05 juillet 2007
"870 000 vidéos vues, selon l'AFP"
Vous avez peut-être entendu parler du coup de sang de la journaliste américaine Mika Brzezinski, présentatrice d'une émission du matin sur la chaîne câblée américaine MSNBC, refusant il y a quelques jours d'ouvrir son journal sur la sortie de prison de Paris Hilton - on la comprend (1) - et s'engueulant en direct avec ses co-présentateurs. La vidéo est évidemment sortie sur le net et a fait un petit tour du monde.
Pour ma part c'est avant-hier via lemonde.fr que j'ai entendu parler de l'affaire - assez marrante, désespérante ou revigorante, au choix. Mais il y a une petite phrase dans cet article relatant l'affaire qui, je trouve, mérite une minute d'attention :
"Et une fois encore, un site de partage de vidéos en ligne a permis qu'il (le coup de sang) soit aussitôt et largement diffusé sur les écrans du monde : selon l'AFP, l'épisode aurait été vu quelque 870 000 fois sur YouTube."
Que veut nous dire Le Monde par là ? Autant que sur la "résistance" de la journaliste au système (saluable),
l'information mise en exergue est la capacité du net à diffuser une information - en l'occurrence, une vidéo.
Cet article, en substance, dit "comment le net a une nouvelle fois permis à une vidéo de faire le tour du monde". Donc c'est un article sur la puissance d'Internet. Et donc, ce qui m'amuse / m'interpelle / me fatigue, c'est ça :
"Selon l'AFP, l'épisode aurait été vu quelque 870 000 fois sur YouTube".
Et selon la police ?
On a ici un concentré de plein de choses intéressantes :
- "je parle de la puissance d'Internet, mais
je ne maîtrise pas assez bien pour vérifier les chiffres pourtant
disponibles en ligne et accessibles en 30 secondes" (15 secondes habituellement, mais reconnaissons que la journaliste a un nom compliqué qui rend la recherche particulièrement complexe)
- la paresse journalistique et l'AFP-dépendance : "l'AFP a dit, donc j'écris"
- une forme de prudence suite à quelques plantages de journalistes sur les dénombrage des vidéos vues : "si jamais le chiffre n'était pas bon, notez bien que ce n'est pas moi qui ai compté" (à ce sujet, relire l'analyse de Guilhem Fouetillou sur la vidéo de Sarkozy bourré / pas bourré au G8 ainsi que celle de André Gunthert sur le Figaro qui n'avait rien compris au système des tags)
Au moment où j'ai lu ce billet du Monde (mise à jour le 3 juillet à 16h38), la première vidéo qui sortait sur la recherche 'Mika Brzezinski" sur Youtube avait été vue 1.8 millions de fois - et je ne parle que du premier résultat de la recherche, pas d'une recherche approfondie. A l'heure où j'écris ces lignes, les vidéos taguées "Mika Brzezinski" sur le seul YouTube ont été vues environ 2.4 millions de fois. On est donc très au-delà du chiffre annoncé par l'AFP et repris par le Monde de 870 000 vidéos vues.
Au final j'abonde dans le sens du Monde puisque le propos est de dire que les chiffres sont impressionnants et ont permis à une séquence câblée, isolée, d'être largement diffusée et vue. Mais la difficulté des journalistes (et ce n'est pas propre au Monde) à manier les chiffres d'Internet, et en particulier les vidéos vues, m'impressionne.
Il n'y a pourtant pas grand-chose de plus à faire que d'identifier les plates-formes (YouTube, DailyMotion etc.), chercher la vidéo postée en réfléchissant aux tags ayant pu être utilisée par les internautes (Mika Brzezinski, MSNBC, Morning Joe, Paris Hilton...) et compter. La nature de l'exercice rend la précision difficile mais permet d'indiquer des grandes masses très facilement.
Dans le genre "on compte les vidéos", voir l'exercice très intéressant effectué par Sylvain Weber.
Notons enfin que Lemonde.fr ne permet de cliquer pour regarder la vidéo que dans un premier article sur le sujet et pas dans l'article sus-mentionné. Pour cela, il faut lacer Youtube et chercher... Il faudra bientôt écrire sur l'utilisation des principes de navigation sur Internet par les grands médias.
(1) et au passage et pour faire suite au billet précédent, on peut aller soutenir quelques causes anti-Paris Hilton sur Facebook, comme celle-ci :
