Adam Kesher

Médias. Communication. Société.

22 janvier 2007

Cashback

Le blog d'Adam Kesher recommande : Cashback, sorti mercredi dernier.

cashback_front3

Décalé, drôle, anglais, touchant, érotique, beau, visuellement beau : Cashback a tout pour plaire. Il ne change pas le monde, mais il l'enchante.

Posté par adam kesher à 18:40 - rien de tout ça - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


19 janvier 2007

Question

Il n'avait pas dit qu'il n'irait plus dans des émissions de divertissement, Montebourg ?

Posté par adam kesher à 00:24 - 1. médias - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 janvier 2007

Interlude

Ma pub préférée de tous les temps est de retour sur les écrans. Bonheur !

Petit jeu : choisir à quel personnage de la pub vous voulez ressembler. Moi : lui.

Lui

Posté par adam kesher à 23:44 - 2. communication - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 janvier 2007

La TF1isation des esprits

tf1

Retour sur une information qui a suscité un certain bruit mais finalement assez peu de commentaires de fond : TF1 a annoncé qu'il a réalisé 98 des 100 meilleures audiences télévisées de 2006 (*). Avec notamment de la "fiction française" (47 fois), du football (20 fois), des séries américaines (14 fois) et du cinéma (12 fois).


Un exercice de communication : on présente ce qui nous arrange

D'abord, le battage autour de cette info de la part de TF1 démontre une très grande habileté à communiquer. Le chiffre qui va rester est celui de 98 alors que bien entendu, TF1 ne réalise (et heureusement) pas 98% de part d'audience. C'est même une façon de masquer la réalité des parts d'audience des chaînes, communiquées par Médiamétrie (pdf à télécharger ici) et que l'on peut apercevoir sur le camembert suivant :

partsdaudience

(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

TF1 réalise donc 31,6% de part d'audience - c'est un peu moins que la part d'audience cumulée de France 2 et de France 3 (19,2 + 14,7 = 33,9%). Et surtout, c'est également moins que sa propre part d'audience 2005, qui s'élevait à 32,3%.

Il faut donc d'abord relever que l'exercice de communication sur les "98" cache d'autres résultats, moins bons, pour TF1.


"On a tous TF1 en commun"

Malgré cette baisse de part d'audience, ce chiffre de 98 est impressionnant.

98 sur 100. Sur 100, 98. Quatre-vingt dix-huit. Un, deux, trois, quatre…. Vingt-deux, vingt-trois, vingt-quatre… Cinquante-six, cinquante-sept…. Soixante et onze, soixante-douze… quatre-vingt seize, quatre-vingt dix-sept, quatre-vingt dix-huit. Ouf. Nonante-huit. 98%.

Autrement dit, sur les 100 plus fortes audiences de télévision en 2006 (**), deux (1+1 ; un, deux, point barre.) sont réalisées par l’une ou l’autre de la totalité des autres chaînes qui émettent sur le sol français. La part d'audience de TF1 a beau baisser, en "prime", les positions de TF1 se renforcent :

- ce score de 98% dépasse celui de 2005 (97%) et est le meilleur de la chaîne depuis 15 ans.
- l’audience des « primes » qui a augmenté en moyenne de 300 000 téléspectateurs, s’établissant à 7,6 millions (meilleur score depuis 12 ans). C’est une augmentation de 4%.

Et ces indicateurs sont certainement très favorables pour les rentrées publicitaires.

Pour TF1, c’est la démonstration d'une réussite économique et une opportunité de communication. « On a tous TF1 en commun », disent les spots diffusés en boucle sur la chaîne et à la radio. Et ça me donne envie de hurler, mais je dois bien avouer que l’utilisation d’un tel slogan par TF1 a une certaine légitimité : quelles entreprises peuvent se vanter de réunir tous les soirs presque 15% de la population française ? (Et si l'on en croit le rapport annuel 2005 de la chaîne : 3 Français sur 4 regardent TF1 tous les jours...)


Le vainqueur prend tout

L'archi-domination de TF1 dans le Paysage Audiovisuel Français n’est certes pas une nouveauté. Mais TF1 réussit donc à réunir la quasi-totalité des plus grosses audiences alors que les Français, dans l’ensemble, regardent moins la télévision (3h et 24 minutes contre 3h et 26 minutes en 2005, soit un recul de 1% du temps passé devant la télévision), qu’ils ont le choix entre plus de chaînes et que des alternatives à la télévision, comme Internet, progressent.

Il y a peut-être un facteur conjoncturel « coupe du monde » pour expliquer le renforcement de ces positions en prime : le foot occupe les 9 premières places du palmarès et, donc, 20 places dans le top 100.

Mais il me semble qu’on est en fait dans une situation de type « the winner takes it all » que connaissent bien les webologues. Sur le web, ça veut dire que plus on parle de moi, plus je suis visible, plus je ramasse de l’audience, plus on parle de moi et ainsi de suite.

En télévision, ça voudrait dire que le plus gros est indéboulonnable et que les petits se font de la concurrence entre eux. Pourquoi, je ne sais pas bien, mais c'est comme ça et je suis frappé par un double décalage :

1.    Entre le triomphe que font les Français à TF1  et la réputation désastreuse de la chaîne dans les milieux « intellectuels » ou qui se veulent « intelligents ». 

Question : l’image de TF1 dans les milieux et médias « autorisés » a-t-elle une quelconque importance étant donné le triomphe que lui font les téléspectateurs ? Télérama, Le Monde, Les Inrocks, les Guignols, vous, moi, pouvons taper sur TF1 autant que nous voulons : ça n’a aucune espèce de conséquence. Finalement, est-ce que ça sert à quelque chose, la gestion de la réputation ?

2.    Entre la qualité relative de l’offre télévisuelle de TF1 et son score d’audience. Je ne veux pas dire par là que TF1 c’est de la merde – ce serait enfoncer une porte ouverte si je peux engager mon avis -, mais que je ne vois absolument pas quelle différence entre l’offre de TF1 et celle de France 2 ou M6 expliquerait ce monopole de facto.

On est donc dans une question de réflexe. On regarde TF1 par réflexe – c’est la TF1isation des esprits (prononcer « téhèfunisation »). Elle s'accentue sur les fortes audiences (les primes), elle diminue sur les parts d'audience, mais elle est là et bien là.

Donc la gestion de la réputation, ça sert bien à quelque chose, mais peu importe l’avis des soi-disant leaders d’opinion, seul compte l’avis du consommateur final.


 

La réussite de TF1, emblème de la fracture sociale

On peut même se demander si la TF1isation des esprits n’est pas un nouveau signe de la défiance des « vrais gens » vis-à-vis des élites bien-pensanto-parisiennes, après  le 21 avril 2002, le 29 mai 2005 et dans une certaine mesure, le 16 novembre 2006. Dans l’esprit : « ne me dites pas ce que je dois penser, pour qui je dois voter ou quelles émissions je dois regarder »…

Finalement, le succès de TF1 est symptomatique de la véritable fracture sociale française : les couches supérieures ne communiquent pas avec les couches inférieures de la population : dans chaque catégorie socio-professionnelle, on reste entre soi, on s’influence certes, mais entre soi. De façon horizontale, mais pas verticale. Les CSP + parlent aux CSP +. Les classes moyennes parlent aux classes moyennes. Les classes populaires parlent aux classes populaires.

Comment dès lors un communiquant, quelqu'il soit (politique ou non), peut-il faire pour parler aux vrais gens ? On a le choix : le 13h, le 20h ou les écrans publicitaires… mais dans tous les cas, sur TF1.

Tout en se méfiant : le cerveau des téléspectateurs de TF1 n’est pas si disponible que cela. Edouard Balladur en sait quelque chose.


(*) Toutes sources du billet : Médiamétrie
(**) Impossible de mettre la main sur la liste complète. Tuyaux bienvenus.

Posté par adam kesher à 23:32 - 1. médias - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

13 janvier 2007

That is the question

avoirouetre

Posté par adam kesher à 11:10 - rien de tout ça - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 janvier 2007

"Elle chierait sur la table...


… On dirait : elle a bien mangé ».

Pardon, chers lecteurs ségolénistes, mais je parle de votre championne. Il paraît que les médias disent qu’elle marche sur l’eau. Je préfère emprunter la formule qui précède à Alain Chabat dans l'excellent Prête-moi ta main. Ca veut dire la même chose, mais c’est plus approprié à mon sens.

Gaston2Ce qui m’interpelle le plus, ce n’est pas sa capacité à aligner les gaffes et les polémiques involontaires – pourtant assez exceptionnelle.

Ce qui m’interpelle le plus, c’est la capacité des médias, des politiques, des observateurs et même du public à interpréter les gaffes de la duchesse de Poitiers (je sais, la formule est de Le Pen, mais je n’y peux rien, je la trouve irrésistible), à leur donner du sens, à trouver des explications, à nous faire comprendre que c'est exprès et que c'est tellement savant que l'on n'a rien compris. En un mot, à les magnifier.

A les lire, ce ne sont plus des gaffes, c’est de l’art. A moins qu’elle n’élève justement la gaffe au rang d’art.

Je veux bien que ses jurys citoyens, ses prises de position sur le temps de travail des enseignants ou sur le nucléaire iranien aient recelé une sophistication que nos yeux naïfs n’avaient pas perçue.

Mais quand je vois un sondage (qui n’est malheureusement plus) en ligne de l’Internaute, où la majorité de 3000 votants pensent que l’abracadabrantesque « bravitude », c’est fait exprès, je me frotte les yeux très fort.

Je sais : il ne faut pourtant pas mettre tous les épisodes  qui pourraient entacher sa réputation (d’une manière ou d’une autre) au même niveau. La vidéo de Bourdieu ou l’affaire du cours Florent par exemple relèvent de la manœuvre anti-Royal évidente : des épiphénomènes en réalité insignifiants que "l’on" ressort opportunément de la cave.

Mais quand on additionne tout, comme cela se fait dans nos esprits, on a les épisodes pré-cités, celui de l'éventualité d'une non-participation aux débats de la primaire socialiste, du dialogue avec le député du Hezbollah, et maintenant la justice chinoise qui a le-mérite-d’être-rapide-donc-soyons-modestes-et-ne-leur-donnons-pas-de-leçons-parce-qu’avec-nos-tribunaux-encombrés-
on-ferait-bien-d’en-prendre-de-la-graine.

Alors je me demande :

La couverture médiatique sur les gaffes a-t-elle un autre effet sur les partisans de Royal que de leur faire se dire qu’elle est un victime d’un sournois complot ?

La droite ne ferait-elle pas mieux de se taire, plutôt que de se jeter sur les ségogaffes comme la pauvreté sur le monde ?

Marie-Ségolène, les gaffes qui ne te tuent pas te rendent-elles plus forte ?

Est-ce qu’on chercherait des explications métaphysiques à sa déclaration si c’était elle qui disait qu’il y a trop de noirs en équipe de France ?

L’opinion publique a-t-elle secrètement fixé un quota de gaffes à ne pas dépasser sous peine de retournement ?

Qu’est-ce qui pourrait faire que Royal soit touchée ?

Eh bien je ne sais pas et je me demande sérieusement si elle n’est pas intouchable. Je préfère rester rationnel à ce stade et me dire que Royal marche sur la corde raide, qu’étant donnée sa capacité à faire des gaffes (et, ce n’est même pas la peine d’en parler, ce sont des gaffes, rien que des gaffes, il n’y a rien de voulu là-dedans, rien de calculé, rien de sophistiqué, rien qui soit sorti de la tête d’un savant spin doctor – spins doctors qui au contraire doivent avoir des sueurs froides à chacune de ses sorties), elle risque la sanction de l’opinion à tout moment et qu’elle va avoir du mal à contrôler les dérapages pendant encore trois mois (et deux semaines si affinités).

Non, je crois que ce qui la sauve, c’est une espèce d’inconscience, une candeur, une incapacité naturelle et bienvenue à voir le danger ou à prendre du recul sur elle-même. Mais voilà que je me prends à mon tour à spéculer sur le pourquoi du comment, là où il n’y a peut-être pas grand-chose à comprendre. Car si ça se trouve, la popularité de Ségolène, c'est juste le résultat des phéromones qu’elle dégage.

Une autre question s'impose : les Français ont-il tant aimé leur Président gaffeur qu’ils vont vouloir le remplacer par une Présidente gaffeuse ?


Mais j'y pense...

Elle n'a pas un petit côté Chirac, Ségolène ?

Ce côté sym-pa, souriant, proche des gens, autoritaire mais un peu gauche, qui dit des conneries mais on l'aime bien quand même parce que Mangez des pommes ? Et cette capacité à dire un peu tout et son contraire et à s'en sortir à bon compte ? Ce côté politiquement indéterminé, à droite mais en fait à gauche, ou l'inverse ?

Ségolène Royal n'est-elle pas en voie de se faire élire sur la base du même mécanisme cognitif collectif (j'en invente des expressions hein) que celui sur lequel Chirac a été élu ?

Les Français qui veulent tellement changer (on ne sait pas trop en quoi, mais d'abord et surtout, changer), ne sont-ils pas sur le point de voter de la même façon qu'en 1995 ?

Vous en pensez ce que vous voudrez car après tout moi aussi j'ai le droit de dire des conneries (et j'ai déjà écrit des trucs sérieux sur la dame). Et je me console en me disant que si elle est Présidente, après tout ce n’est pas elle qui gouverne.

Posté par adam kesher à 01:06 - 2. communication - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 janvier 2007

L'Amérique du sud vers un futur alternatif

Je vous propose une traduction du dernier article de Noam Chomsky, paru le 5 janvier dans l'International Herald Tribune, plus factuel qu'analytique. Les liens ont été ajoutés à la main.


Le mois dernier, la coïncidence d’une naissance et d’une mort ont marqué un signal de transition pour l’Amérique du Sud et pour le monde.

L’ancien dictateur chilien Augusto Pinochet est mort alors que des dirigeants de pays sud-américains se réunissaient à Cochabamba (Bolivie), pour un sommet de deux jours accueilli par Evo Morales, dont l’agenda l'ordre du jour était à l'antithèse de Pinochet et de son époque.

Dans la déclaration de Cochabamba, les Présidents et les représentants de 12 pays ont pris le principe d’étudier l’idée de former une communauté continentale similaire à l’Union européenne.

Cette déclaration marque une nouvelle étape vers l’intégration régionale de l’Amérique du Sud, 500 ans après les conquêtes européennes. Le sous-continent, du Venezuela à l’Argentine, pourrait constituer un exemple pour le monde : celui de la création d’un futur alternatif à partir d’un empire de terreur.

La domination des Etats-Unis sur la région s’est appuyée sur deux méthodes principales : la violence et l’étranglement économique. D’une façon générale, les affaires internationales ont plus qu’un air de ressemblance avec la mafia. Le parrain ne le prend pas à la légère quand on le met en colère, même si c'est le fait d'un petit commerçant.

Des tentatives d’indépendance ont précédemment été écrasées, en partie en raison d’un manque de coopération régionale. Sans elle, les menaces peuvent être traitées une par une. (L’Amérique Centrale, malheureusement, n’en est pas à surmonter les peurs et la destruction héritées des décennies de terreur américaine, surtout celle des années 80.)

Aux yeux des Etats-Unis, le véritable ennemi a toujours été le nationalisme indépendant, surtout quand il menace de devenir un « exemple contagieux », pour reprendre la qualification utilisée par Henry Kissinger pour décrire le socialisme démocratique au Chili.

Le 11 septembre 1973, les forces de Pinochet attaquaient le palais présidentiel chilien. Salvator Allende, Président démocratiquement élu, mourut dans le palais, apparemment de sa propre main, refusant de se rendre à l’attaque qui allait démolir la plus ancienne et vivante démocratie d’Amérique Latine et établir un régime de torture et de répression.

Le bilan officiel du régime fut de 3200 morts. Le véritable bilan est généralement estimé au double. Une enquête officielle menée 30 ans après le coup d’Etat fait état d’environ 30 000 cas de torture sous Pinochet. Parmi les dirigeants présents à Cochabamba figurait la présidente chilienne, Michelle Bachelet. Comme Allende, elle est socialiste et physicienne. Elle est aussi une ancienne exilée et prisonnière politique. Son père, général, mourut en prison après avoir été torturé.

A Cochabamba, Morales et son homologue venezuelien Hugo Chavez ont célébré un projet de joint-venture dans le domaine du gaz en Bolivie. Une telle coopération renforce le rôle de la région comme acteur majeur de l’énergie mondiale.

Le Venezuela est le seul pays latino-américain déjà membre de l’OPEP, avec de loin les plus grandes réserves de pétrole en dehors du Moyen-Orient. Chavez soutient Petroamerica, un système d’énergie intégré du même type que celui que la Chine tente de lancer en Asie.

Le nouveau président équatorien, Rafael Correa, a proposé une voie commerciale qui relierait la forêt amazonienne brésilienne à la côte pacifique de l’Equateur – un équivalent sud-américain au canal de Panama.

D’autres projets prometteurs incluent Telesur, une chaîne de télévision pan-latinoaméricaine basée au Venezuela avec la volonté de briser le monopole des médias occidentaux.

Le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, a appelé ses collègues dirigeants à surmonter les différences historiques et à unifier le continent, quelle que soit la difficulté de la tâche.

L’intégration est un pré-requis à l’authentique indépendance. L’histoire coloniale – l’Espagne, l’Angleterre, d’autres puissances européennes, les Etats-Unis – a non seulement séparé les pays les uns des autres, mais a aussi laissé des divisions acides au sein des pays, entre de petites élites riches et des masses de peuples miséreux.

Les principaux contrôles économiques des dernières années ont été le fait du Fonds Monétaire International, qui est virtuellement une branche du Ministère des finances étasunien. Mais l’Argentine, le Brésil et maintenant la Bolivie ont pris des initiatives pour se libérer des contraintes du FMI.

En raison des nouveaux développements en Amérique du Sud, les Etats-Unis ont été forcés d’ajuster leur politique. Les gouvernements qui ont aujourd’hui l’appui des Etats-Unis – comme le Brésil de Lula – auraient très bien pu être renversés dans le passé, comme le fut le Président brésilien Joao Goulart en 1964, à la suite d’un coup d’Etat soutenu par les USA.

Il n'en reste pas moins que, pour faire accepter sa ligne politique, Washington a besoin de passer certains faits sous silence (1). Par exemple, quand Lula fut réélu en octobre, un de ses premiers actes fut d’aller soutenir Chavez, alors en campagne, à Caracas. De plus, Lula a lancé un projet brésilien au Venezuela, un pont sur la rivière Orinoco, et discuté d’autres joint-ventures.

Le tempo s’accélère. Le mois dernier, le Mercosur, la communauté économique des pays d’Amérique du sud, a poursuivi le dialogue sur l’unité sud-américaine au cours de son sommet biannuel au Brésil, qui a aussi vu Lula inaugurer le parlement du Mercosur – un autre signe prometteur de délivrance des démons du passé.


(1) en anglais : "To maintain Washington's party line, though, it's necessary to finesse some of the facts"
 

Posté par adam kesher à 23:37 - 3. société - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 janvier 2007

Mon bilan 2006

Coups de coeur : Eve, La neige, The Pipettes, Les risques pris par l'UDF, Fight club, débattre, Harry Roselmack, Prague, Thank you for smoking, mon gîte dans le Périgord vert, Yves Calvi, le prix Nobel à Muhammad Yunus, Faites entrer l'accusé, le réchauffement climatique enfin dans le débat, se faire gratter le dos, Jarvis Cocker, Carnets de nuit, relire le grand pouvoir du Shninkel, le retour des démocrates, les huîtres, ma famille et le Labyrinthe de Pan.

Coups de gueule : les lynchages de Fabrice Burgaud, Vikash Dhorasoo et Saddam Hussein, les mauvaises raisons de voter Royal, la mort de Rémy Belvaux, le 9 juillet, les sondages, Nicolas Demorand, le Nouveau monde, les kilos, l'inachevé et les matins.

Posté par adam kesher à 19:36 - rien de tout ça - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08 janvier 2007

Les bobos sont contents

Ils vont pouvoir recommencer à pique-niquer le long du canal.

Posté par adam kesher à 23:18 - rien de tout ça - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

05 janvier 2007

Tsunami : les queues de budget des ONG


« Ne donnez plus ».

Comme téléspectateur, j’étais complètement incrédule devant la décision de Médecins Sans Frontières de suspendre la collecte de dons, le 3 janvier 2005, seulement 8 jours après que le Tsunami eût frappé l’Asie du Sud-Est.

Le sujet revient aujourd’hui sur le devant de la scène avec la publication du rapport de la cour des comptes sur l’utilisation des nombreuses ressources financières collectées par les ONG françaises pour faire face à la catastrophe.

Bonne nouvelle : les ONG ont donc des problèmes de riches. Le paradoxe de la situation est stupéfiant : on se situe dans le cas exceptionnel où une grande cause – en l’occurrence le tsunami – bénéficie de trop de ressources. On a bien dit trop.

On aimerait pouvoir en dire autant du chômage, de l’assurance maladie, des services publics, du logement, du sida, de l’éducation, du cancer, de la prévention routière, de l’alcool, du Darfour, des famines, de l’environnement, et je m’arrête là.


« Trop » de ressources ?

Trop de ressources. Les dons récoltés dans l’élan de solidarité ont atteint 10 milliards d’euros à l’échelle mondiale, quand 8,75 milliards avaient été estimés comme nécessaires (1). Soit 1,25 milliards d’euros « en trop » à dépenser.

Trop de ressources pour une cause : cela signifie donc qu’il existe un concept de « justes ressources » pour cette cause. Ce qui semble a priori complètement surréaliste. Cet argent, plus que tout autre, ne mérite-t-il pas d’être préservé plutôt que de retourner à la société civile et d’être dépensé en consommation inutile ou d’entrer dans la danse des flux financiers internationaux ?

Le concept de « trop de ressources » suppose que chaque cause fait l’objet de son propre financement, et non pas que les causes en général font l’objet de financements en général. S’il y a trop de ressources, c’est qu’il n’y a pas assez de besoins, où que les causes ne fonctionnent pas comme des vases communicants.

Mais c’est justement l’un des problèmes soulevés par le rapport de la cour des comptes publié mercredi dernier : l’utilisation du trop-plein de ressources financières par les 32 ONG françaises ayant récolté des dons à l’occasion de la catastrophe. « La lame des fonds », comme « C dans l’air » avait intitulé son émission d’aujourd’hui, dont je recommande le visionnage.


Une polémique qui porte à la fois sur les entrées et sur les sorties

On le savait, l’élan de générosité avait été sans précédent. En France, ce sont plus de 320 millions d’euros qui ont été récoltés (2). 18 mois après le drame, c’est moins d’un euro sur deux qui a été dépensé (42%). D’où une première polémique : fallait-il continuer les appels aux dons alors que l’argent affluait massivement ?

Il est nécessaire de se remettre dans le contexte de l’époque. L’émotion avait atteint son comble car tout concourait pour cela : l’ampleur du drame (230 000 morts), son caractère international (7 pays), la période (Noël), les victimes (parfois occidentales), l’origine de la catastrophe (naturelle), et bien entendu… les images.

Car s’il est de bon ton de critiquer aujourd’hui les ONG qui l’ont jouée alarmiste, multipliant les appels aux dons visiblement en dépit des besoins réels, faisant dire à Sylvie Brunel (3) sur le plateau de C dans l’air qu’il s’était agi d’un « mensonge fondamental », ne doit-on pas aussi invoquer le rôle joué par les télévisions dans l’émotion générale ?

Et ne faudrait-il pas justement se réjouir de ce que les ONG aient récolté autant d’argent ? Y’a-t-il une limite à la générosité ? Je ne crois pas. Même si le message des ONG aurait dû être « vous pouvez continuer à donner, on saura quoi faire de votre argent, en Asie du Sud-est ou ailleurs », plutôt que « les victimes du tsunami ont besoin de vous tout de suite ».

Mais c’est aussi l’utilisation de ce « trop-plein » qui fait débat. Que fait-on de la « queue de budget » et va-t-elle être dépensée efficacement ? Ce graphique nous montre l’état des dépenses mesurées par la cour des comptes :

tsunami

(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Il reste donc 58% de l’argent à dépenser : 52% de ces dons iront à la reconstruction post-tsunami jusqu’en 2010, et 6% seront affectés à d’autres causes, avec l’accord des donateurs (s’ils refusent, on les rembourse, cela arrive, mais comme on le voit sur le camembert, la restitution est – heureusement – proche de 0%).

La polémique sur les dépenses est triple :

1. Peut-on utiliser la queue de budget pour la reconstruction des côtes de l’Asie du Sud-est alors qu’il est probable que les donateurs avaient l’intention de donner pour de l’aide d’urgence ? Cela me semble être un faux débat. Toute catastrophe nécessite d’abord des secours, puis une restructuration. Ne nous plaignons pas d’avoir les moyens de reconstruire.

2. L’utilisation d’une grande partie de cet argent pour la reconstruction ne va-t-elle pas au-delà des besoins vitaux des populations concernées ? Ne fait-on pas du luxe avec de l’argent humanitaire ? Franchement je n’en sais rien, sauf à dire qu’il ne faudrait pas hésiter à transférer de l’argent du tsunami pour d’autres causes, dusse-t-on demander l’autorisation aux donateurs (qui dans leur immense majorité, acceptent).

3. Les ONG disposant de ces queues de budget, étant par nature plutôt des spécialistes des secours d’urgence, sont-elles qualifiées pour la phase de reconstruction et vont-elles dépenser l’argent efficacement ? C’est la critique émise par Médecins Sans Frontières, à l’attention en particulier de la Croix Rouge qui est l’association qui dispose des ressources inutilisées les plus importantes (4). C’est sûrement un bon point, dont la Croix Rouge se défend.

Une triple polémique, mais qui ne devrait pas nous faire oublier qu’en la matière, on préfère avoir des problèmes de riches que des problèmes de pauvres.


Le marché de l’humanitaire

Cette critique de MSF à l’encontre de la Croix Rouge nous rappelle aussi que les ONG sont en concurrence les unes avec les autres : bienvenue sur le marché de l’humanitaire, où il faut capter le regard du donateur et donc du média pour récolter les sommes qui n’iront pas aux autres ONG – pardon, aux concurrents.

Ceci dit, dans la logique que je défends dans cet article – plus on ramasse de dons, mieux c’est -, la logique de concurrence est-elle réellement critiquable si elle permet de multiplier les ressources ?

Non, mais à condition que leur utilisation soit pertinente. A condition que les vases communiquent. Qu’on puisse dépenser ces millions d’euros non pas pour des installations de luxe mais pour faire un petit quelque chose pour, par exemple, les 30 000 enfants qui meurent chaque jour de maladies infectieuses, faute de bénéficier d’accès aux soins de base. (5)

Cette polémique invite donc aussi à une réflexion sur l’efficacité de la dépense humanitaire. Marché, quand tu nous tiens…


Vertus et vices de l’image humanitaire

Une dernière chose a retenu mon attention dans ce débat : le pouvoir de l’image. J’avais déjà entendu dire que les images des JT en cas de famine, catastrophe humanitaire…, provoquaient instantanément des élans de générosité bienvenus. L’image toute puissante était source, certes d’inéquités (puisque seuls les drames filmés étaient en position de générer des dons), mais, tout de même, de quelque chose de positif. Elle permettait de réparer certaines injustices.

Or, au cours du débat de C dans l’air, Sylvie Brunel raconte que le chargé de mission d’Action contre la faim au Sri-Lanka, dans les premières heures du drame, fait le diagnostic du besoin essentiel : la purification de l’eau. Purification de l’eau ? Ca n’intéressera pas les médias, lui rétorque-t-on en France.

Et ACF de lui envoyer des avions remplis de nourriture, inutiles à la population sri-lankaise, mais vendeuses pour les télévisions et donc utiles à l’image d’Action Contre la Faim.

Voilà peut-être le véritable effet de la concurrence entre les ONG. Et qui vient nous rappeler que ce n’est pas à l’image de déterminer quelle cause est la plus juste et quelle victime est la plus nécessiteuse.






(1)    Source Libération : « Tsunami : les dons ont-ils fait recette ? », 26 décembre 2005
(2)   214 en provenance des particuliers ; 74 en provenance des entreprises ou des « autres personnes privées » ; 34 de ressources de l’Etat.
(3)    Géopolitologue, ancienne Présidente d’Action Contre la Faim
(4)    98 millions d’euros, soit 85% des dons qu’elle a reçu à l’occasion du drame
(5)    Source Alternatives économiques, "Le tsunami business", février 2005




Posté par adam kesher à 23:30 - 5. économie - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2   Page suivante »