23 novembre 2006
Coup de coeur
Casting imparfait, musique mal choisie, mais vrai coup de coeur pour cette campagne aperçue sur Arte et La Chaîne Parlementaire...
(Pas réussi à la bloguer directement ici... d'où le lien)
Le site de l'annonceur ici.
PS : Monsieur Menny.
22 novembre 2006
Rocard sur le capitalisme financier
Quelques pistes évoquées par Michel Rocard dans "Peut-on réformer la France" - (après ça, j'arrête de citer ce bouquin, promis) :
"(...)
Il faur sauver l'économie de marché et la libre entreprise (...), parce
qu'il n'y a pas de projet alternatif, parce que le communisme est mort,
et parce que les gens d'Attac, en effet, ne savent pas de quoi ils
parlent (lorsqu'ils prêchent des solutions ou des précautions
nationales). Il est tout à fait important d'intervenir avec des
régulations et des ralentissements. Ralentissements nécessaires pour
des raisons écologiques et pour des raisons de correction du sens de
la pente qui aggrave toutes les inégalités internes et internationales,
afin de permettre, même si c'est un accroc à la profitabilité, un
meilleur niveau d'emploi. En cela, il reste à écrire la deuxième partie
du livre de Peyrelevade.
On peut imaginer des pistes. L'une
d'elles serait de contribuer à améliorer le contrepoids syndical, par
exemple en multipliant l'actionnariat salarié et en l'organisant de
manière à ce qu'il soit présent et écouté dans les conseils
d'administration.
On peut aussi imaginer de désolidariser la
rémunération des PDG de la Bourse, puisque c'est l'évolution boursière
des valeurs qui permet ce mécanisme spéculatif. Cela impliquerait que
les PDG ne soient rémunérés que sur des critères réels de production de
leur entreprise : le chiffre d'affaires, la valeur ajoutée ou les
bénéfices sont des critères beaucoup plus sérieux que la valorisation
boursière.
A mon avis, il serait important d'admettre en outre
que l'ouverture des marchés, y compris pour les mouvements de capitaux,
ne doit pas permettre dans un continent délimité - je pense
particulièrement à l'Afrique - de bousculer le système au point
d'exiger une profitabilité non compatible avec les équilibres sociaux
locaux. Autrement dit, vive les opérations publiques d'achat à
l'intérieur du marché commun, mais interdiction des OPA
transcontinentales. C'est une piste, je ne dis pas qu'elle est bonne,
mais je dis merci à Peyrelevade d'avoir fait le diagnostic".
A propos du diagnostic de Peyrelevade en question : lire ceci, cela ou encore ceça.
21 novembre 2006
L'après-chômage
Je fais partie de cette génération qui
grandi dans la peur du chômage. Le chômage, problème numéro un de la
société française depuis... depuis... 20 ans ? (1)
Et ces derniers temps,
j'ai comme l'impression qu'on a franchi, dans l'inconscient collectif,
un cap : celui de l'après-chômage. Voici quelques éléments de réflexion autour de cette hypothèse.
[update : l'idée de cet article pas de "dire la vérité sur le chômage" mais de réfléchir à la manière dont il est perçu]
1. Les chiffres [update : officiels]
Le chômage baisse, et semble baisser durablement (8.8% de la population active en septembre 2006, un niveau comparable à ceux de 1983).
Cette baisse n'est pas une
première : de juin 1997 à juin 2001, le chômage avait constamment
baissé, de 12.2% à 8.6%. On a donc déjà, dans l'histoire récente, connu
un taux de chômage plus bas que celui d'aujourd'hui. La baisse actuelle n'est même pas plus
rapide que la précédente (-1.3 point sur les 18 derniers mois contre -3.6
points en 48 mois à l'époque de Jospin, soit un peu moins de 0.1 point par
mois dans les deux cas).
Je ne veux pas m'attarder ici sur les
raisons de la baisse du chômage, qu'elles soient artificielles
(radiations administratives) ou démographiques, qu'elles soient liées à
la politique publique (CNE, plan Borloo) ou à la croissance. (2)
2. Le bruit
J'ai un peu l'impression que
depuis quelques semaines, le chômage est relégué assez loin dans le discours
public. En tout cas, le chronologue de Jean Veronis nous montre assez
clairement que l'occurrence du mot chômage sur le net est en recul : 
Le
débat sur la question du chômage serait donc assez corrélé à
l'évolution du chômage elle-même. C'est aussi le sentiment que j'ai -
mais ça, c'est invérifiable - dans ce que j'entends du débat politique
: on parlerait désormais plus volontiers de "pouvoir d'achat" que d'emploi (3).
Mais
après tout, quoi de plus logique ? Si le chômage baisse, on en parle
moins. Et le départ en retraite
des baby-boomers qui vont "faire place", est, de ce point de vue, une
perpsective positive, même si elle doit être mise face à l'évolution
démographique des générations qui arrivent sur le marché du travail (la
France a le plus haut taux de fécondité en Europe)...
3. Les réprésentations
Regardons maintenant comment le chômage et
l'emploi se situent par rapport aux préoccupations d'ensemble des
Français, mesurées par TNS Sofres : 
Ici,
difficile de dire que le chômage et l'emploi s'inscrivent dans une
baisse durable. A moins que celle des deux derniers mois n'amorce une
tendance longue.
Et surtout, la question de l'emploi reste le souci
numéro 1 des Français, loin devant d'autres "items" comme les
retraites, la santé et, justement, le pouvoir d'achat (en marron sur le
graphe ci-dessus, et dont on voit bien comment il "monte").
Comme quoi le ressenti des citoyens n'est pas forcément lié au discours
ambiant (si jamais on en doutait).
En résumé sur ces 3 points : le
chômage baisse, mais ce n'est pas une première et le "bruit" sur le
chômage semble baisser, mais sans que cela ait un impact fort ou
durable sur le ressenti collectif, pour le moment.
Après le chômage, le chaos ?
Ce que je me demande, c'est si la baisse du chômage de 1997 à 2001 avait
permis de "faire de la place" pour d'autres sujets en 2002. Autrement dit, est-ce parce
que le chômage avait baissé, même s'il était un peu remonté avant
l'élection, que le sujet de l'insécurité a pu prendre autant de place
dans le débat qui avait précédé le 21 avril ?
Et si on entre dans l'après-chômage, qu'est-ce qui va se substituer à lui dans le débat d'opinion ?
C'est une question à double tranchant.
Chaque candidat essaiera d'imposer ses thématiques à l'opinion. Et le
risque que les thématiques les plus faciles, comme celle de
l'insécurité, s'imposent, est grand : on trouvera toujours un Youssouf
Fofana au moment opportun.
Dépasser le chômage pour parler
d'inégalités en général, d'environnement, de dette ou de fonctionnement
de la démocratie : oui. Mais si c'est pour parler de pouvoir d'achat ou
d'insécurité, c'est faire du sur place. Ca voudra simplement dire qu'on
remplace un sujet d'aujourd'hui par un autre sujet d'aujourd'hui. Et
non pas par des sujets de demain.
(1) La barre des 10% avait été franchie en 1984.
(2) Mais on notera au passage la
sur-représentation invraisemblable des délocalisations dans le discours
politique, alors que non seulement le chômage baisse, mais que 8%
seulement des chômeurs supplémentaires chaque année sont engendrés par
les délocalisations (chiffre donné par Michel Rocard dans "Peut-on réformer la France ?")
(3) Pouvoir d'achat, un terme d'ailleurs ambigu : parle-t-on de niveau de vie ou de "panier de la ménagère" ?
20 novembre 2006
Le mot du jour
"Il est plus facile de désagréger un atome que de désagréger un préjugé."
- Albert Einstein -
19 novembre 2006
l'UDF, les médias, leurs actionnaires et la Loi
La proposition de loi
déposée par l'UDF vendredi a pour objectif "d'empêcher les groupes
industriels dont l'activité dépend des commandes de l'Etat à plus de
20% de leur chiffre d'affaires, de détenir directement ou indirectement
plus de 3% du capital d'un média".
Sont évidemment visés
Bouygues (TF1), Dassault (Socpresse -> le Figaro) et Lagardère
(Hachette -> Europe 1, Paris Match, JDD...).
La difficulté
d'avoir un débat sur le sujet de l'actionnariat des médias tient
naturellement à la censure médiatique qui l'entoure... José nous invite à relayer l'information puisque les médias se font étrangement discrets sur le sujet... Dont acte.
Les blogueurs pourraient aider à
"produire" du bruit, à leur niveau. Mais pour ça il faut qu'ils «
s'organisent » et pas seulement qu'ils se fassent l'écho de ce qu'ils
voient dans les médias... C’est donc loin d’être gagné.
Sur le fond, on se félicitera d'abord de ce que l'UDF transforme les sujets qu'il aborde en propositions. Le pavé dans la mare jeté par François Bayrou (rejoint
sur un terrain proche par Laurent Fabius au cours de la primaire
socialiste) il y a quelques semaines ne reste pas lettre morte.
Certains
essaient donc de faire vivre le sujet, un sujet qui dérange. On attend
aussi les réactions des spécialistes de l'observation médiatique, Acrimed par exemple.
Sur
la proposition de loi en elle-même, on note donc que l'UDF propose que
ce soient les liens entre l'actionnaire et l'Etat qui déterminent la
limite à ne pas franchir. Autrement dit, si vous êtes un groupe
industriel, vous choisissez entre les commandes de l'Etat et la
participation aux médias.
On comprend la logique : si l’Etat
vous fait vivre, vous êtes susceptible de faire pression sur les médias
que vous détenez pour ne pas nuire à la réputation de votre client ou
plus généralement ne pas produire de l’information ou de l’opinion qui
nuise à l’Etat. Et si vous ne faites pas pression vous même sur les
rédactions, pas de problème : l’autocensure veille.
Le problème
serait donc le traitement de « l’Etat » par la presse. Mais n’est-il
pas beaucoup plus complexe ? On peut opposer certaines critiques à la
vision des choses induites par l’UDF :
- Les
médias visés ne sont pas systématiquement à la botte de l’Etat – pour
prendre l’exemple de TF1, il se fait un malin plaisir de parler «
d’argent public gaspillé ».
- Les relations avec
l’Etat devraient-elles être le seul critère ? Quid de LVMH qui détient
la Tribune, mais ne dépend pas de l’Etat ? Dans le projet de loi UDF,
LVMH n’est pas inquiété… Pourtant, sa relation à la Tribune est
susceptible de faire de la Tribune un journal « juge et partie » sur certains sujets… et pas exempt de caviardages, d’ailleurs.
-
Comment la presse, dont, faut-il le rappeler, la santé
financière est souvent fragile, fait-elle pour vivre sans le soutien de
groupes industriels, même si seuls ceux qui dépendent de l’Etat sont
visés dans ce projet de loi ?
- [mise à jour] Comme me le fait remarquer
un lecteur, Christophe, faut-il en déduire que l'Etat doit céder ses
participations dans les médias, donc par exemple dans France
Télévisions ???
A gauche de l’UDF, on objectera sans doute qu’il faut aller plus loin et rendre leur liberté aux médias (voir la déclaration
adoptée à la suite des premiers Etats Généraux pour le pluralisme
médiatique). A droite, on dira qu’il faut être réaliste et permettre
aux médias de gagner leur vie pour assurer leur pérennité, ou qu'il s'agit d'un faux problème.
Le
projet de loi UDF a des avantages et des inconvénients, mais devrait
servir de base de discussion. Pour bien couvrir la question, il
conviendrait de répondre à deux questions :
- Dans quelle
mesure constate-t-on un biais de couverture de l’information, de la
part des médias dont l’actionnaire dépend de l’Etat et par rapport aux médias qui n'en dépendent pas ?
- Comment ces médias pourraient-ils gagner leur vie sans cet actionnariat industriel ?
Je n’ai la réponse ni à l’une, ni à l’autre. Sachant qu'on peut aussi balayer la
première de ces deux questions en répondant que ce n'est pas ce qu'on
veut de toute façon...
L’équilibre
entre la liberté et l’économie est bien fragile. Et il ne faudra pas
oublier que la question à laquelle on devra principalement répondre est
de savoir comment le système médiatique dans son ensemble, peut permettre d’éclairer les citoyens sur le monde qui les entoure.
Des billets sur des sujets voisins :
La polémique Schönberg
L'avenir de la presse quotidienne en question
Le pire et le meilleur
Annonceurs et médias : un peu de grain à moudre
Annonce tous risques
17 novembre 2006
Les médias et Ségolène Royal : une analyse
C'est un commentaire d'Isabelle d'Eco-Echos chez José qui m'a mis la puce à l'oreille :
"Les
60 % de Ségolène (qui a le triple des voix de DSK quand même) me font
penser au référendum. Le vote n'a pas suivi l'opinion dominante des
médias. Les journalistes politiques ont vraiment à se remettre en
question."
Ma première réaction a été l'inverse, comme je
le disais dans mon billet de soirée électorale : la victoire de
Ségolène Royal est une petite revanche des médias, qui, pour la
première fois depuis un bon moment, avaient vu venir le coup (et
simultanément participé à cette construction de l'opinion).
Evidemment,
Isabelle fait référence aux dernières semaines et aux multiples
critiques, tandis que je fais plutôt référence à la couverture
médiatique depuis un an (par exemple, Royal a été la seule des 3
candidats du PS à avoir droit à des unes de presse quotidienne avant la
campagne).
Victoire de la France d'en bas contre les médias, ou
victoire des médias tout court ? Les médias ont-ils été pro-Royal ou
pas ? La question mérite d'être un peu explorée, sur des bases
objectives. J'en viens donc à ma méthodologie favorite, l'analyse des
unes de presse.
Les unes de presse m'interpellent particulièrement parce qu'elles sont beaucoup plus vues que les articles ne sont lus. Je suppose qu'elles participent à marquer l'imaginaire populaire, ou en tout cas de ceux qui passent devant des kiosques. L'analyse a ses limites (1), mais essayons de nous débrouiller avec ce que nous avons et commençons par le quotidien "de référence", j'ai nommé Le Monde :








Qu'est-ce qu'on voit ? 8 unes sur la période, donc une grande implication du Monde dans le débat. Qui de leur tonalité ?
- on peut classer 2 de ces unes dans la catégorie anti-Royal : "chahutée", ses "difficultés qui redonnent espoir à DSK"
-
2 autres sont favorables à ses adversaires, ce que l'on peut assimiler
à de l'anti-royalisme : la une sur Fabius, celle sur DSK qui propose de
casser la machine à faire des pauvres.
- 2 sont plus neutres : les "styles et différences" ; le "rapport de forces".
-
2 sont plus favorables à Royal "sa conception de la politique" (mais
qui n'est pas en titre principal) et le "débat qui s'organise autour de
(ses) propositions".
Conclusion : le Monde a fait une campagne plutôt anti-Royal.
Passons au Figaro, qui s'intéresse déjà beaucoup moins à ce qui se passe à gauche : 

Et c'est tout. Le Figaro n'aime pas Royal, mais ne titre pas sur ses concurrents. Appelons ça de l'anti-royalisme.
Maintenant, Libé, qui sans surprise a fait de la primaire un thème fort :








9 unes sur la période, 1 de plus que Le Monde. Une seule me semble
clairement "pro-Royal" : "la pose du peuple" ; et une seule me semble
clairement anti-Royal : "DSK : je peux battre Ségolène". Je mettrais
les 7 autres en "neutre". Libération est donc un acteur impliqué mais relativement neutre.
On a également eu deux unes de la Croix :
La Croix s'efforce de montrer les 3
candidats ensemble (et pas dans le même ordre sur les deux photos) et
n'utilise pas les noms des candidats dans ses unes. On peut donc y voir
une forme de neutralité (équité) distante (seulement deux unes).
Egalement deux unes pour Aujourd'hui :
On est clairement dans de l'anti-Royalisme
sur la une de gauche ; on peut considérer que l'autre une est neutre,
mais qu'elle tend à dévaloriser la candidature Royal puisque "rien
n'est joué" alors quelle "fait la course en tête"). Aujourd'hui est
dans une hostilité distante.
Enfin, France-Soir :
1 seule une, très tranchée : hostilité distante mais affichée.
Tout cela donne en fait plutôt raison
à Isabelle. Sur les 24 unes de PQN depuis début octobre, on en a 10 qui
lui sont défavorables, 11 qui sont neutres, 3 qui lui sont favorables.
La Croix et Libé sont les deux seuls quotidiens à rester neutres dans
l'ensemble, tous les autres ont plutôt penché, non pas forcément contre
elle, mais dans un sens qui lui était défavorable. Et il n'y pas
de clivage "intelligentsia" vs. "le vrai peuple" puisque Le Monde, Le
Figaro, Aujourd'hui et France-Soir s'inscrivent dans cette logique
anti-royaliste.
En revanche, ce qu'on voit,
c'est que Royal a été au coeur de l'information : la une est
centrée sur elle 12 fois, soit une fois sur deux. DSK : 5 fois, Fabius
: 1 fois.
Je ne l'apprends à personne : la campagne
s'est organisée autour d'elle. Il était davantage question de savoir si on
était pro ou anti-Royal que de savoir si on était pro-Fabius, pro-Royal
ou pro-DSK. Dans la presse comme sur les blogs.
Et c'est là qu'à mon sens les médias ont
contribué à la victoire de Royal : ils ont fabriqué le mythe en
distillant l'idée qu'elle était INCONTOURNABLE. On le voit bien sur
plusieurs unes de PQN qui, bien que neutres d'apparence, installent
cette idée qu'elle est un phénomène :
Etait-il plus important pour Ségolène
Royal d'avoir la PQN avec elle, ou juste d'être à la une de
l'actualité ? Je crois qu'on est dans une forme d'illustration de la
théorie selon laquelle peu importe le message du moment qu'on a le buzz.
En conclusion, Isabelle a raison de dire
que la "grande" presse ne lui a pas été favorable, mais cette même
grande presse a largement contribué a installer l'idée que l'élection
ne se ferait pas sans Ségolène. Dans la foulée de sa sondomanie.
Un autre exemple de ce type de mécanisme :
l'interview de DSK chez Fogiel il y a quelques semaines. ceux qui l'ont
vue se souviendront que Fogiel n'a posé que des questions sur la place
de DSK par rapport à Royal, l'installant de facto en situation d'infériorité.
J'aurais assez envie d'appeler ça de la persuasion cognitive.
Persuasion qui fait que le miltant PS a le sentiment d'avoir le choix
entre une "grosse" candidate et deux "petits" - alors que Fabius ou DSK
auraient été des candidats de poids, à n'en pas douter. Mais je ne pense
pas que les militants aient voté Royal "contre" les médias et les
élites comme ils avaient voté non contre les médias et les élites.
Au contraire, on peut y voir une vraie forme de
renouvellement des médias qui après avoir incarné l'establishment, ont
rendu Royal incontournable alors qu'elle semble être la candidate du
peuple. Mais non sans une certaine schizophrénie, comme on le voit dans cette petite analyse.
En passant, la victoire de Royal aussi un
signe de la fin de lutte des classes ou de boboïsation du PS : on voit
des militants socialistes qui plébiscitent une femme bourgeoise... [update : c'est con ça en fait, José a raison :D]
Terminons sur les unes du jour de cette
presse nationale qui
n'aime-pas-trop-Ségolène-Royal-tout-en-n'imaginant-pas-d'alternative :
Voilà. J'aurais bien fait le même exercice
sur la PQR pour poursuivre l'exploration de l'idée d'une fracture Paris
/ Province, mais ici je ne trouve que les unes de PQR du jour...
(1) 3 limites :
-
Imedias.biz, qui permet d'accéder en ligne à ces unes, n'offre que deux
mois d'archives. Cela ne tombe pas trop mal puisque ça nous ramène au
début de la primaire, mais je serais bien allé voir plus loin en
arrière.
- les unes proposées ne sont que celles de la presse
quotidienne nationale, pas celles des hebdos d'actualité dont j'ai
trouvé qu'ils avaient été affreusement pro-Royal à un moment (je n'ai
pas fait attention à eux ces derniers temps).
- les unes ne préjugent pas nécessairement des messages subliminaux des articles. Une une neutre peut cacher un contenu orienté.
Vote utile ou vote dangereux ?
Les médias n’avaient pas vu venir Le Pen.
Ils n’ont pas voulu admettre que Bush serait réélu. Ils ont voulu
croire que le Pape pouvait être quelqu’un d’autre que Joseph Ratzinger.
Ils ont porté le oui au référendum. Ils ont cru que Paris aurait les JO
2012.
C’est pour une partie de ces raisons que j’ai souvent écrit que les
élections se construisaient désormais contre la pensée dominante, celle
des sondages et des médias. Visiblement, ce n’aura pas été le cas du
scrutin interne au parti socialiste et c’est une petite revanche pour
les médias. Ce qui ne veut pas dire que les médias et les sondages
auront raison en avril.
On a pour moi assisté à un grand
phénomène d’auto-persuasion collective depuis plus d’un an, rien de
rationnel n’ayant expliqué au départ la soudaine popularité de la
future candidate. On pourra débattre sur son épaisseur comme on l’a
déjà fait ici
: elle a effectivement pris certaines positions décalées voire
courageuses à partir d’un moment donné – mais alors qu’elle avait déjà
une avance confortable dans les sondages. C’est la construction de la
popularité qui a été irrationnelle.
Cela ne veut pas dire que le
contenu des sondages (portant sur les sympathisants et non les
militants ; demandant « qui voyez-vous jouer un rôle important dans les
prochains mois » et non « pour qui allez-vous voter ? ») reflétait la
réalité de l’opinion socialiste.
Tout ça nous montre que la
qualité des prises de parole est loin d’avoir été un facteur
déterminant du choix des militants socialistes. Comment croire que
Fabius et Strauss-Kahn ont pu totaliser moins de 40% des voix malgré la
qualité de leurs dernières interventions, au moins sur la forme ? A
quoi servent les campagnes dans ce cas ? A-t-on vraiment assisté à une
leçon de démocratie comme on le pensait ?
Le score attendu (à l’heure où j’écris, on parle de 60%) ne peut pas
refléter des différences objectives de forme ou de fond des candidats.
Il confirme donc ce que l’on pouvait craindre
: que les militants socialistes se sont laissés porter par les
sondages. Certains appellent ça le "vote utile". On peut également
ironiser que les socialistes ont suivi la consigne de vote de Nicolas
Sarkozy.
On notera aussi qu'il n’y a pas que le PSG qui incarne la
déconfiture de la capitale. Je n’ai pas les résultats du scrutin à
Paris, mais je serais prêt à parier que c’est là que Royal y fait son
moins bon score. Dans mon microcosme, DSK faisait l’unanimité. Nous
avons une problématique de réseau : les parisiens parlent aux
parisiens. Comme les journalistes parlent aux journalistes. Et comme
les blogueurs parisiens risquent de ne parler qu’aux blogueurs
parisiens.
Demain, on lira : « nouveauté,
fraîcheur, féminité, relève, écoute, décentralisation ». Royal aurait
perdu, on aurait lu « inexpérience, fragilité, victimisation, absence
de conviction, de vision, de carrure, d’épaisseur ». Et finalement, on
aurait indifféremment ou raison ou tort de dire l’un ou l’autre,
puisqu’au fond, seul l’avenir nous le dira.
Je n’en ai pas fait
un mystère, je penche pour la deuxième série d’adjectifs. Je vois le PS
déchanter, du devoir de victoire au spectre de la défaite.
Pas seulement parce que les conditions de son émergence n’ont rien de rassurant par rapport à l’exigence de vérité
qui devrait être celle de cette élection (5 sorties ces 5 dernières
semaines, qui ont à chaque fois fait polémique et provoqué un correctif
(réécouter DSK à ce sujet ici), sa proposition cachée sur les profs),
mais aussi parce que sa capacité d’entraînement me semble très
incertaine, je crois que Ségolène Royal est la meilleure candidate pour
faire perdre la gauche. Vote utile ou vote dangereux ?
Mais maintenant qu’elle est là et bien là, on attend des vraies propositions concrètes pour les grands problèmes de ce monde. Fin de ce débat et, on l'espère, début d'un autre.
12 novembre 2006
Un vrai débat sur la VIème République ?
La majorité rejetée à chaque
grande élection (7 fois en 20 ans) ; le déficit de représentation ; les limites de l’évaluation de l’action publique ; la superposition des strates institutionnelles ; la faiblesse de la syndicalisation ; l’hypermédiatisation ; la crise de l’école...
Tous les mécanismes qui sont au cœur de la démocratie sont en crise :
ceux qui permettent au citoyen de se former, de s’informer,
d’être représenté, de participer aux décisions.
La sortie de cette crise du fonctionnement de la Démocratie peut-elle
être un changement de République ? L’idée d'une VIème République, intuitivement, me plaît. Elle se
heurte à certaines critiques, mais qui sont finalement d’ordre
technique (voir ce papier
de Marianne, qui rappelle notamment qu'on peut améliorer la
représentation ou limiter le cumul des mandats sans changer de
constitution).
A mon sens, la crise est telle qu'il faut un débat national sur la sixième République. Car
ce n'est pas juste pour améliorer la représentation ou limiter le cumul
des mandats qu'il y a un intérêt à changer de République (et pas
seulement de Président).
On peut faire l'hypothèse que le
changement de République pourrait être l’électrochoc dont le pays a
besoin pour se relancer sur un projet commun : l’intérêt est de proposer une nouvelle constitution pour fédérer, créer de l’unité, une vision
commune, à travers un débat national.
Pour se poser la question de ce qu'on veut faire de la France à long
terme et non pas seulement dans les 5 prochaines années. Et à travers
ce débat, traiter l'ensemble des problèmes institutionnels et
démocratiques évoqués en ouverture de ce billet.
Alors on va me dire : et on y met quoi dans la nouvelle constitution ?
Là, tout de suite, je ne sais pas. L'idée qui me séduit est qu'un débat
national sur une nouvelle République puisse être une impulsion pour le
renouveau de la vie démocratique. Alors que le débat présidentiel noie ce sujet au milieu des questions économiques, sociales, environnementales ou internationales...
Ceci, même si ce débat confirme, au final, la Vème
République dans ses fonctions.
Et pour une proposition
défendue clairement par 4 partis (Cap 21,
PC, Verts, UDF), vous ne trouvez pas qu’on n’en entend
pas beaucoup parler ? Il y a bien sûr pas mal de choses sur le net...
Mais on ne peut pas dire que cette idée soit au premier plan du débat
présidentiel pour le moment.
10 novembre 2006
C'est François Bayrou qui le dit
François Bayrou dans la préface de "Au nom du tiers Etat" :
"(...) Il n'y a pas plus de pouvoir législatif que de pouvoir de contrôle. On passe trois mois à voter à voter un budget. Mais le budget une fois voté, tous ceux qui l'ont examiné, débattu et voté ignoreront toujours de quelle manière il sera appliqué. Il n'y a pas 5% des parlementaires qui aient jamais participé à un contrôle effectif de l'exécution de ce budget. La Cour des comptes élabore et publie de savants rapports sur le gaspillage des deniers de l'Etat. Le parlement n'a pas le moindre droit effectif de suite sur ses observations et réquisitoires. L'année suivante, on vote le budget de la même manière. (...) D'ailleurs la plupart de ces lois, faute d'avoir été suffisamment préparées et étudiées, demeureront sans application concrète. C'est d'ailleurs leur vocation, puisque la véritable vertu d'un grand nombre de lois est d'être le support de la communication du gouvernement, qui pense ainsi prouver à l'opinion qu'il s'occupe des problèmes."
(En fait, c'est un peu pareil dans les entreprises, non ?)
08 novembre 2006
Investiture socialiste : quelques réflexions
Avertissement : tout biais de mon
propos vis-à-vis de l’un ou de l’autre des candidats ne saurait être
qu’accidentel (ou révélateur de votre propre biais).
Une bonne image de la politique (quand même)
Finalement,
la formule des faux débats proposée par le P.S. pour l’investiture de
son candidat s’est avérée assez plaisante et a donné une assez bonne
image de la politique. Le résultat n’était pas acquis d’avance : trois
auditions télévisées, dans l’optique de se faire élire, cela aurait pu
mener tout droit au mieux-disant démagogique.
Non pas qu’il n’y
ait eu aucune démagogie, mais la méthode employée - très
strausskahnienne finalement, puisque démocrate (1) - et le résultat
obtenu, donnent le sentiment d’une approche constructive de la
politique à gauche.
Deux raisons à cela :
1. Le sujet du
débat de ce soir : après tout, la politique étrangère, aussi importante
qu’elle soit, est le domaine de la politique qui fait l’objet du plus
grand consensus. Comme l’un des intervenants de l’après-débat
audition sur LCP l’a noté, difficile de voir des différences de fond
majeures entre les trois candidats, s’il y a déjà un consensus entre la
gauche et la droite… (l’Europe mise à part).
2. Les contraintes
du débat : Strauss-Kahn, Royal et Fabius sont amenés à jouer un rôle
d’équilibriste qui doit permettre à chacun de se différencier des deux
autres, mais sans désincarner la ligne du parti. A quoi s’ajoute la
formule de non-débat, qui fonctionne finalement assez bien.
Euh... Royal...
Si
on n’a effectivement pas vu de très grandes différences de fond, on a
pourtant vu ce soir, à mon sens, une vraie différence. Une différence
de forme, une différence d’aisance : Strauss-Kahn et Fabius largement
au-dessus de Royal, et pas seulement parce qu’elle s’est emmêlé les
pinceaux sur la question de l’Iran. [update : Laurent Gloaguen en parle bien]
Quand chez Strauss-Kahn et
Fabius, on a assisté à des envolées lyriques très présidentielles,
Royal est restée assez en retrait, souvent hésitante, en terrain
inconnu. Pas au niveau. (2)
Je ne sais pas comment les militants
socialistes ont reçu cette image. Si le vote était celui des Français,
je serais tenté de dire que cette différence d’aisance risquerait de
lui être fatale. Si pour certains, elle continue à imposer son style, «
proche des gens », pour moi elle manque tout simplement de carrure.
La
carrure doit-elle être un critère de décision ? Oui, s’il n’y a pas de
différence significative de fond (ce qui est donc le cas, en
l’occurrence).
C’est là que je m’inscris en faux par rapport au
raisonnement qui risque d'être celui d'un certain nombre de militants
socialistes (les moins nombreux possibles j’espère) : s’il n’y a pas de
grande différence de fond, c’est elle. Je crois que c’est le contraire : s’il n’y a pas de grande différence de fond, ça ne peut pas être elle. (3)
Vision politique et mesures concrètes : la quadrature du cercle ?
Notons enfin la limite du débat télévisé : le manque de propositions
concrètes. Il y a quoi derrière « l’Europe de la preuve » ? Ca veut
dire quoi, que l’environnement soit transversal à toutes les politiques
?
Il serait intéressant de calculer la part de temps de parole
consacré au diagnostic et aux intentions. Temps qui n’est pas
désagréable, qui est même nécessaire, mais qui avale le temps consacré
aux approches concrètes. 3 raisons expliquent cette limite :
1. On est à la télé, il ne faut pas l’oublier
2.
Les candidats ont eu une légère tendance à oublier les limites des prérogatives du
chef de l’Etat. Comme si le Président de la République était omnipotent
sur la scène internationale.
3. Parce que la fameuse « vision »
que l’on réclame tant aux candidats (moi le premier) s’accommode assez
mal de l’explication concrète des mesures.
Sur ce troisième
point, l’exemple le plus frappant ce soir fut, je crois, la sortie de
Strauss-Kahn sur le réchauffement, bien supérieure à celle de Royal qui
l’avait précédé de quelques instants. Là ou Royal était dans une
logique de boîte à outils (taxes), Strauss-Kahn a repositionné l’enjeu
: nous sommes au-devant d’une révolution. Une envolée magistrale. Mais
quelle est sa proposition concrète ? Une conférence internationale en
2009. Ah. Mais attention, pas une conférence comme les autres. Re-ah.
Il
faut un temps pour la vision, un temps pour la proposition. Pour moi,
ce soir, Strauss-Kahn et Fabius passent l’épreuve de la vision. Sur le
concret, le plus important, c’est une autre histoire.
(1)
Quand une méthode est démocrate, elle est strausskahnienne, de même que
quand un objectif est social, il est strausskahnien. J’ai bien retenu
la leçon.
(2) Je sais : « pas au niveau », c’est
l’argumentation classique des anti-ségo pour la discréditer. Disons
alors que cette argumentation des ségolistes est leur argumentation
classique pour la crédibiliser, alors qu’elle n’est pas au niveau.
(3) Update : Notons cette incroyable arnaque à l'opinion publique ce matin - un sondage montrant que Royal... est la plus crédible sur les questions internationales. Un sondage réalisé AVANT le débat d'hier soir... Et publié APRES. Bravo Les Echos et BFM, belle éthique.












