19 mai 2007
Nike entre à l'Elysée
(cliquez pour agrandir)
Chaussures, chaussettes, short : Nike est entré en force à l'Elysée avant-hier. Ce n'est pas très économiquement patriote, mais après tout peut-être que le patriotisme économique a vécu. Je me demande sérieusement ce qu'ils en disent chez Nike... Le Président de la République en Nike, n'est-ce pas une date dans l'histoire des marques ?
En tout cas, je verrais bien Puma, avec sa stratégie de soutien des petites équipes, se rabattre sur Hollande et le P.S.
16 mai 2007
Cul toujours, tu m'intéresses
Je dois avouer ma fascination pour le clip d'Alex Gaudino feat. Crystal Waters, que l'on voit régulièrement sur les chaînes musicales. Ce n'est sans doute pas une innovation majeure de la "culture cul" de notre société (Pierrot le fou disait en 1965 qu'on est dans la société du cul), mais je crois que rarement un clip s'était inspiré aussi explicitement des codes de la pornographie (1).
On a l'habitude des clips de RnB où la femme 3/4 dénudée danse lascivement en se frottant à l'homme, mais là il y a quelque chose de différent. Là où le RnB me semble avoir développé ses propres codes, c'est plutôt chez Marc Dorcel que le clip de Gaudino va chercher son inspiration (tapes sur les fesses, majorette qui lèche sa trompette, qui s'asperge le visage et le buste d'eau, plans sur les culottes des majorettes, séquence orgiaque où les majorette saôules s'abandonnent à leurs instruments, mais aussi la fugitivité des visages et l'absence de l'homme).
Et que voit-on ? C'est un carton sur Internet, royaume du cul, et notamment sur Daily Motion où la vidéo est postée des dizaines de fois et a été vue, quand on met bout à bout toutes les vidéos, plus de 500 000 fois. Il faut lire les commentaires de la vidéo la plus vue (425 000 fois à cette heure), c'est un grand moment d'apprentissage sur le langage SMS... Evidemment la vidéo est essentiellement commentée par des mecs (et la musique, soupe dance de niveau à peine moyen, plaît) mais on surprend aussi quelques nanas (même s'il faut se méfier du sexe des internautes) à dire leur kiff. Je crois que je commence à comprendre ce qu'on veut dire quand on dit que les ados d'aujourd'hui veulent ressembler à des pornstars.
Par ailleurs il est amusant de constater que la version du clip diffusée sur M6 (ce matin) est très édulcorée, aucune des séquences sus-citées dans ce billet n'apparaissant - on y a enlevé tout ce qui suggérait la pornographie. Je serais curieux de savoir quelles chaînes diffusent quelles versions du clip et si elles font une différence selon les heures... c'est toujours un moment d'apprentissage sur la culture télévisuelle.
(1) Edit : souvenons-nous aussi de "Satisfaction" de Benny Benassi dont le clip est dans toutes les mémoires.
09 mai 2007
Time magazine sur les personnes "les plus influentes"
Pour sortir un peu du sujet Présidentielles, une lecture agréable et disponible en ligne : celle du Time de cette semaine, consacré aux "Most Influential People in the World" : les 100 personnes les plus "influentes" du monde selon le magazine américain.
Au-delà du double artifice nécessaire à l'exercice (1. c'est quoi l'influence ? 2. les "personnalités" sont-elles vraiment influentes, ne serait-ce pas plutôt les gens de terrain qui changent le monde, comme le démontre Thierry Crouzet dans son chapitre du Cinquième Pouvoir consacré à la bataille de Borodino), au-delà des choix d'individus forcément contestables, la lecture est plaisante et ouvre l'esprit à des combats ou des sujets plus ou moins inattendus. On y retrouve au hasard Al Gore pour son combat contre le réchauffement de la planète (mais est-il justement influent ??), Chris Anderson pour la théorie de la Long Tail, Gary Kasparov qui oeuvre pour la démocratie, Warren Buffett qui s'est débarrassé de sa fortune...
Et pour revenir un peu à notre nombril franco-français, on remarquera deux choses :
- la catégorie "leaders & revolutionaries" ne comprend aucun Français (signe des temps ou problème de bouclage par rapport à l'élection ???). Les heureux élus sont : Barack Obama, Condoleezza rice, John Roberts, Raul Castro, Nancy Pelosi, Michael Bloomberg, Ali Khamenei, Hillary Clinton, Hu Jintao, Oussama Ben Laden, Angela Merkel, Benoît XVI, Sonia Gandhi, Liu Qi, Omar Hassan al-Bashir, Elizabeth II, le roi Abdallah, Peter Akinola et Arnold Schwarzenegger - voilà une bonne occasion de réviser sa géopolitique internationale
- seuls deux Français font partie de cette liste de 100 personnes : Thierry Henry (mais non, pas vraiment pour ses qualités de footballeur, mais plutôt pour son action contre le racisme(1)) et Bernard Arnault
Simple anecdote ou signe que la France doit reconquérir son prestige ?
(1) via Stand Up Speak Up - dont le site a d'ailleurs disparu derrière celui de Nike et dont le bilan semblait dès le départ mitigé
08 mai 2007
Les élections dans la presse anglaise
J'étais à Londres ce week-end et c'est de là-bas que j'ai vécu le deuxième tour de l'élection présidentielle. L'occasion de regarder "notre élection" vue par nos cousins d'outre-manche et de relever quelques verbatims (1) qui me semblent intéressants, éclairants ou révélateurs, sur différents sujets. Pour s'apercevoir que Sarkozy est assez largement perçu comme un protectionniste qui ne sera pas nécessairement l'ami de la Grande-Bretagne...
Sur le libéralisme
"Bien que ce soit un Président de centre-droit qui remplace un autre Président de centre-droit, M. Sarkozy, 52 ans, représente une droite beaucoup plus dure, beaucoup moins consensuelle, mais aussi beaucoup plus protectionniste." (John Lichfield, The Independent, voir ici).
"Il s'est déclaré 'européen convaincu', mais a appelé les autres gouvernements européens à 'entendre le cri des peuples qui veulent être protégés... et voient dans l'Union européenne le cheval de Troie de toutes sortes de menaces'. Ce fut un avertissement clair - et pas le premier - que la politique de M. Sarkozy irait dans le sens d'une politique européenne protectionniste en matière de commerce et d'immigration." (John Lichfield, The Independent, voir ici).
"Il ne suivra pas la doctrine du laisser-faire en vigueur en Grande-Bretagne et aux USA dans les années 80. L'Etat tient d'une main ferme la politique industrielle, intervenant pour soutenir les entreprises Françaises dans les secteurs-clé et conservant un large secteur public. M. Sarkozy va également au conflit avec l'Europe avec son projet d'imposer des barrières sur les importations d'origine extra-communautaire." (Charles Bremner, The Times, voir ici)
Sur les relations internationales
"Le programme de M. Sarkozy comporte des ressemblances avec "l'agenda thatcherien" des années 80 : baisse d'impôts, réforme des syndicats et recul de l'Etat bureaucrate. mais la ressemblance s'arrête là. Bien qu'il parle de rupture avec le passé, il n'a pas abandonné la traditionnelle croyance gaulliste en l'importance de l'Etat. Il croit à l'identification et au soutien des champions industriels. Il veut que l'UE protège les industries de la concurrence supposée déloyale de la Chine et d'autres pays en voie de développement. Il veut se dégager de l'indépendance de la Banque Centrale Européenne et persuader d'autres Etats européens de faire pression à la baisse sur l'euro. Dans tous ces cas, il est susceptible d'aller au clash avec d'autres gouvernements européens, en particulier celui de Gordon Brown". (John Lichfield, The Independent, voir ici).
"L'arrivée de M. Sarkozy à l'Elysée peut laisser présager une amélioration des relations avec Londres et Washington, mais la pratique du langage de l'atlantisme par M. Sarkozy peut s'avérer décevante. Il a les yeux braqués sur la résurrection d'une mini-constitution ; idéologiquement parlant, il a plus en commun avec la chancelière allemande, Angela Merkel, qu'avec Gordon Brown et s'est posé en champion vaillant de l'industrie française. Il serait prématuré de prévoir une nouvelle lune de miel dans les relations franco-anglaises". (non signé, The Independent, voir ici)
"Il sera plus facile de voir un effet Sarkozy à l'étranger qu'en France. Pour réparer les relations avec Washington - surtout avec une administration dans cet état -, il n'en faut pas beaucoup plus que le simple fait de déclarer le vouloir et de prendre l'avion (...) Au sein de l'Union européenne, le simple fait d'avoir un nouveau Président français débloquera la paralysie au sujet de la constitution (...) Sarkozy est globalement favorable à une version édulcorée de l'originale. Etant donné que c'est tout ce que la Grande-Bretagne et d'autres pays accepteront, cette version peut s'avérer le bon compromis, malgré le désir allemand pour quelque chose de plus ambitieux." (Bronwen Maddox, The Times, voir ici)
Sur la vie démocratique
"Nous devrions être davantage comme les Français (...) En Grande-Bretagne et aux USA, un électeur doit affronter un tsunami de trivialités et de désinformation avant de trouver quoi que ce soit. Ils doivent supporter les bavardages sans fin de Westminster village à propos de Blair et de Brown ou à propos des vies sexuelles de Blunkett ou de Boris. La plupart abandonnent sans avoir fait de choix, se disant que la conversation politique ne les concerne pas. Les Français, eux, ont mis en place des garde-fous pour faire en sorte que la démocratie ne soit pas bradée de la sorte. Ils ont une politique de protection de la vie privée : même le fait que la femme de M. Sarkozy, Cécilia, semble l'avoir quitté le jour du grand débat présidentiel, n'a pas été médiatisé. Ils interdisent la publication des sondages les jours précédant le vote, pour s'assurer que le débat reste centré sur les idées et non sur la course de chevaux. Et ça marche. J'ai de la sympathie envers ceux qui proposent le vote obligatoire, à l'australienne, pour remédier à la désertion de nos bureaux de vote, mais cela traite le symptôme et non pas la maladie de l'abstention. Les Français nous ont montré que si l'on donne aux gens de la politique sérieuse, ils la prendront sérieusement." (Johann Hari, The Independent, voir ici)
(1) traduction libre
07 mai 2007
Le "peuple de droite"
A quoi a-t-il pensé en se rasant ce matin ? L'élection de Nicolas Sarkozy est bien entendu un événement historique pour la France. J'ai l'impression que cela fait deux ans qu'on ne parle que de ça : que, depuis que j'ai ouvert ce blog en août 2005, il n'a été question que de la présidentielle. La tentation de faire de ce 6 mai 2007 la fin d'une aventure est grande.
Oui, c'est la fin d'une aventure. Mais cette aventure là - le choix d'un homme et de son projet - importe moins que l'aventure qui commence - ses choix, son action, ses résultats. Et il importe aussi de dépassionner le débat : non, tout ne dépendait pas de cette élection présidentielle. Si cette échéance politique est la plus importante de celles sur lesquelles nous pouvons agir, on aurait tort, même si on en est tentés, de la rendre responsable de l'air que nous respirons.
J'ai pour ma part trop hésité pour encenser ou condamner Nicolas Sarkozy aujourd'hui. J'ai voté Royal tout en ne souhaitant pas sa victoire (c'est grave, docteur ?), au nom d'une certaine conception de l'égalitarisme, des institutions et de l'environnement.
Parce que le projet de Sarkozy est potentiellement générateur d'inégalités à l'heure où il me semble que la France a besoin de solidarité pour tenir debout (et même si comme le montre Le Monde samedi, les inégalités en France ne cessent de reculer).
Parce que celui de Ségolène Royal me semblait davantage porteur de renouveau démocratique - décentraliser le pouvoir plutôt que de prétendre à l'omnipotence, à l'heure où, comme le dit Thierry Crouzet, le XXIème siècle sera "bottom-up" où ne sera pas.
Parce qu'enfin je ne porte pas une grande confiance à Sarkozy en matière environnementale. J'ai voté Royal, malgré mes craintes en matière budgétaire, malgré mes craintes en matière de consistance ou de compétence, parce qu'on finit par voter pour un camp putôt qu'une personne, et en me disant que la gauche était revenue de son angélisme.
Son discours de 20h02 aura été à la fois surprenant et dans la droite lignée de la campagne. Elle est très belle, incroyablement souriante, radieuse même, et on a l'impression qu'elle est soulagée. Et puis elle ne dit rien. Elle parle, mais elle ne dit rien. Et elle voudrait nous faire croire qu'un bel élan s'est créé autour de sa personne.
Son score (46,94%) est pourtant inférieur à celui de Jospin en 1995. Pour la première fois depuis plus de vingt ans, le pouvoir en place ne se fait pas foutre dehors à grands coups de pied au cul lors d'une élection majeure. Eric Besson le disait dans "Qui connaît Madame Royal ?", le PS a depuis le début fait le pari de l'alternance "automatique", considérant la victoire comme acquise d'avance.
A cet égard, la défaite de Ségolène Royal est d'une ampleur inadmissible pour le parti d'opposition. Et elle devrait d'autant plus en rendre compte qu'elle a personnalisé sa campagne au maximum, allant contre l'appareil socialiste à de très nombreuses reprises.
J'en viens encore à regretter que les militants socialistes l'aient choisi elle, sur la foi des sondages et des couvertures de presse, là où je reste persuadé que DSK aurait été un challenger de poids pour Sarkozy, bien plus fort à la fois sur la forme et sur le fond.
Sarkozy, justement. Rien à redire sur son premier discours. Il y place d'ailleurs l'enjeu du réchauffement climatique à sa juste valeur. Maintenant qu'il est là, et dans les conditions où il a été élu, il faut qu'il puisse faire son boulot proprement. C'est la volonté du peuple et elle a été très claire.
Je ne me placerai pas dans le camp de ceux qui résistent par principe. Encore une fois, je ne me sentais pas beaucoup plus éloigné de lui que d'elle. Encore une fois, je ne le voyais pas plus en conservateur qu'elle en réformiste. Chaque camp voit son champion en réformateur et l'adversaire en conservateur. Un ami sarkoziste avant-hier : "elle, c'est Chirac".
Je ne souhaite d'ailleurs qu'une chose, c'est que son action réussisse : à remettre de la cohésion sociale (s'il réussit son pari sur la valeur travail, c'est possible), à rendre sa place internationale à la France pour peser positivement sur les grands enjeux internationaux, à préparer l'avenir de nos enfants.
Quand j'écoute ses partisans, ils ne veulent pas autre chose : plus de justice, plus de modernité, plus d'humanisme, une France qui s'appuie sur ses beaux acquis tout en se modernisant. Leur vision est la même, c'est la méthode qui diffère. En dehors de débats idéologiques (mariage homo, régularisations des sans papiers...), il n'est d'ailleurs pas permis de penser à coup sûr qu'une politique de gauche produise de meilleurs effets économiques et sociaux qu'une politique de droite, ou vice-versa. Donc on verra bien, il est inutile de crier à la catastrophe et idiot de crier au fascisme.
La victoire de Sarkozy est aisée et d'autant plus impressionnante qu'elle vient de loin. Il a couru comme le lièvre en partant aussi tôt que la tortue. Quand on sait à quel point l'exercice est casse-gueule et qu'il est préférable d'être bon sprinter que bon marathonien, cela confirme que son projet répond à des aspirations extrêmement profondes. Celles du peuple de droite.
J'ai entendu cette expression de "peuple de droite" hier dans les commentaires TV de la fête place de la Concorde. Je ne crois pas l'avoir entendue précédemment. Peuple de gauche, oui, peuple de droite non. Je l'ai fait remarquer à mon voisin de canapé (sarkozyste), qui m'a répondu : "normalement c'est le peuple de gauche et les fachos de droite".
C'est sans doute le premier changement important induit par l'avènement de Sarkozy : le peuple de droite, désomais, s'assume. C'est ce que fait remarquer Guillermo de Radical-Chic dans son billet "l'idéologie a déjà gagné", écrit samedi : "Pendant longtemps il était quelque peu malvenu de se dire de droite, c'était une maladie honteuse, que l'on confessait tant bien que mal à l'abri de figures indiscutables comme de Gaulle". Plus maintenant. Koz a fait des petits (et hop, exceptionnellement, un smiley :-))
Je n'irai pas comme Guillermo jusqu'à y voir une inversion de la pensée unique : non il n'est pas, et ne sera pas, difficile de se dire de gauche. Mais la droite est décomplexée et en soi il n'y avait pas de raison qu'elle ne puisse pas s'assumer comme telle.
Puisse-t-elle "valider ce décomplexe" à l'aune de son action et pas seulement de son élection.
06 mai 2007
Le Monde et Robert Rochefort : n'importe quoi
Tiens, ça faisait longtemps qu'un article de presse ne m'avait pas énervé comme ça. Celui-ci s'intitule "Robert Rochefort décrypte le comportement de 'l'électeur-consommateur'", il est paru dans le Monde d'hier après-midi en page 12 et est signé de Béatrice Jérôme, dont je ne sais rien.
D'entrée, le ton est donné :
"'Des enfants gâtés du marketing' : c'est ainsi que le sociologue, Robert Rochefort décrit les électeurs de François Bayrou qui ont dit refuser, le 22 avril, de 'choisir entre la droite et la gauche', au premier tour de la présidentielle.
En désirant 'tout à la fois', explique le directeur général du Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (CREDOC), ils se sont conformés, pour une partie d'entre eux, 'aux messages commerciaux qui veulent nous convaincre, depuis des années, qu'il est possible de concilier des aspirations contradictoires : manger des plats cuisinés qui ne font pas grossir, des produits sucrés avec des édulcorants, rouler en 4x4 sans abîmer la nature comme le suggèrent les publicités montrant ces grosses cylindrées au milieu du désert ou de pays vierges'".
Le concept est tentant : la transposition d'une représentation induite par le matraquage publicitaire (tout est possible en matière de consommation) à une représentation de la politique (tout est possible en matière politique). Le comportement du consommateur deviendrait le comportement du citoyen, avec pour point commun de TOUT vouloir.
Peut-être.
Mais en fait, non.
Il est beaucoup trop simpliste de réduire le vote Bayrou à un non-choix entre la gauche et la droite. C'est balayer du revers de la main toutes les nuances de son discours et de son programme. Dire "Bayrou veut tout et son contraire", c'est l'enfermer dans une représentation fastoche.
Pire : dire "Bayrou dit tout et son contraire", c'est l'argument de ceux qui n'ont pas pris la peine de s'interroger sur son discours, son programme et sa candidature. Bref, c'est tomber dans le piège de l'a priori. C'est aussi con que de dire que Sarkozy l'américain veut faire exploser le modèle social français.
On attend mieux du directeur du CREDOC.
Bon, il s'est peut-être fait avoir. On ne sait jamais ce qu'il y a derrière un papier, ce qui s'est réellement passé en interview, ce que le ou la journaliste a gardé et a jeté. Mais quand même.
Donc, selon lui, les électeurs de Bayrou désirent "tout à la fois". Inimaginable de se dire qu'ils cherchent une troisième voie. Ininmaginable de regarder un instant le programme et de s'apercevoir que c'est celui des trois gros candidats qui a le moins promis.
Alors que bien sûr, rien dans les programmes de Royal et Sarkozy n'indique qu'ils veulent "tout à la fois". Moins d'impôts et plus de dépenses ? Croissance et environnement ? Sécurité et solidarité ? Rien d'antinomique dans leurs programmes, rien d'incohérent ! La gauche et la droite dans leur pureté et leur radicalité !
Ne serait-ce pas du côté de des électeurs PS et UMP qu'il faudrait aller les chercher, ces "enfants gâtés du marketing" qui roulent en 4x4 tout en prétendant protéger l'environnement ? (ce qui est par ailleurs, la définition originelle du bobo non ?)
Plus loin dans l'article, on lit : "A propos du vote Bayrou, il (Rochefort) observe que 'tous les nutritionnistes le disent : acheter des plats allégés n'a jamais fait maigrir personne !'".
Heu, c'est quoi le rapport avec Bayrou en fait ?
Plus intéressant, la pensée de Rochefort est spécifiée dans la suite de cette affirmation : "En politique, le fait de vouloir tout à la fois est une illusion qui mène à une impasse. Là où le consommateur est invité à croire qu'il peut mettre du "et" partout, l'électeur est obligé de mettre du "ou", c'est à de choisir". Exact. Mais pourquoi stigmatiser Bayrou plutôt qu'un autre ?
La téhorie du consommateur-qui-veut-tout-qui-devient-citoyen-qui-veut-tout est séduisante, mais bidon. Les électeurs ont toujours tout voulu à la fois et n'ont pas attendu Bayrou ou l'avènement du marketing de masse pour cela.
Il est amusant de découvir Rochefort en dénonciateur des tares du marketing et de la publicité (puisqu'il faut comprendre de cet article que la publicité nous vend du ET au lieu de nous vendre du OU - ce avec quoi je suis par ailleurs d'accord), alors que le CREDOC dépend largement des entreprises (annonceurs) pour vivre et qu'il joue un rôle de conseil auprès d'elles.
Je ne vois finalement dans cette sortie (peut-être pas recherchée par Rochefort, mais en tout cas pas refusée) malhabile, qu'une des tares des "intellectuels" français : vouloir tout comprendre, tout théoriser, tout conceptualiser. Quitte à dire, comme ici, n'importe quoi.
Et à permettre, malicieusement, à un journal "de référence" de légitimer sa sortie anti-Bayrou d'avant le premier tour - qui, en appelant à lui préférer Ségolène Royal, n'aura finalement fait qu'accélérer la victoire annoncée du candidat de l'UMP.

