Adam Kesher

Médias. Communication. Société.

31 mars 2007

Microsoft, son agence RP et Wired : en toute transparence

Dans les entreprises, on a toujours une anecdote à raconter au sujet de l'e-mail qui est parti à la mauvaise personne. Cette horrible boulette qui vous saisit le ventre quand, après avoir cliqué sur "envoyer", vous vous apercevez que vous vous êtes trompé de destinataire. [Dans le genre pas mal, j'ai une collègue qui a dit à sa cliente "QUELLE CONNE"]

C'est ce qui est arrivé à l'agence RP de Microsoft, Waggener Edstrom, qui a envoyé à un journaliste de Wired, Fred Volgelstein, un briefing de 13 pages... à son sujet. Qui dit entre autres qu'il a un côté fouille-merde et qu'il est lent à la détente.

La suite de l'histoire est disponible un peu partout : Le journaliste découvre le briefing, boucle le papier en cours sur Channel 9 de Microsoft dans Wired, publie un post sur cette affaire de "dossier personnel" sur le blog de Wired.com - le briefing étant lui aussi mis en ligne. Le patron de Waggener Edstrom répond sur son blog. Le rédacteur en chef de Wired, Chris Anderson, donne son point de vue sur son blog. Et l'histoire fait le tour du monde (ou de son monde).

Les différents protagonistes restent calmes. Fred Volgelstein établit avec un parallèle avec son "dossier FBI". Il évoque le malaise personnel de lire ce qui est écrit de désagréable à son sujet, mais ne s'étonne pas de l'existence d'un tel document : "ayant été journaliste pendant plus de vingt ans, j'ai toujours supposé que mes interlocuteurs font autant de travail sur moi que j'en fais sur eux". Ce qui l'étonne, au niveau professionnel, c'est de découvrir une véritable stratégie, impliquant un nombre de personnes dont il n'avait pas idée, établie sur plusieurs mois, pour conduire Wired à écrire sur son papier en cours : l'idée de ce papier avait été distillée plusieurs fois par Microsoft à Chris Anderson dans des rencontres précédentes, sur d'autres sujets.

Le patron de l'agence, Frank Shaw, se lance sur son blog dans un exercice de sémantique (ce n'est pas un dossier, c'est un briefing ; ce n'est pas confidentiel, c'est "pas destiné au journaliste") et un cours de bonnes pratiques RP - où l'on n'apprend rien de particulier. Et oui, un entretien, ça se prépare. Et oui, on se fixe des objectifs. Et la presse a en réalité le même intérêt que l'entreprise : produire un bon papier.

Quant à Chris Anderson, d'abord il a adoré le résultat du travail - le papier de Volgelstein sur Channel 9. Il note aussi l'évolution de la culture de Microsoft - d'une culture historique de contrôle de l'information à une culture de "transparence", qui se traduit notamment par les 3500 blogueurs de l'entreprise. Le briefing, qui l'impressionne, est pour lui un contrepoint à cette culture d'ouverture. C'est l'illustration de la co-existence des deux cultures chez Microsoft. Et s'interroge, comme Volgesltein, sur le degré de manipulation dont il a fait l'objet. Etait-ce le papier qu'il a voulu, ou le papier qu'on a voulu qu'il veuille ?



Il y a trois choses qui m'intéressent dans cette histoire :

- Il n'y a pas, en réalité, de polémique entre les journalistes de Wired et les communicants de Microsoft. Ce sont d'autres, comme Libé en France qui, non sans mauvaise foi, font semblant de découvrir les dessous des relations presse ("quand Microsoft manipule un journaliste"... "Les personnes interviewées étaient très préparées et disposaient même d’un briefing sur la personnalité du journaliste"... "Le patron de waggener Edstrom tente sur son blog de minimiser toute l'affaire"...).

On est certes en plein dans les mystères et les paradoxes des relations médias, où entreprises / agences d'une part et médias d'autre part, sont tour à tour complices et ennemis, se cherchent et s'évitent. En l'occurrence, l'histoire est plus étonnante pour le grand public que pour Wired, Microsoft ou Waggener Edstrom. L'existence d'un document de briefing ou d'une stratégie de com n'a pas surpris Wired. Mais y a-t-il une forme de manipulation ?

Je vois en fait assez mal cette manipulation serait possible. Pour suggérer un angle ou un papier à un journaliste, il faut bien que le porte-parole de Microsoft dise "ce qui est intéressant par ailleurs, c'est Channel 9...". Une fois que l'idée est lâchée, c'est le journaliste qui en bon professionnel, sait si le sujet l'intéresse ou pas.

En l'occurrence, l'histoire de Channel 9 devait être assez intéressante à ses yeux pour qu'il la prenne. C'est peut-être juste un peu moins lourd de dire "nous comptons beaucoup sur Channel 9" que "il faut vraiment que vous fassiez un sujet sur Channel 9". C'est l'histoire que Chris Anderson a voulu. Et c'est aussi l'histoire qu'on a voulu qu'il veuille. Les deux mon capitaine.

Et on peut se demander si ce n'est pas Wired qui manipule, en disant que le briefing est mis en ligne par esprit de transparence : n'est-ce pas là une façon de faire mal plus par la méthode que par les mots ?



- la position de Microsoft. Microsoft est au coeur de l'histoire mais en dehors du débat. Les papiers des protagonistes sont ceux de Wired et de Waggener Edstrom. Microsoft reste en dehors de la discussion, c'est son agence qui parle pour lui.

Et vous savez quoi ? C'est une stratégie, concertée entre Microsoft et Waggener Edstrom. Objectif : couper court aux vélléités de polémique. Moyen : banaliser le document et plus généralement les pratiques RP. Prise de parole : Waggener Edstrom, à la fois pour rattraper sa boulette et protéger Microsoft. Action : réponse sur le blog du patron, pas de communiqué officiel. Pourtant, Microsoft est aussi le propriétaire du document et le co-producteur de cette stratégie de communication soudain mise à nu.


- le résultat pour Waggener Edstrom. Je ne sais pas ce qu'il est advenu du malheureux qui a cliqué sur "envoyer", mais je serais client ou annonceur de Waggener Edstrom, je resterais chez eux.

Le briefing - et c'est un point relevé pas les journalistes - est particulièrement abouti. Il couvre de nombreux aspects de contexte et d'analyse, comporte de bons conseils d'attitude et de discours, identifie précisément les risques, démontre une connaissance particulièrement poussée de Microsoft et de Wired. [j'adore le passage qui dit que Fred Volgestein a du mal à se mettre en tête qu'il puisse y avoir des initiatives de Microsoft qui ne soient pas directement le fait de Steve Ballmer ou de Bill Gates - tellement typique des journalistes qui pipolisent l'entreprise]

Ils pourront
maintenant parler d'eux comme de "l'agence qui a conçu le briefing qui a impressionné Wired". Ou comment transformer la crise en opportunité.


En tout cas, voilà au moins un briefing presse qui aura été lu.

  
 

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30 mars 2007

Un trimestre de cinéma

Confidence : je me suis acheté une carte UGC illimité en début d'année. Pour 18 euros par mois, je vais dans les salles UGC et partenaires autant que je veux, à partir du moment où je suis arrivé une heure avant pour avoir de la place et où je reste poli avec les mangeurs de pop-corn. Et j'en profite, je suis le meilleur client de l'UGC Ciné-Cité Les Halles (tant qu'à aller dans un multiplex, autant aller dans une salle... intimiste) et du Max Linder Panorama (cette salle, c'est la vraie classe. Sauf que le pop corn y est autorisé).

Bon, je sais, c'est très mal, ça ne fait pas vivre le cinéma indépendant. Mais on peut voir les choses du bon côté : si tout le monde rentabilisait sa carte comme moi, UGC ferait faillite et les cinémas indépendants pulluleraient. Bilan d'un trimestre de ciné, en toute inutilité : le blog d'Adam Kesher invente les critiques des films qui ne sont ni à l'affiche, ni à la location, ni à la vente, ni à la télévision.


holidayThe holiday **
Un très bon film de filles. Si, si. Bon, sauf la fin, vraiment trop niaise, ok. Mais il y a Kate Winslet.









WWWWhat a wonderful world *
Un film original, silencieux, contemplatif, tout en subtilité. Mais pas un beau film. Et encore moins un grand film.








hollywoodlandHollywoodland *
Un casting ambitieux qui masque un film ennuyeux. Des choix scénaristiques courageux, mais qui ne parviennent pas à créer l’émotion. Sitôt vu, sitôt oublié.








cashbackCashback ***
Un beau film, original, poétique et drôle, esthétique et enchanteur. Une vraie cure de jouvence, une des meilleures surprises de ce début d’année (et avec des jolis filles nues en plus).








inland_empireINLAND EMPIRE °
Certes, les films de Lynch sont des expériences sensorielles avant d’être des films. Certes, on ne pouvait pas ne pas attendre de Lynch qu’il se réinvente complètement après un chef d’œuvre comme Mulholland Drive. Certes, il est admirable de faire entrer à ce point le happening d’art contemporain dans les salles de ciné. Mais tout le problème, c’est justement que ce que j’aime, c’est le ciné ; pas l’art contemporain. On se consolera avec The Air Is On Fire à la Fondation Cartier.





lamomeLa môme ***
Vie, œuvre, gloire et décadence d’Edith Piaf en mode random. Un film finalement assez classique qui repose sur l’interprétation de Marion Cotillard et sur l’histoire de Piaf, qui se suffit à elle-même pour créer l’émotion. Sans complaisance excessive et avec quelques scènes d’anthologie (la mort de Cerdan). Un produit ready-made pour les césars.






bobbyBobby **
Croisement de destins, le temps de quelques heures, dans l’hôtel où sera assassiné Bob Kennedy. Un casting de film multimillionnaire sur lequel on aurait tort de s’arrêter. L’intérêt principal du film réside dans son mode narratif altmanien et la reconstitution d’une époque : le projet de saisir l’air d’un temps. Mais qui ne devrait pas résister fortement à l’épreuve du temps.






little_childrenLittle Children ****
Chronique du mal-être dans une banlieue américaine, où les apparences sont trompeuses et les malades ne sont pas forcément ceux qu’on croit. Un sujet souvent traité en littérature ou au cinéma (Short cuts, American Beauty) et toujours efficace. Des personnages tout en nuance. Admirable.







bugBug **
Plongée en huis-clos halluciné dans la folie extraordinaire d’un couple. Alors que la première partie du film installe subtilement la tension psychologique, créant une proximité avec le spectateur, le basculement dans la folie, dans laquelle on plonge en sautant les étapes, fait exploser cette proximité, repoussant le spectateur en dehors du film. C’est le pari risqué de Friedkin, qui, à la façon de Polanski dans le Locataire, fait du schizophrène le personnage principal du film – quitte à flirter avec le ridicule. Du cinéma comme on en voit rarement, mais qui ne méritait pas autant l’enthousiasme de l’intelligentsia de Télérema et des Inrocks.



Iwo_JimaLettres d'Iwo Jima ****
Le miroir de « Mémoires de nos pères », ou comment l’idée simplissimiste, donc génialissime, d’Eastwood – raconter la même bataille du point de vue des deux bélligérants – nous touche au cœur. Ici la trame est celle d’une défaite annoncée et le thème celui de l’Honneur et de la lâcheté… avec la même perfection esthétique que celle du premier volet.






laviedesautresLa vie des autres ****
Vous n’en aviez pas envie et moi non plus. Et pourtant on ne s’ennuie pas une seconde et c’est le meilleur film de l’année. Un thriller psychologique sur fond de drame politique. Une exploration du voyeurisme, de la conscience personnelle et de la résistance. Et une brillante façon de revisiter une histoire européenne récente.






infiltresLes infiltrés *
Moins bon que l’original, Infernal Affairs ; beaucoup moins bon que les Scorsese narrés sur le même principe (les Affranchis, Casino…) ; truffé d’invraisemblances ; obligeant à supporter Leonardo di Caprio pendant 2h30… Scorsese a enfin trouvé la recette de l’oscarisation : Il suffisait de décevoir. A propos de Scorsese, son meilleur film, et sans discussion possible, c'est celui-ci.







comebackLe Comeback *
5 minutes d’anthologie avec la transformation de Hugh Grant en Andrew Ridgeley, le temps d'un clip fabuleusement années 80 qui ouvre le film. On peut partir juste après le générique ; attendre le passage télé ; ou juste réécouter Wham.








18744346Ensemble, c'est tout **
Tellement... français. Ni terriblement jubilatoire, ni terriblement émouvant, mais un bon film, quoi. Qui vaut surtout par la qualité générale de l'interprétation.

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29 mars 2007

La dictature des smileys

J'ai pris une décision grave : j'arrête les smileys. Dans mes posts, dans mes mails, partout. Y'en a marre des smileys. Les smileys, ça ne respecte pas l'intelligence des gens. Mettre un smiley, c'est comme de dire à quelqu'un : "t'as bien compris que j'ai fait une blague, hein" ou "naaaaan, j'déconne". Je ne connais personne qui soit drôle en disant qu'il est drôle. Le smiley, c'est la négation du deuxième degré, de cette délicieuse ambiguité qui fait tout le charme du propos. Le smiley, c'est pas fin. Le smiley, c'est beauf. Pourquoi on ne pourrait pas faire d'humour à froid à l'écrit ? Alors, vous allez me dire : c'est pas que pour les blagues, c'est aussi pour adoucir un propos quand ça risquerait de chauffer, parce qu'on n'a pas envie de se fâcher. Ou c'est pour répondre un truc à quelqu'un pour montrer qu'on a apprécié, quand on sait pas quoi dire. C'est pour être sympa, c'est tout. Oui. Mais on s'en fout. Les smileys, c'est le cache-misère de la pensée, on met des smileys quand on sait pas quoi dire. Essayez de passer une journée sans smiley, vous allez voir, ça va vous obliger à être beaucoup plus créatif. A prendre des risques. A inventer une nouvelle façon de s'exprimer. Halte aux smileys. Est-ce que vous souriez quand vous faites un smiley ? Non ? Alors pourquoi faire des smileys ? A quand la "journée sans smileys - recommandé par des influenceurs" ?

PS : En même temps, faudrait pas que ça nous ramène au point d'exclamation partout. C'est horrible, les gens qui mettent des points d'exclamation partout. Je me suis rendu compte à quel point je détestais Messier en lisant son bouquin (c'était il y a fort longtemps) : il y avait des points d'exclamation partout. Pouark. Halte aux points d'exclamation.

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28 mars 2007

C'est bon

Ca ne m'arrive pas souvent de me sentir totalement en phase avec un article de presse. De commencer à lire un article, de me dire "oui", puis, deux lignes plus loin "oui, oui", puis, à la fin du deuxième paragraphe, "encore", et oui et ouiiiii et encore et encore, j'adore, vas-y. Et d'en sortir essoufflé, lessivé, surpris, jubilant. Et de relire, relire et relire, jusqu'à vider le papier de sa substance, jusqu'à ne plus rien sentir. De se dire que l'auteur est génial, génial d'avoir aussi bien compris ce que je ressentais, sans l'avoir théorisé, d'avoir su dire très exactement ce que j'avais besoin d'entendre à ce moment là.

L'autre jour, ça m'est arrivé.

Mais non, il n'était pas question de politique, de société, d'actualité ou même de sport.

7911C'était dans Voici. Le toujours excellent Voici.
L'auteur, c'était Yann Moix.
Le sujet, c'était Stéphane Guillon.
Le principe, c'était d'atomiser Guillon. Et ça c'est bon, parce que Stéphane Guillon, rien que de le voir, même sur une affiche, ça me met hors de moi.

Je vais donc user de mon droit de citation pour tenter de vous faire partager ma jubilation :

"J'aime beaucoup Stéphane Guillon. Comme les contrôleurs SNCF ou RATP, comme les inspecteurs de l'Urssaf ou les huissiers. Il exerce, pour subvenir à ses besoins, une profession de méchant (...) Il est devenu cruel en échange d'une fiche de paie (...) Mais on sait bien, Sartre l'a écrit, qu'un contrôleur, une fois endossée sa panoplie avec casquette et petite sacoche, finit par se prendre pour un contrôleur (...) Il y a 4 sortes d'humoristes : 1. les gentils sans talent, 2. les gentils avec talent, 3. les méchants avec talent, 4. les méchants sans talent (les aigris) : (...) Stéphane Guillon, donc. L'écueil de la méchanceté sans talent (...) c'est qu'elle est à l'humour ce que la masturbation est à l'amour : attendue, mécanique, répétitive, sans surprise. on devine tout à l'avance chez Guillon : qu'il s'en prendra à la niaiserie de Lalanne, aux seins refaits de Loana, à la boboterie de Vincent Delerm, à la beauferie de Bigard, à l'arrivisme de Sarkozy (...), à l'académisme de Jean d'Ormesson (...), au nombrilisme de Christine Angot. Stéphane Guillon est une sorte de loi de l'attraction : quand tu lâches une pomme, hop, inéluctablement, elle tombe. C'est prévu. C'est prévisible. Eh bien, quand Guillon lâche un nom, hop, on sait où ce nom va atterir, dans quelle case, avec quel calembour, sur quel ton. Guillon est l'inventeur de l'humour newtonien (...) C'est pourquoi il me fait tant de peine quand il s'escrime à attaquer des gens qui ne lui ont rien fait. et qui, lorsqu'ils osent lui répondre, mettent Stéphane dans une rage folle : en effet, la répartie, il ne sait pas faire, ce n'est pas écrit, ce n'est pas prévu, il n'est pas payé pour ça (...)"

Le contrôleur RATP, c'est exactement ça. Le méchant sans talent, c'est exactement ça. L'humour newtonien, c'est exactement ça. Stéphane Guillon, c'est exactement ça.

Voilà, c'était un coup de coeur pour un coup de gueule. Je ne sais pas vous, mais cette prose, j'adore.


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L'exception française

"Le seul pays au monde où on a 3 candidats trotskistes". "Le seul pays au monde où on ne met pas les drapeaux au fenêtres le jour de la fête nationale". "Le seul pays au monde où on subventionne la polygamie". "Le seul pays au monde où le Ministre de l'intérieur n'a pas le droit de se rendre en banlieue". "Le seul pays au monde où des parents en situation irrégulière se servent de la scolarisation de leurs enfants pour se faire régulariser". "Le seul pays au monde où on fait la grève avant de discuter". "Le seul pays au monde avec un tel niveau de prélèvement obligatoires et de dettes". "Le seul pays au monde où le communisme a encore un avenir". "Le seul pays au monde où la politique est une carrière". "Le seul pays au monde qui a fixé autoritairement des limites légales et obligatoires au temps de travail, avec les 35 heures et la retraite à 60 ans". "Le seul pays au monde où les motos sont bridées à 100 chevaux sans fondement". "Le seul pays au monde où la préférence nationale est interdite". "Le seul pays au monde où les hauts fonctionnaires ont droit de grève". "Le seul pays au monde à empiler autant de structures décisionnelles". "Le seul pays au monde qui croit pouvoir échapper au lois de l'économie marchande". "Le seul pays au monde où les hommes politiques corrompus font une carrière de 50 ans". "Le seul pays au monde à avoir codifié en droit la théorie de l'inégalité des races". "Le seul pays au monde où un collégien ou un lycéen coûte plus cher qu'un étudiant". "Le seul pays au monde à avoir une définition de l'échalote". "Le seul pays au monde où l'on apprend à détester son pays". "Le seul pays au monde où les syndicats de l'enseignement nomment des professeurs". "Le seul pays au monde où les autorités de santé prétendent que les suppléments vitaminiques journaliers sont dangereux". "Le seul pays au monde à avoir refoulé le nuage radioactif à sa frontière". "Le seul pays au monde à avoir nommé Ministre une personne condamnée pour blanchiment". "Le seul pays au monde où le Ministre de l'intérieur s'affiche ostensiblement avec un mec à la coke et un autre à la beuh". "Le seul pays au monde qui n'a pas le droit de décider qui est sur son territoire". "Le seul pays au monde à subventionner un parti trostkiste révolutionnaire". "Le seul pays au monde où l'on négocie la loi". "Le seul pays au monde à fournir des armes à l'Afrique du sud". "Le seul pays au monde où on ne travaille que 35h par semaine". "Le seul pays au monde où la sécurité est confiée à des sociétés privées". "Le seul pays au monde à miser autant sur le nucléaire". "Le seul pays au monde où le mot libéral constitue un tabou absolu". "Le seul pays au monde où l'auteur d'un coup de boule est fêté en héros". "Le seul pays au monde à avoir vu ses exportations baisser". "Le seul pays au monde qui confie 80% de sa recherche à des fonctionnaires".........................................................


La France est vraiment le seul pays au monde à se plaindre d'être seul au monde.


PS : dans le genre "analyse sémantique de campagne", lire Lorenzo sur "les grands absents de la campagne".

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27 mars 2007

Créer se conjugue au présent

arton1133"Résister se conjugue au présent", disait Lucie Aubrac.


"Résister, c'est créer ; créer, c'est résister", nous disaient les résistants dans leur appel (superbement ignoré des médias à l'époque, mais comment aurait-il pu en être autrement, puisque cet appel les mettait justement en cause).


Conclusion : créer se conjugue au présent. CQFD.

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L'actualité du cinquième pouvoir

J'ai manqué, à regret, les premières recontres du 5ème pouvoir organisées par Agoravox samedi dernier  à Saint-Denis (la ville où la France est devenue championne du monde). Je n'ai pas vu beaucoup de vrais compte-rendus pour le moment.

Les premières hésitations du cinquième pouvoir ?

Certains échos me disent que les débats sont restés un peu trop en surface et que le "cinquième pouvoir" ressemble encore trop à une agrégation de complotistes et de fantaisistes - ou en tout cas que ces catégories-là sont trop représentées par rapport aux citoyens qui ont envie de construire quelque chose avec le web.

L'occasion de signaler deux bons billets sur le concept de cinquième pouvoir, l'un de José, qui décrit un éclatement des pouvoirs et une absence de dénominateur commun entre les cinquièmes pouvoirs ; l'autre de Cyril Lemieux, sociologue spécialiste des médias, qui rappelle notamment que le cinquième pouvoir est aussi dépendant des quatre premiers que les quatre premiers le sont entre eux. Et au passage, une petite contribution de ma part sur la notion de cinquième pouvoir, qui a mon sens ne réalise toujours pas les conditions qui lui feraient mériter cette appellation, ici.


ouvrage_collectifAgoravox 2007, l'irruption du bouquin de Carlo dans les librairies

Et puisqu'on est dans le sujet cinquième pouvoir, je ne pouvais pas ne pas signaler la parution de l'ouvrage collectif coordonné par Carlo Revelli, et dont je fais partie des heureux auteurs (via la reprise de ce billet) : "Présidentielles 2007, l'irruption des internautes dans la campagne". Il peut être commandé ici ou être acheté en ligne et même dans des vraies librairies. Good luck !


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26 mars 2007

La flemme paie

Mon dillettantisme d'écriture, ces dernières semaines, n'a eu aucun impact négatif sur la fréquentation de ce blog. Au contraire, mes stats n'ont jamais été aussi bonnes. La preuve :

stats

Les stats décollent le 28 février, jour où je ne publie pas. Elles restent élevées - par rapport à l'habitude - alors que je n'écris pas une seule fois jusqu'au 19 mars. Elles battent leur record de tous les temps le 10 mars (un samedi), jour où c'est le désert total ici.

Excitation subite autour d'un blog souvent classé "politique" ? Non, évidemment. L'immense majorité des visites provient de recherches sur mot-clé, dont voici un échantillon :

mots_cl_
Cliquer pour agrandir.


(Je vous rassure, les recherches sur "média-dépendance" et "les conditions du cinquième pouvoir", c'était moi.)

Blog politique ou blog porno ? Je devrais réfléchir à ma vocation véritable. Ah, joies et mystères des algorithmes de Google... ou des stats des hébergeurs ?

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25 mars 2007

Fiche de lecture : « Qui connaît Madame Royal ? »

Pour un anti-ségoléniste primaire comme moi, la lecture de « Qui connaît Madame Royal ? » s’imposait.

madameroyal



« Qui connaît Madame Royal ? », c’est, vous le savez, le (petit) bouquin d’entretiens d’Eric Besson, l’ancien secrétaire national à l’économie du PS, démissionnaire depuis le 14 février, avec Claude Askolovitch du Nouvel Observateur, sorti cette semaine.

Un livre polémique : « je ne voterai pas pour Ségolène Royal (…) Je pense, en conscience, que Ségolène Royal ne doit pas devenir Présidente de la République. Je ne le souhaite pas pour mon pays. Je le redoute pour mes enfants (…) ce qui construit Ségolène Royal dans cette campagne présidentielle est mensonger et dangereux (…) ».




besson_hollandeHaute trahison à l’intérêt supérieur du socialisme pour les uns, sortie courageuse d’un homme intègre et fidèle à ses idées pour les autres... Basse entreprise de déstabilisation ou nécessaire purge ? Eric Besson, collaborateur ou résistant ?

Chacun se fera une idée et je connais trop mal la vie et l’œuvre du député de la Drôme pour me risquer à le glisser dans une ou l’autre de ces catégories. Ce qui me semble certain, c’est que son pamphlet est celui d’un homme blessé, susceptible, certainement pas immodeste, mais certainement rigoureux. Que ce bouquin ait été guidé par une foi en des idéaux, une croyance en l’intérêt général, ou bien par une ambition personnelle à géométrie variable, je ne saurai le dire.



« Qui connaît Madame Royal ? » : inutile de penser que l’on va y trouver un portrait approfondi de la candidate socialiste – la question induisant la réponse. Non, évidemment, on ne la connaît pas.

Le bouquin est assez largement alimenté par des perceptions assez courantes sur Ségolène Royal, sur lesquelles il ne me semble pas particulièrement utile de revenir en détail ici (lire la critique d'Authueil). En un mot, il s’agit du procès en incompétence – à tort ou à raison. L’originalité étant que ces critiques sont formulées par un homme de l’intérieur, non par un adversaire, un journaliste ou un commentateur « indépendant », ce qui appuie a priori la crédibilité du propos.

Au-delà donc de l’eau apportée au moulin de l’incompétence de Ségolène Royal – qui ravira les antiségolénistes et révulsera ses partisans, trois éléments ont retenu mon attention :


1.   Le « management » de Ségolène Royal

La principale critique personnelle émise par Eric Besson à l’encontre de Ségolène Royal relève de son mode de management. Le mot « management » n’est pas écrit dans le livre (puisqu’on est dans le politique, un mot emprunté au vocabulaire de l’entreprise est forcément un gros mot), mais c’est bel et bien d’une critique de son système de management qu’il s’agit.

Eric Besson dénonce ainsi la supercherie des débats participatifs : les décisions sont prises de façon autocratiques, sans concertation avec le parti. Les annonces sont improvisées au gré de l’inspiration de la candidate, les dirigeants socialistes et porte-parole les découvrant dans la presse et n’ayant d’autre choix que d’expliquer aux journalistes ce qu’ils n’ont pas eux-mêmes compris. Un exemple qui me semble parlant :

« (...) quand Ségolène affirme qu’elle instaurera la gratuité des soins pour les enfants de moins de seize ans, personne ne sait de quoi il s’agit. Parle-t-on de tous les enfants, des familles nécessiteuses uniquement ? Cela va coûter 1 ou 20 milliards ? On l’ignore. Personne n’en a discuté. Et nous devons pourtant écrire, répondre quelque chose (…)  Finalement, c’est Jean-Pierre Davant, le président de la Mutualité Française, qui nous a sauvé la mise en proposant une interprétation : la gratuité pourra s’appliquer aux enfants de parents bénéficiaires de la CMU (…) ».

Improvisation permanente, absence de concertation, amateurisme, méconnaissance des dossiers et entretien volontaire du flou artistique font ainsi partie des griefs d’Eric Besson. Une réalité de management qui semble assez crédible vu de l’extérieur – en témoignent les innombrables bourdes, revirements, annonces démenties-mais-pas-vraiment-démenties-puis-finalement-oubliées qui ont rythmé jusqu’ici la campagne de Ségolène Royal.

Raccourci de l’évolution récente du parti socialiste, cet extrait : « Jospin, qui n’était pas spécialement un tendre, n’aurait jamais fonctionné ainsi. Il tranchait, en toute autorité. Mais avant, il entendait tout le monde, les avis se confrontaient. Publiquement ! Ségolène, elle, décide, même pas en majesté, mais dans des inspirations quasi-divines. Le verdict tombe par surprise, et il faut s’y adapter ».

Une réalité de management assez peu compatible avec la nature et la vocation d’un grand parti politique français, qui se veut un exemple de démocratie - en particulier depuis l’organisation de ses primaires. Primaires démocratiques, dont le paradoxe semble être qu’elles ont favorisé la prise de pouvoir d’un système monarchique.


2.   Les criques de fond.

A partir du moment où Besson dénonce une absence d’idées et une volonté de ne surtout pas prendre des positions fortes, de façon à se ménager des portes de sorties, les critiques de fond sont forcément moins nombreuses, construites ou argumentées que la critique du management elle-même.

Mais elles existent et, de façon intéressante, portent sur l’anti-progressisme de Ségolène Royal. C’est là un point commun entre les deux rebelles socialistes déclarés, Claude Allègre et Eric Besson : l’un comme l’autre reproche à Royal son refus du progrès, qui pour eux est constitutif de la philosophie de gauche :

« (...) elle est fondamentalement dans la société post-industrielle, la précaution absolue à l’égard du progrès technologique, le rejet instinctif de l’industrie (…) Le parti socialiste, poussé par les Verts, par une partie de l’extrême gauche, tourmenté par ses propres démons internes, et entraîné joyeusement par ségolène Royal, est sur quantité de sujets en train de basculer vers l’obscurantisme (…) »


3.   Le fonctionnement interne au parti socialiste.

Cette question dépasse évidemment, et de beaucoup, celle de Ségolène Royal. Mais la lecture des entretiens vient aussi nous faire regretter que la parti socialiste n’ait à aucun moment opéré la mue qui aurait dû s’imposer après le 21 avril 2002.

Le fonctionnement décrit par Besson est celui d’un parti désorganisé, où le pouvoir de l’image prime sur celui des idées, dont le discours n’est pas un discours d’analyse et de conviction, mais de justification a posteriori de décisions sans queue ni tête, résultat du jeu politicien. Bref, un parti politicien plutôt qu’un parti politique. En cela, le PS a manqué la seule occasion que lui donnait le 21 avril : celle de se repenser.


Naïveté ou cynisme

Besson s’interroge sur la naïveté ou le cynisme de Ségolène Royal, quand elle invente les débats participatifs. On peut s’interroger à notre tour sur la naïveté ou le cynisme d’Eric Besson, qui brandit des idéaux au nom de cette charge en bonne et due forme. Naïveté ou cynisme ? Il n’est cependant pas inutile de le lire. A l'oral, je dis que le bouquin est "pas inintéressant".

Même si on devine à l’avance une partie de l’argumentation. Même si on regrette que le démontage ne soit pas plus méthodique. Même si on n’est pas totalement au clair sur les intentions de Besson. Celui qui nourrit une certaine aversion pour la duchesse de Poitiers sera complètement conforté ; celui qui la soutient jouera la carte – bien connue - de la victimisation.

Quel sera l’impact de « Qui connaît Madame Royal ? » ? Bien malin qui pourra le dire. Je ne suis pas loin de penser qu'il ne fera finalement que conforter les convictions des alliés (Royal est une victime), comme des anti (Royal est incompétente). Besson étant un inconnu auprès du grand public, son bouquin peut-il avoir un impact au-delà des microcosmes ?

En tout cas, Besson se veut militant anti-Royal : « je m’exprimerai plus fort si les sondages lui sont favorables. Et je baisserai d’un ton s’ils lui sont défavorables ». En se faisant le héraut du mieux - et non pas du moins pire : « je préfère voir le PS obligé d’opérer enfin sa mue et devenir un parti réformiste assumé, plutôt que de risquer l’embolie pour mon pays ».


medium_nouvel_obsnouvel_obs_cover_segoleneUn mot sur Claude Askolovitch pour conclure. Il peut être étonnant que l’un des principaux journalistes politiques de l’un des principaux soutiens à Ségolène Royal (le Nouvel Obs) devienne partie prenante dans ce qui s’avère être – quelles que soient les intentions réelles – une entreprise anti-Royal.

Mais il faut noter que le questionnement d’Askolovitch ne met pas toujours Besson en situation facile et invite, justement, à s’interroger sur les intentions de ce dernier. Quoi qu’il en soit, la participation de Claude Askolovitch à cette initiative est un signe, non pas d’indépendance, mais de pluralisme d’opinions.

Posté par adam kesher à 01:42 - 3. société - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19 mars 2007

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Demain paraît le premier roman de Norbert Balcon, En route vers le clochard. Je lui souhaite tout le succès qu'il mérite, après les déboires qu'il a pu connaître dans ou en dehors de la blogosphère, à cause de l'ESJ Lille ou pas.

Nous ne nous sommes jamais rencontrés mais ça me fait très plaisir, et tout drôle à la fois, de voir que l'un des premiers blogueurs que j'avais découverts (complètement par hasard, en cliquant sur la liste des derniers blogs actualisés de canalblog) entre dans la catégorie "écrivain".

Une chose est sûre : ce Vol au-dessus d'un nid de coucou français révèle une plume acérée qui ne vous laissera pas indifférent. Pour tous ceux qui aiment être dérangés.

Posté par adam kesher à 08:00 - rien de tout ça - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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