Adam Kesher

Médias. Communication. Société.

22 décembre 2006

Révolution Internet ?

Je termine l'année sur les rotules et vous livre cette courte réflexion :

Internet est à l'image de la société. Dans la société actuelle comme sur Internet, les maîtres mots sont : vitesse, urgence, immédiateté, présentéisme, concurrence, image, émotion, pipolisation, cul, zapping, grignotage, individualisme, liberté, dérégulation, gratuité.

C'est pour ça que le net marche : il ne fait qu'accentuer les grandes tendances de la société. Internet va dans le sens de la société.

Comment dès lors pourrait-il être l'outil d'une "Révolution", au sens "mutation profonde de la société" ? Qu'est-ce que le web change vraiment ?

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18 décembre 2006

HISTOIRE BELGE

brigode

Bien que très peu connecté en ce moment, je n’ai pas manqué de m’intéresser à l’affaire du canular de la RTBF.

Comme beaucoup, je suis frappé par l’audace dont a fait preuve la chaîne belge et qui lui vaudrait de mériter le prix du « coup international de communication 2006 », s’il existait.

Une audace qu’on imagine mal en France, venant d’un média du service public comme d’un média privé (1). Mais il n’y a pas d’audace sans polémique et le canular fait l’objet d’une pluie de critiques de la part de la classe politique belge et de certains médias. Et, passée la première impression (« génial ! »), je me suis demandé ce qu’il fallait en penser.

Il y a la forme et le fond. Sur la forme, l’idée d’un vrai-faux journal télévisé annonçant la scission de la Belgique est, je trouve, profondément jubilatoire. On rapproche ce canular de l’émission de radio d’Orson Welles qui avait semé la panique aux USA en annonçant l’arrivée des Martiens en 1938, et qui lui a semble-t-il servi de modèle. La différence étant que la RTBF poursuivait un objectif, non de divertissement, mais politique.

En ce sens, on pourrait aussi rapprocher ce canular de celui du CFES (devenu INPES depuis : Institut National pour la Prévention et l’Education pour la Santé) en France en 2001, qui avait diffusé simultanément le même soir sur les grandes chaînes un spot qui disait :

« Avis aux consommateurs : des traces d’acide cyanhydrique, de mercure, d’acétone et d’ammoniac ont été́ décelées dans un produit de consommation courante, pour en savoir plus  appelez gratuitement le 0800 404 404 ». Résultat : 900 000 appels dans la soirée – pour apprendre qu’il s’agissait du tabac, bien sûr.

Le point commun de ces canulars, c’est qu’ils ont dépassé leurs objectifs. Le CFES n’avait pu traiter que 10% des appels ; la RTBF admet avoir sous-estimé « l’émotion » que son émission susciterait (malgré d’importants défauts de réalisme et un certain nombre de perches tendues au téléspectateur…).

Mais cette émotion est-elle celle des milieux politico-médiatiques ou du public ? Avec environ 500 000 spectateurs annoncés, c’est un Belge sur 20 qui était devant son poste. C'est correct, mais sans plus. Et les 30 000 appels reçus ne sont pas si impressionnants.

Faut-il par ailleurs déduire de cette crédulité que les téléspectateurs, français ou belges, sont vraiment des bœufs ? No comment. Mais ce que j’aime dans ces canulars, c’est que justement, on s’adresse à l’intelligence du public.

Le fond, maintenant. Sur le fond, il faut s’interroger sur les objectifs de l’émission et ses effets réels.

Les producteurs de l’émission parlent de promouvoir le débat sur l'avenir de la Belgique. Non de défendre l’indépendance de la Flandre, non de susciter une réaction de solidarité nationale, mais de permettre le débat.

Je ne suis pas sûr que ce soit ce qui se soit produit dans un premier temps. J’ai davantage l’impression que le débat qui a été suscité a porté :
-    sur le bien-fondé du canular
-    sur le rôle des médias en général.

Ce qui est d’ailleurs un bon débat en soi : si l’émission a pour seul effet de développer l’esprit critique des téléspectateurs, c’est déjà ça.

Mais revenons à l’objectif annoncé : promouvoir le débat sur la Belgique. Est-ce un objectif légitime ? Il me semble que oui. Surtout de la part d’un média de service public. Maintenant, une partie de la classe politique belge estime qu’il faut isoler le parti - ou les idées - nationalistes, et que l’indépendance de la Flandre fait partie de ces idées…

Difficile, pour comprendre, de trouver un élément de comparaison avec la France. Ce n’est ni l’équivalent d’une émission - fiction sur les idées du Front National qui deviendraient réalité, ni l’équivalent d’un canular sur l’indépendance de la Corse ou d’une autre région. La situation est propre à la Belgique et il est sûrement difficile de la comprendre sans la vivre de l’intérieur.

J’aurais donc plutôt tendance à penser que l'objectif de débat est légitime, car même s’il donne une crédibilité aux idées d’un parti d’extrême-droite, Vlams Beelang, il touche à des questions centrales, qu’il vaut mieux débattre que d’ignorer. Et
au diable les critiques de ceux qui, au choix, se sont trouvés vexés d’avoir crû scénario, craignent pour l’image de stabilité de la Belgique ou préfèrent les non-dits au débat.

Car si les partis traditionnels ont de solides arguments pour contrer ceux des sécessionnistes, la RTBF leur a aussi donné l’occasion de se faire entendre.

C’est ce débat de fond qui n’est pas, me semble-t-il arrivé jusqu’à Paris. On en est encore, comme dans ce billet, à s’interroger sur la méthode du canular ou à s’extasier devant le culot de la RTBF.

Mais si ce débat de fond n’a pas encore vraiment eu lieu en Belgique, je suis persuadé que l’électrochoc provoqué aura créé les conditions pour qu'il puisse avoir lieu. L’avenir le dira. Ah, si j'étais un média... je programmerais tout de suite une émission spéciale en décembre 2007 dont le thème serait : "Un an après le canular, comment ont évolué le débat et les sensibilités sur la question de l'avenir de la Belgique ?"



(1) [Quoique nous ayons récemment vécu en France un canular de grande ampleur, auquel on se réfère pudiquement en tant que « 21 avril 2002 »].

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11 décembre 2006

Pinochet vs. Friedman

Il est assez ironique que Pinochet et Friedman meurent dans un espace aussi rapproché. Ce matin, j'entends à la radio beaucoup de témoignages sur la dictature chilienne de 1973 à 1990, mais peu de commentaires sur la façon dont l'économie a été gérée dans cette période. Il n'est pas inutile de rappeler que le Chili de Pinochet a été le laboratoire du libéralisme le plus total : la réforme libérale (diminution de la part de l'Etat dans l'économie, ouverture au libre-échange, retraites par capitalisation...), mise en place par les Chicago boys - élèves de Friedman - avait été à la fois brutale, rapide et efficace.

Efficace : oui ; économiquement parlant, il semblerait que ça ait marché. On explique souvent la bonne santé économique du Chili depuis les années 80 par ces réformes structurelles. Je ne sais pas si il s'agit d'hypocrisie ou de schizophrénie, mais quand on entend parler du Chili de Pinochet, c'est (le plus souvent) pour dénoncer les exactions commises OU ALORS (de temps en temps, dans les milieux économiques en général) pour vanter les mérites de la réforme libérale, bien visibles là-bas.

Les deux sont pourtant intimement liés et l'expression "dicature du marché" n'a sans doute jamais aussi bien porté son nom : les réformes se sont faites au prix de sacrifices importants (régression importante du PIB dans les premières années), qui n'auraient jamais pu avoir lieu sans la force militaire de Pinochet. Autrement dit, la liberté du marché n'avait été possible que grâce à la force des armes. Ce qu'on admire d'un côté n'a été possible que grâce à ce qu'on vomit de l'autre.

Peut-on faire le bilan de Pinochet sans rappeler cette réussite économique ? Et à l'inverse, peut-on faire de l'économie chilienne un beau cas d'école sans parler du sang des innocents ? Tout cela nous renvoie au débat : la réussite économique du Chili est-elle telle qu'elle justifiait Pinochet ? Quel est le niveau de sacrifice acceptable pour mettre en place des réformes économiques et sociales, quelles qu'elles soient ?

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08 décembre 2006

En passant

"Le passé, ce n'est pas ce qui a disparu, c'est ce qui nous appartient."

- Mathieu Amalric, dans Rois et Reine -

Posté par adam kesher à 22:40 - 6. le mot du jour - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 décembre 2006

Retour sur la vidéo Bourdieu / Royal

Tiens, pour revenir sur un sujet qui n'intéresse plus personne (étant donnée la formidable capacité d'oubli du web)... Vous vous souvenez de la vidéo post-mortem de Bourdieu déclarant que Ségolène Royal est de droite, qui avait fait le tour du web en quelques jours.

Sans expliquer ce droitisme
autrement qu'en disant que "ce sont de petits signes", Bourdieu lui taillait un serre-tête en deux temps et trois mouvements - et de façon d'ailleurs assez jouissive. La vidéo avait fait son effet dans notre petit milieu blogosphérique et m'avait laissé hyper perplexe : complètement creux ou vraiment génial ?

Dans l'ensemble, la parole de Bourdieu avait été perçue comme évangélique : puisqu'il le disait, c'est que c'était vrai. Pas besoin de l'expliquer. Peu importe que ses propos ne soient pas motivés et qu'ils aient tout du café du commerce - jusque dans son environnement immédiat (un café bruyant, un demi vide à la main).

J'étais resté un peu le c.. entre deux chaises et j'ai donc interrogé un ancien élève de Bourdieu pour savoir ce qu'il en pensait. La réponse est assez claire : "vu les précautions oratoires qu'il avait l'habitude de prendre sur n'importe quel sujet, je ne pense pas que cette sortie était très sérieuse". Ca me rassure un peu. Quand même.

Posté par adam kesher à 10:00 - 4. web - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 décembre 2006

Scoop !!!

Il n'y a pas que les grands médias qui sont à même de proposer de l'information de première fraîcheur à leurs lecteurs : nous, les blogueurs, avons désormais aussi ce pouvoir. A nous de nous en servir à bon escient, de façon à éclairer le public sur les grands enjeux de société tout en leur permettant d'avoir une connaissance pointue de l'actualité en temps réel.

Certes, je dois avouer que je suis passé à côté de l'information de la semaine, que je n'avais pas vue venir. Mais je suis heureux aujourd'hui, chers lecteurs, de vous livrer ce scoop en avant-première, que vous ne trouverez nulle part ailleurs que sur le blog d'Adam Kesher:


Demain samedi, François Bayrou annoncera sa candidature à la Présidence de la République.


Quand je pense que je vais être repris par l'AFP, puis les radios et demain toute la presse, ça me fait tout drôle. (surtout quand je pense que mes stats vont exploser, en fait).

Je laisse les commentaires ouverts, mais vous préviens que je serais très attentif aux débordements éventuels et que je ne révèlerai pas l'origine de ma source. Secret professionnel. Et mes excuses par avance à François Bayrou à qui je coupe l'herbe sous le pied : c'est la loi de l'information et je suis sûr qu'il la comprend et la respecte.

Posté par adam kesher à 18:33 - rien de tout ça - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

A méditer

"Le meilleur moyen d'avoir une bonne idée est d'en avoir beaucoup."

- Linus Pauling -

Posté par adam kesher à 08:57 - 6. le mot du jour - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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