de façon imprévisible) dans le domaine de la relation du consommateur à la marque. Mais existe-t-elle dans la relation du citoyen à la société ? On le verra bien avec le temps et l'étape importante de la Présidentielle.

Je serais effectivement tenté de dire qu'aucun blog en soi est influent mais que le somme de ce qui se dit sur les blogs a un sens. Comme le café du commerce. Se pose alors la question de la posture à adopter pour ceux qui veulent changer le cours de choses. Pour une marque, un politique ou plus généralement une "institution", se pose la question du retour sur investissement : quel temps faut-il y consacrer par rapport à l'efficacité espérée, sachant que l'immense majorité des contenus leur échappe et est spontanée ?

Et quand il s'agit de citoyens qui veulent faire émérger des débats, comme les Freemen, se pose la question de la capacité d'organisation. Le contenu spontané aura toujours une pente naturelle vers la nuisance, ceux qui veulent proposer des choses devront s'organiser sous peine d'être inaudibles.

PS : Hugues, tu reviens quand tu veux :D

Posté par Adam Kesher, 06 novembre 2006 à 10:28

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