22 janvier 2007
Cashback
Le blog d'Adam Kesher recommande : Cashback, sorti mercredi dernier.
Décalé, drôle, anglais, touchant, érotique, beau, visuellement beau : Cashback a tout pour plaire. Il ne change pas le monde, mais il l'enchante.
19 janvier 2007
Question
Il n'avait pas dit qu'il n'irait plus dans des émissions de divertissement, Montebourg ?
18 janvier 2007
Interlude
Ma pub préférée de tous les temps est de retour sur les écrans. Bonheur !
Petit jeu : choisir à quel personnage de la pub vous voulez ressembler. Moi : lui.
14 janvier 2007
La TF1isation des esprits
Retour
sur une information qui a suscité un certain bruit mais finalement
assez peu de commentaires de fond : TF1 a annoncé qu'il a réalisé
98 des 100 meilleures audiences télévisées de 2006 (*). Avec notamment de
la "fiction française" (47 fois), du football (20 fois), des séries
américaines (14 fois) et du cinéma (12 fois). Un exercice de communication : on présente ce qui nous arrange
D'abord, le battage autour de cette info
de la part de TF1 démontre une très grande habileté à communiquer. Le
chiffre qui va rester est
celui de 98 alors que bien entendu, TF1 ne réalise (et heureusement)
pas 98% de part d'audience. C'est même une façon de masquer la réalité
des parts d'audience des chaînes, communiquées par Médiamétrie (pdf à
télécharger ici) et que l'on peut apercevoir sur le camembert suivant :
(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)
TF1 réalise donc 31,6% de part d'audience
- c'est un peu moins que la part d'audience cumulée de France 2 et de
France 3 (19,2 + 14,7 = 33,9%). Et surtout, c'est également moins que sa propre part d'audience 2005, qui s'élevait à 32,3%.
Il faut donc d'abord relever que l'exercice de communication sur les "98" cache d'autres résultats, moins bons, pour TF1.
"On a tous TF1 en commun"
Malgré cette baisse de part d'audience, ce chiffre de 98 est impressionnant.
98 sur 100. Sur
100, 98. Quatre-vingt dix-huit. Un, deux, trois, quatre…. Vingt-deux,
vingt-trois, vingt-quatre… Cinquante-six, cinquante-sept…. Soixante et
onze, soixante-douze… quatre-vingt seize, quatre-vingt dix-sept,
quatre-vingt dix-huit. Ouf. Nonante-huit. 98%.
Autrement
dit, sur les
100 plus fortes audiences de télévision en 2006 (**), deux (1+1 ; un,
deux, point barre.) sont réalisées par l’une ou l’autre de la totalité
des autres chaînes qui émettent sur le sol français. La part d'audience
de TF1 a beau baisser, en "prime", les positions de TF1 se renforcent :
- ce score de
98% dépasse celui de 2005 (97%) et est le meilleur de la chaîne depuis
15 ans.
- l’audience des « primes » qui a augmenté en
moyenne de 300 000 téléspectateurs, s’établissant à 7,6 millions
(meilleur score depuis 12 ans). C’est une augmentation de 4%.
Et ces indicateurs sont certainement très favorables pour les rentrées publicitaires.
Pour
TF1, c’est la démonstration d'une réussite économique et une
opportunité de communication. « On a tous TF1 en commun », disent les spots diffusés
en boucle sur la chaîne et à la radio. Et ça me donne envie de
hurler, mais je dois bien avouer que l’utilisation d’un tel slogan par
TF1 a une certaine légitimité : quelles entreprises peuvent se vanter
de réunir tous les soirs presque 15% de la population française ? (Et
si l'on en croit le rapport annuel 2005 de la chaîne : 3 Français sur 4
regardent TF1 tous les jours...)
Le vainqueur prend tout
L'archi-domination de TF1 dans le Paysage
Audiovisuel Français n’est certes pas
une nouveauté. Mais TF1 réussit donc à réunir la quasi-totalité des
plus grosses audiences alors
que les Français, dans l’ensemble, regardent moins la télévision (3h et
24 minutes contre 3h et 26 minutes en 2005, soit un recul de 1% du
temps passé devant la télévision),
qu’ils ont le choix entre plus de chaînes et que des alternatives à la
télévision, comme Internet, progressent.
Il y a peut-être un facteur conjoncturel « coupe du monde » pour expliquer le renforcement de ces positions en prime : le foot
occupe les 9 premières places du palmarès et, donc, 20 places dans le
top 100.
Mais
il me semble qu’on est en fait dans une situation de type « the winner
takes it all » que connaissent bien les webologues. Sur le web, ça veut
dire que plus on parle de moi, plus je suis visible, plus je ramasse de
l’audience, plus on parle de moi et ainsi de suite.
En
télévision, ça voudrait dire que le plus gros est indéboulonnable et
que les petits se font de la concurrence entre eux. Pourquoi, je ne
sais pas bien, mais c'est comme ça et je suis frappé par un double
décalage :
1. Entre le triomphe que font les
Français à TF1 et la réputation désastreuse de la chaîne dans les
milieux « intellectuels » ou qui se veulent « intelligents ».
Question
: l’image de TF1 dans les milieux et médias « autorisés » a-t-elle une
quelconque importance étant donné le triomphe que lui font les
téléspectateurs ? Télérama, Le Monde, Les Inrocks, les Guignols, vous, moi,
pouvons taper sur TF1 autant que nous voulons : ça n’a aucune espèce de
conséquence. Finalement, est-ce que ça sert à quelque chose, la gestion
de la réputation ?
2. Entre la qualité relative de
l’offre télévisuelle de TF1 et son score d’audience. Je ne veux pas
dire par là que TF1 c’est de la merde – ce serait enfoncer une porte
ouverte si je peux engager mon avis -, mais que je ne vois absolument
pas quelle différence entre l’offre de TF1 et celle de France 2 ou M6
expliquerait ce monopole de facto.
On
est donc dans une
question de réflexe. On regarde TF1 par réflexe – c’est la TF1isation
des esprits (prononcer « téhèfunisation »). Elle s'accentue sur les
fortes audiences (les primes), elle diminue sur les parts d'audience,
mais elle est là et bien là.
Donc la gestion de
la réputation, ça sert bien à quelque chose, mais peu importe l’avis
des soi-disant leaders d’opinion, seul compte l’avis du consommateur
final.
La réussite de TF1, emblème de la fracture sociale
On peut même se demander si la TF1isation des esprits
n’est pas un nouveau signe de la défiance des « vrais gens » vis-à-vis
des élites bien-pensanto-parisiennes, après le 21 avril 2002, le
29 mai 2005 et dans une certaine mesure, le 16 novembre 2006. Dans
l’esprit : « ne me dites pas ce que je dois penser, pour qui je dois
voter ou quelles émissions je dois regarder »…
Finalement, le
succès de TF1 est symptomatique de la véritable fracture sociale
française : les couches supérieures ne communiquent pas avec les
couches inférieures de la population : dans chaque catégorie
socio-professionnelle, on reste entre soi, on s’influence certes, mais
entre soi. De façon horizontale, mais pas verticale. Les CSP + parlent
aux CSP +. Les classes moyennes parlent aux classes moyennes. Les
classes populaires parlent aux classes populaires.
Comment dès
lors un communiquant, quelqu'il soit (politique ou non), peut-il faire
pour parler aux vrais gens ? On a le choix : le 13h, le 20h ou les
écrans publicitaires… mais dans tous les cas, sur TF1.
Tout en
se méfiant : le cerveau des téléspectateurs de TF1 n’est pas si
disponible que cela. Edouard Balladur en sait quelque chose.
(*) Toutes sources du billet : Médiamétrie
(**) Impossible de mettre la main sur la liste complète. Tuyaux bienvenus.
13 janvier 2007
That is the question
12 janvier 2007
"Elle chierait sur la table...
… On dirait : elle a bien mangé ».
Pardon, chers lecteurs ségolénistes, mais je parle de votre championne.
Il paraît que les médias disent qu’elle marche sur l’eau. Je préfère
emprunter la formule qui précède à Alain Chabat dans l'excellent Prête-moi ta main. Ca veut dire la même chose, mais c’est plus approprié à mon sens.
Ce
qui m’interpelle le plus, ce n’est pas sa capacité à aligner les gaffes
et les polémiques involontaires – pourtant assez exceptionnelle.
Ce qui m’interpelle le plus, c’est la capacité des médias, des politiques,
des observateurs et même du public à interpréter les gaffes de la
duchesse de Poitiers (je sais, la formule est de Le Pen, mais je n’y
peux rien, je la trouve irrésistible), à leur donner du sens, à trouver
des explications, à nous faire comprendre que c'est exprès et que c'est
tellement savant que l'on n'a rien compris. En un mot, à les magnifier.
A les lire, ce ne sont plus des gaffes, c’est de l’art. A moins qu’elle n’élève justement la gaffe au rang d’art.
Je veux bien que ses jurys citoyens, ses prises de position sur le temps de travail des enseignants ou sur le nucléaire iranien aient recelé une sophistication que nos yeux naïfs n’avaient pas perçue.
Mais quand je vois un sondage (qui n’est malheureusement plus) en ligne
de l’Internaute, où la majorité de 3000 votants pensent que
l’abracadabrantesque « bravitude », c’est fait exprès, je me frotte les yeux très fort.
Je sais : il ne faut pourtant pas mettre tous les épisodes qui
pourraient entacher sa réputation (d’une manière ou d’une autre) au même
niveau. La vidéo de Bourdieu ou l’affaire du cours Florent
par exemple relèvent de la manœuvre anti-Royal évidente : des
épiphénomènes en réalité insignifiants que "l’on" ressort opportunément
de la cave.
Mais quand on additionne tout, comme cela se fait dans nos esprits, on a les épisodes pré-cités, celui de l'éventualité d'une non-participation aux débats de la primaire socialiste, du dialogue avec le député du Hezbollah, et maintenant la justice chinoise
qui a
le-mérite-d’être-rapide-donc-soyons-modestes-et-ne-leur-donnons-pas-de-leçons-parce-qu’avec-nos-tribunaux-encombrés-
on-ferait-bien-d’en-prendre-de-la-graine.
Alors je me demande :
La couverture médiatique sur les gaffes a-t-elle un autre effet sur les
partisans de Royal que de leur faire se dire qu’elle est un victime
d’un sournois complot ?
La droite ne ferait-elle pas mieux de se taire, plutôt que de se jeter sur les ségogaffes comme la pauvreté sur le monde ?
Marie-Ségolène, les gaffes qui ne te tuent pas te rendent-elles plus forte ?
Est-ce qu’on chercherait des explications métaphysiques à sa
déclaration si c’était elle qui disait qu’il y a trop de noirs en
équipe de France ?
L’opinion publique a-t-elle secrètement fixé un quota de gaffes à ne pas dépasser sous peine de retournement ?
Qu’est-ce qui pourrait faire que Royal soit touchée ?
Eh bien je ne sais pas et je me demande sérieusement si elle n’est pas
intouchable. Je préfère rester rationnel à ce stade et me dire que
Royal marche sur la corde raide, qu’étant donnée sa capacité à faire
des gaffes (et, ce n’est même pas la peine d’en parler, ce sont des
gaffes, rien que des gaffes, il n’y a rien de voulu là-dedans, rien de
calculé, rien de sophistiqué, rien qui soit sorti de la tête d’un
savant spin doctor – spins doctors qui au contraire doivent avoir des
sueurs froides à chacune de ses sorties), elle risque la sanction de
l’opinion à tout moment et qu’elle va avoir du mal à contrôler les
dérapages pendant encore trois mois (et deux semaines si affinités).
Non, je crois que ce qui la sauve, c’est une espèce d’inconscience, une
candeur, une incapacité naturelle et bienvenue à voir le danger ou à
prendre du recul sur elle-même. Mais voilà que je me prends à mon tour
à spéculer sur le pourquoi du comment, là où il n’y a peut-être pas
grand-chose à comprendre. Car si ça se trouve, la popularité de
Ségolène, c'est juste le résultat des phéromones qu’elle dégage.
Une autre question s'impose : les
Français ont-il tant aimé leur Président gaffeur qu’ils vont vouloir le
remplacer par une Présidente gaffeuse ?
Mais j'y pense...
Elle n'a pas un petit côté Chirac, Ségolène ?
Ce côté sym-pa, souriant, proche des gens, autoritaire mais un peu
gauche, qui dit des conneries mais on l'aime bien quand même parce que
Mangez des pommes ? Et cette capacité à dire un peu tout et son
contraire et à s'en sortir à bon compte ? Ce côté politiquement
indéterminé, à droite mais en fait à gauche, ou l'inverse ?
Ségolène Royal n'est-elle pas en voie de se faire élire sur la base du même mécanisme cognitif collectif (j'en invente des expressions hein) que celui sur lequel Chirac a été élu ?
Les Français qui veulent tellement changer (on ne sait pas trop en quoi, mais d'abord et surtout, changer), ne sont-ils pas sur le point de voter de la même façon qu'en 1995 ?
Vous en pensez ce que vous voudrez car après tout moi aussi j'ai le droit de dire des conneries (et j'ai déjà écrit des trucs sérieux sur la dame). Et je me console en me disant que si elle est Présidente, après tout ce n’est pas elle qui gouverne.
10 janvier 2007
L'Amérique du sud vers un futur alternatif
Je vous propose une traduction du dernier article de Noam Chomsky, paru le 5 janvier dans l'International Herald Tribune, plus factuel qu'analytique. Les liens ont été ajoutés à la main.
Le mois dernier, la coïncidence d’une naissance et d’une mort ont
marqué un signal de transition pour l’Amérique du Sud et pour le monde.
L’ancien dictateur chilien Augusto Pinochet est mort alors que des dirigeants de pays sud-américains se réunissaient à Cochabamba (Bolivie), pour un sommet de deux jours accueilli par Evo Morales, dont l’agenda l'ordre du jour était à l'antithèse de Pinochet et de son époque.
Dans la déclaration de Cochabamba, les Présidents et les représentants
de 12 pays ont pris le principe d’étudier l’idée de former une
communauté continentale similaire à l’Union européenne.
Cette déclaration marque une nouvelle étape vers l’intégration
régionale de l’Amérique du Sud, 500 ans après les conquêtes
européennes. Le sous-continent, du Venezuela à l’Argentine, pourrait
constituer un exemple pour le monde : celui de la création d’un futur
alternatif à partir d’un empire de terreur.
La domination des Etats-Unis sur la région s’est appuyée sur deux
méthodes principales : la violence et l’étranglement économique. D’une
façon générale, les affaires internationales ont plus qu’un air de
ressemblance avec la mafia. Le parrain ne le prend pas à la légère
quand on le met en colère, même si c'est le fait d'un petit commerçant.
Des tentatives d’indépendance ont précédemment été écrasées, en partie
en raison d’un manque de coopération régionale. Sans elle, les menaces
peuvent être traitées une par une. (L’Amérique Centrale,
malheureusement, n’en est pas à surmonter les peurs et la destruction
héritées des décennies de terreur américaine, surtout celle des années
80.)
Aux yeux des Etats-Unis, le véritable ennemi a toujours été le
nationalisme indépendant, surtout quand il menace de devenir un «
exemple contagieux », pour reprendre la qualification utilisée par
Henry Kissinger pour décrire le socialisme démocratique au Chili.
Le 11 septembre 1973, les forces de Pinochet attaquaient le palais présidentiel chilien. Salvator Allende,
Président démocratiquement élu, mourut dans le palais, apparemment de
sa propre main, refusant de se rendre à l’attaque qui allait démolir la
plus ancienne et vivante démocratie d’Amérique Latine et établir un
régime de torture et de répression.
Le bilan officiel du régime fut de 3200 morts. Le véritable bilan est
généralement estimé au double. Une enquête officielle menée 30 ans
après le coup d’Etat fait état d’environ 30 000 cas de torture sous
Pinochet. Parmi les dirigeants présents à Cochabamba figurait la
présidente chilienne, Michelle Bachelet.
Comme Allende, elle est socialiste et physicienne. Elle est aussi une
ancienne exilée et prisonnière politique. Son père, général, mourut en
prison après avoir été torturé.
A Cochabamba, Morales et son homologue venezuelien Hugo Chavez
ont célébré un projet de joint-venture dans le domaine du gaz en
Bolivie. Une telle coopération renforce le rôle de la région comme
acteur majeur de l’énergie mondiale.
Le Venezuela est le seul pays latino-américain déjà membre de l’OPEP,
avec de loin les plus grandes réserves de pétrole en dehors du
Moyen-Orient. Chavez soutient Petroamerica, un système d’énergie intégré du même type que celui que la Chine tente de lancer en Asie.
Le nouveau président équatorien, Rafael Correa,
a proposé une voie commerciale qui relierait la forêt amazonienne
brésilienne à la côte pacifique de l’Equateur – un équivalent
sud-américain au canal de Panama.
D’autres projets prometteurs incluent Telesur, une chaîne de télévision pan-latinoaméricaine basée au Venezuela avec la volonté de briser le monopole des médias occidentaux.
Le président brésilien, Luiz Inacio Lula
da Silva, a appelé ses collègues dirigeants à surmonter les différences
historiques et à unifier le continent, quelle que soit la difficulté de
la tâche.
L’intégration est un pré-requis à l’authentique indépendance.
L’histoire coloniale – l’Espagne, l’Angleterre, d’autres puissances
européennes, les Etats-Unis – a non seulement séparé les pays les uns
des autres, mais a aussi laissé des divisions acides au sein des pays,
entre de petites élites riches et des masses de peuples miséreux.
Les principaux contrôles économiques des dernières années ont été le
fait du Fonds Monétaire International, qui est virtuellement une
branche du Ministère des finances étasunien. Mais l’Argentine, le
Brésil et maintenant la Bolivie ont pris des initiatives pour se libérer des contraintes du FMI.
En raison des nouveaux développements en Amérique du Sud, les
Etats-Unis ont été forcés d’ajuster leur politique. Les gouvernements
qui ont aujourd’hui l’appui des Etats-Unis – comme le Brésil de Lula –
auraient très bien pu être renversés dans le passé, comme le fut le
Président brésilien Joao Goulart en 1964, à la suite d’un coup d’Etat
soutenu par les USA.
Il n'en reste pas moins que, pour faire accepter sa ligne
politique, Washington a besoin de passer certains faits sous silence
(1). Par exemple, quand Lula fut
réélu en octobre, un de ses premiers actes fut d’aller soutenir Chavez,
alors en campagne, à Caracas. De plus, Lula a lancé un projet brésilien
au Venezuela, un pont sur la rivière Orinoco, et discuté d’autres
joint-ventures.
Le tempo s’accélère. Le mois dernier, le Mercosur,
la communauté économique des pays d’Amérique du sud, a poursuivi le
dialogue sur l’unité sud-américaine au cours de son sommet biannuel au
Brésil, qui a aussi vu Lula inaugurer le parlement du Mercosur – un
autre signe prometteur de délivrance des démons du passé.
(1) en anglais : "To maintain Washington's party line, though, it's necessary to finesse some of the facts"
09 janvier 2007
Mon bilan 2006
Coups de coeur : Eve, La neige, The Pipettes, Les risques pris par l'UDF, Fight club, débattre, Harry Roselmack, Prague, Thank you for smoking, mon gîte dans le Périgord vert, Yves Calvi, le prix Nobel
à Muhammad Yunus, Faites entrer l'accusé, le réchauffement climatique
enfin dans le débat, se faire gratter le dos, Jarvis Cocker, Carnets de nuit, relire le grand pouvoir du Shninkel, le retour des démocrates, les huîtres, ma famille et le Labyrinthe de Pan.
Coups de gueule : les lynchages de Fabrice Burgaud, Vikash Dhorasoo et Saddam Hussein, les mauvaises raisons de voter Royal, la mort de Rémy Belvaux, le 9 juillet, les sondages, Nicolas Demorand, le Nouveau monde, les kilos, l'inachevé et les matins.
08 janvier 2007
Les bobos sont contents
Ils vont pouvoir recommencer à pique-niquer le long du canal.
05 janvier 2007
Tsunami : les queues de budget des ONG
« Ne donnez plus ».
Comme téléspectateur, j’étais complètement incrédule devant la décision de Médecins Sans Frontières de suspendre la collecte de dons, le 3 janvier 2005, seulement 8 jours après que le Tsunami eût frappé l’Asie du Sud-Est.
Le sujet revient aujourd’hui sur le devant de la scène avec la publication du rapport de la cour
des comptes sur l’utilisation des nombreuses ressources financières
collectées par les ONG françaises pour faire face à la catastrophe.
Bonne
nouvelle : les ONG ont donc des problèmes de riches. Le paradoxe de la
situation est stupéfiant : on se situe dans le cas exceptionnel où une
grande cause – en l’occurrence le tsunami – bénéficie de trop de
ressources. On a bien dit trop.
On aimerait pouvoir en
dire autant du chômage, de l’assurance maladie, des services publics,
du logement, du sida, de l’éducation, du cancer, de la prévention
routière, de l’alcool, du Darfour, des famines, de l’environnement, et
je m’arrête là.
« Trop » de ressources ?
Trop
de ressources. Les dons récoltés dans l’élan de solidarité ont atteint
10 milliards d’euros à l’échelle mondiale, quand 8,75 milliards avaient
été estimés comme nécessaires (1). Soit 1,25 milliards d’euros « en
trop » à dépenser.
Trop de ressources pour une cause : cela
signifie donc qu’il existe un concept de « justes ressources » pour
cette cause. Ce qui semble a priori complètement surréaliste. Cet
argent, plus que tout autre, ne mérite-t-il pas d’être préservé plutôt
que de retourner à la société civile et d’être dépensé en consommation
inutile ou d’entrer dans la danse des flux financiers internationaux ?
Le
concept de « trop de ressources » suppose que chaque cause fait l’objet
de son propre financement, et non pas que les causes en général font
l’objet de financements en général. S’il y a trop de ressources, c’est
qu’il n’y a pas assez de besoins, où que les causes ne fonctionnent pas
comme des vases communicants.
Mais c’est justement l’un des problèmes soulevés
par le rapport de la cour des comptes publié mercredi dernier :
l’utilisation du trop-plein de ressources financières par les 32 ONG
françaises ayant récolté des dons à l’occasion de la catastrophe. « La lame des fonds », comme « C dans l’air » avait intitulé son émission d’aujourd’hui, dont je recommande le visionnage.
Une polémique qui porte à la fois sur les entrées et sur les sorties
On
le savait, l’élan de générosité avait été sans précédent. En France, ce
sont plus de 320 millions d’euros qui ont été récoltés (2). 18 mois
après le drame, c’est moins d’un euro sur deux qui a été dépensé (42%).
D’où une première polémique : fallait-il continuer les appels aux dons
alors que l’argent affluait massivement ?
Il est nécessaire de
se remettre dans le contexte de l’époque. L’émotion avait atteint son
comble car tout concourait pour cela : l’ampleur du drame (230 000
morts), son caractère international (7 pays), la période (Noël), les
victimes (parfois occidentales), l’origine de la catastrophe
(naturelle), et bien entendu… les images.
Car s’il est de bon
ton de critiquer aujourd’hui les ONG qui l’ont jouée alarmiste,
multipliant les appels aux dons visiblement en dépit des besoins réels,
faisant dire à Sylvie Brunel (3) sur le plateau de C dans l’air qu’il
s’était agi d’un « mensonge fondamental », ne doit-on pas aussi invoquer le rôle joué par les télévisions dans l’émotion générale ?
Et
ne faudrait-il pas justement se réjouir de ce que les ONG aient récolté
autant d’argent ? Y’a-t-il une limite à la générosité ? Je ne crois
pas. Même si le message des ONG aurait dû être « vous pouvez continuer à donner, on saura quoi faire de votre argent, en Asie du Sud-est ou ailleurs », plutôt que « les victimes du tsunami ont besoin de vous tout de suite ».
Mais
c’est aussi l’utilisation de ce « trop-plein » qui fait débat. Que
fait-on de la « queue de budget » et va-t-elle être dépensée
efficacement ? Ce graphique nous montre l’état des dépenses mesurées
par la cour des comptes :

(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)
Il
reste donc 58% de l’argent à dépenser : 52% de ces dons iront à la
reconstruction post-tsunami jusqu’en 2010, et 6% seront affectés à
d’autres causes, avec l’accord des donateurs (s’ils refusent, on les
rembourse, cela arrive, mais comme on le voit sur le camembert, la
restitution est – heureusement – proche de 0%).
La polémique sur les dépenses est triple :
1.
Peut-on utiliser la queue de budget pour la reconstruction des côtes de
l’Asie du Sud-est alors qu’il est probable que les donateurs avaient
l’intention de donner pour de l’aide d’urgence ? Cela me semble être un
faux débat. Toute catastrophe nécessite d’abord des secours, puis une
restructuration. Ne nous plaignons pas d’avoir les moyens de
reconstruire.
2. L’utilisation d’une grande partie de cet
argent pour la reconstruction ne va-t-elle pas au-delà des besoins
vitaux des populations concernées ? Ne fait-on pas du luxe avec de
l’argent humanitaire ? Franchement je n’en sais rien, sauf à dire qu’il
ne faudrait pas hésiter à transférer de l’argent du tsunami pour
d’autres causes, dusse-t-on demander l’autorisation aux donateurs (qui
dans leur immense majorité, acceptent).
3. Les ONG disposant
de ces queues de budget, étant par nature plutôt des spécialistes des
secours d’urgence, sont-elles qualifiées pour la phase de
reconstruction et vont-elles dépenser l’argent efficacement ? C’est la
critique émise par Médecins Sans Frontières, à l’attention en particulier de la Croix Rouge
qui est l’association qui dispose des ressources inutilisées les plus
importantes (4). C’est sûrement un bon point, dont la Croix Rouge se défend.
Une
triple polémique, mais qui ne devrait pas nous faire oublier qu’en la
matière, on préfère avoir des problèmes de riches que des problèmes de
pauvres.
Le marché de l’humanitaire
Cette
critique de MSF à l’encontre de la Croix Rouge nous rappelle aussi que
les ONG sont en concurrence les unes avec les autres : bienvenue sur le
marché de l’humanitaire, où il faut capter le regard du donateur et
donc du média pour récolter les sommes qui n’iront pas aux autres ONG –
pardon, aux concurrents.
Ceci dit, dans la logique que je
défends dans cet article – plus on ramasse de dons, mieux c’est -, la
logique de concurrence est-elle réellement critiquable si elle permet
de multiplier les ressources ?
Non, mais à condition que leur
utilisation soit pertinente. A condition que les vases communiquent.
Qu’on puisse dépenser ces millions d’euros non pas pour des
installations de luxe mais pour faire un petit quelque chose pour, par
exemple, les 30 000 enfants qui meurent chaque jour de maladies
infectieuses, faute de bénéficier d’accès aux soins de base. (5)
Cette polémique invite donc aussi à une réflexion sur l’efficacité de la dépense humanitaire. Marché, quand tu nous tiens…
Vertus et vices de l’image humanitaire
Une
dernière chose a retenu mon attention dans ce débat : le pouvoir de
l’image. J’avais déjà entendu dire que les images des JT en cas de
famine, catastrophe humanitaire…, provoquaient instantanément des élans
de générosité bienvenus. L’image toute puissante était source, certes
d’inéquités (puisque seuls les drames filmés étaient en position de
générer des dons), mais, tout de même, de quelque chose de positif.
Elle permettait de réparer certaines injustices.
Or, au cours du débat de C dans l’air, Sylvie Brunel raconte que le chargé de mission d’Action contre la faim
au Sri-Lanka, dans les premières heures du drame, fait le diagnostic du
besoin essentiel : la purification de l’eau. Purification de l’eau ? Ca
n’intéressera pas les médias, lui rétorque-t-on en France.
Et
ACF de lui envoyer des avions remplis de nourriture, inutiles à la
population sri-lankaise, mais vendeuses pour les télévisions et donc
utiles à l’image d’Action Contre la Faim.
Voilà peut-être le
véritable effet de la concurrence entre les ONG. Et qui vient nous
rappeler que ce n’est pas à l’image de déterminer quelle cause est la
plus juste et quelle victime est la plus nécessiteuse.
(1) Source Libération : « Tsunami : les dons ont-ils fait recette ? », 26 décembre 2005
(2)
214 en provenance des particuliers ; 74 en provenance des
entreprises ou des « autres personnes privées » ; 34 de ressources de
l’Etat.
(3) Géopolitologue, ancienne Présidente d’Action Contre la Faim
(4) 98 millions d’euros, soit 85% des dons qu’elle a reçu à l’occasion du drame
(5) Source Alternatives économiques, "Le tsunami business", février 2005


