16 mai 2007
Cul toujours, tu m'intéresses
Je dois avouer ma fascination pour le clip d'Alex Gaudino feat. Crystal Waters, que l'on voit régulièrement sur les chaînes musicales. Ce n'est sans doute pas une innovation majeure de la "culture cul" de notre société (Pierrot le fou disait en 1965 qu'on est dans la société du cul), mais je crois que rarement un clip s'était inspiré aussi explicitement des codes de la pornographie (1).
On a l'habitude des clips de RnB où la femme 3/4 dénudée danse lascivement en se frottant à l'homme, mais là il y a quelque chose de différent. Là où le RnB me semble avoir développé ses propres codes, c'est plutôt chez Marc Dorcel que le clip de Gaudino va chercher son inspiration (tapes sur les fesses, majorette qui lèche sa trompette, qui s'asperge le visage et le buste d'eau, plans sur les culottes des majorettes, séquence orgiaque où les majorette saôules s'abandonnent à leurs instruments, mais aussi la fugitivité des visages et l'absence de l'homme).
Et que voit-on ? C'est un carton sur Internet, royaume du cul, et notamment sur Daily Motion où la vidéo est postée des dizaines de fois et a été vue, quand on met bout à bout toutes les vidéos, plus de 500 000 fois. Il faut lire les commentaires de la vidéo la plus vue (425 000 fois à cette heure), c'est un grand moment d'apprentissage sur le langage SMS... Evidemment la vidéo est essentiellement commentée par des mecs (et la musique, soupe dance de niveau à peine moyen, plaît) mais on surprend aussi quelques nanas (même s'il faut se méfier du sexe des internautes) à dire leur kiff. Je crois que je commence à comprendre ce qu'on veut dire quand on dit que les ados d'aujourd'hui veulent ressembler à des pornstars.
Par ailleurs il est amusant de constater que la version du clip diffusée sur M6 (ce matin) est très édulcorée, aucune des séquences sus-citées dans ce billet n'apparaissant - on y a enlevé tout ce qui suggérait la pornographie. Je serais curieux de savoir quelles chaînes diffusent quelles versions du clip et si elles font une différence selon les heures... c'est toujours un moment d'apprentissage sur la culture télévisuelle.
(1) Edit : souvenons-nous aussi de "Satisfaction" de Benny Benassi dont le clip est dans toutes les mémoires.
09 mai 2007
Time magazine sur les personnes "les plus influentes"
Pour sortir un peu du sujet Présidentielles, une lecture agréable et disponible en ligne : celle du Time de cette semaine, consacré aux "Most Influential People in the World" : les 100 personnes les plus "influentes" du monde selon le magazine américain.
Au-delà du double artifice nécessaire à l'exercice (1. c'est quoi l'influence ? 2. les "personnalités" sont-elles vraiment influentes, ne serait-ce pas plutôt les gens de terrain qui changent le monde, comme le démontre Thierry Crouzet dans son chapitre du Cinquième Pouvoir consacré à la bataille de Borodino), au-delà des choix d'individus forcément contestables, la lecture est plaisante et ouvre l'esprit à des combats ou des sujets plus ou moins inattendus. On y retrouve au hasard Al Gore pour son combat contre le réchauffement de la planète (mais est-il justement influent ??), Chris Anderson pour la théorie de la Long Tail, Gary Kasparov qui oeuvre pour la démocratie, Warren Buffett qui s'est débarrassé de sa fortune...
Et pour revenir un peu à notre nombril franco-français, on remarquera deux choses :
- la catégorie "leaders & revolutionaries" ne comprend aucun Français (signe des temps ou problème de bouclage par rapport à l'élection ???). Les heureux élus sont : Barack Obama, Condoleezza rice, John Roberts, Raul Castro, Nancy Pelosi, Michael Bloomberg, Ali Khamenei, Hillary Clinton, Hu Jintao, Oussama Ben Laden, Angela Merkel, Benoît XVI, Sonia Gandhi, Liu Qi, Omar Hassan al-Bashir, Elizabeth II, le roi Abdallah, Peter Akinola et Arnold Schwarzenegger - voilà une bonne occasion de réviser sa géopolitique internationale
- seuls deux Français font partie de cette liste de 100 personnes : Thierry Henry (mais non, pas vraiment pour ses qualités de footballeur, mais plutôt pour son action contre le racisme(1)) et Bernard Arnault
Simple anecdote ou signe que la France doit reconquérir son prestige ?
(1) via Stand Up Speak Up - dont le site a d'ailleurs disparu derrière celui de Nike et dont le bilan semblait dès le départ mitigé
07 mai 2007
Le "peuple de droite"
A quoi a-t-il pensé en se rasant ce matin ? L'élection de Nicolas Sarkozy est bien entendu un événement historique pour la France. J'ai l'impression que cela fait deux ans qu'on ne parle que de ça : que, depuis que j'ai ouvert ce blog en août 2005, il n'a été question que de la présidentielle. La tentation de faire de ce 6 mai 2007 la fin d'une aventure est grande.
Oui, c'est la fin d'une aventure. Mais cette aventure là - le choix d'un homme et de son projet - importe moins que l'aventure qui commence - ses choix, son action, ses résultats. Et il importe aussi de dépassionner le débat : non, tout ne dépendait pas de cette élection présidentielle. Si cette échéance politique est la plus importante de celles sur lesquelles nous pouvons agir, on aurait tort, même si on en est tentés, de la rendre responsable de l'air que nous respirons.
J'ai pour ma part trop hésité pour encenser ou condamner Nicolas Sarkozy aujourd'hui. J'ai voté Royal tout en ne souhaitant pas sa victoire (c'est grave, docteur ?), au nom d'une certaine conception de l'égalitarisme, des institutions et de l'environnement.
Parce que le projet de Sarkozy est potentiellement générateur d'inégalités à l'heure où il me semble que la France a besoin de solidarité pour tenir debout (et même si comme le montre Le Monde samedi, les inégalités en France ne cessent de reculer).
Parce que celui de Ségolène Royal me semblait davantage porteur de renouveau démocratique - décentraliser le pouvoir plutôt que de prétendre à l'omnipotence, à l'heure où, comme le dit Thierry Crouzet, le XXIème siècle sera "bottom-up" où ne sera pas.
Parce qu'enfin je ne porte pas une grande confiance à Sarkozy en matière environnementale. J'ai voté Royal, malgré mes craintes en matière budgétaire, malgré mes craintes en matière de consistance ou de compétence, parce qu'on finit par voter pour un camp putôt qu'une personne, et en me disant que la gauche était revenue de son angélisme.
Son discours de 20h02 aura été à la fois surprenant et dans la droite lignée de la campagne. Elle est très belle, incroyablement souriante, radieuse même, et on a l'impression qu'elle est soulagée. Et puis elle ne dit rien. Elle parle, mais elle ne dit rien. Et elle voudrait nous faire croire qu'un bel élan s'est créé autour de sa personne.
Son score (46,94%) est pourtant inférieur à celui de Jospin en 1995. Pour la première fois depuis plus de vingt ans, le pouvoir en place ne se fait pas foutre dehors à grands coups de pied au cul lors d'une élection majeure. Eric Besson le disait dans "Qui connaît Madame Royal ?", le PS a depuis le début fait le pari de l'alternance "automatique", considérant la victoire comme acquise d'avance.
A cet égard, la défaite de Ségolène Royal est d'une ampleur inadmissible pour le parti d'opposition. Et elle devrait d'autant plus en rendre compte qu'elle a personnalisé sa campagne au maximum, allant contre l'appareil socialiste à de très nombreuses reprises.
J'en viens encore à regretter que les militants socialistes l'aient choisi elle, sur la foi des sondages et des couvertures de presse, là où je reste persuadé que DSK aurait été un challenger de poids pour Sarkozy, bien plus fort à la fois sur la forme et sur le fond.
Sarkozy, justement. Rien à redire sur son premier discours. Il y place d'ailleurs l'enjeu du réchauffement climatique à sa juste valeur. Maintenant qu'il est là, et dans les conditions où il a été élu, il faut qu'il puisse faire son boulot proprement. C'est la volonté du peuple et elle a été très claire.
Je ne me placerai pas dans le camp de ceux qui résistent par principe. Encore une fois, je ne me sentais pas beaucoup plus éloigné de lui que d'elle. Encore une fois, je ne le voyais pas plus en conservateur qu'elle en réformiste. Chaque camp voit son champion en réformateur et l'adversaire en conservateur. Un ami sarkoziste avant-hier : "elle, c'est Chirac".
Je ne souhaite d'ailleurs qu'une chose, c'est que son action réussisse : à remettre de la cohésion sociale (s'il réussit son pari sur la valeur travail, c'est possible), à rendre sa place internationale à la France pour peser positivement sur les grands enjeux internationaux, à préparer l'avenir de nos enfants.
Quand j'écoute ses partisans, ils ne veulent pas autre chose : plus de justice, plus de modernité, plus d'humanisme, une France qui s'appuie sur ses beaux acquis tout en se modernisant. Leur vision est la même, c'est la méthode qui diffère. En dehors de débats idéologiques (mariage homo, régularisations des sans papiers...), il n'est d'ailleurs pas permis de penser à coup sûr qu'une politique de gauche produise de meilleurs effets économiques et sociaux qu'une politique de droite, ou vice-versa. Donc on verra bien, il est inutile de crier à la catastrophe et idiot de crier au fascisme.
La victoire de Sarkozy est aisée et d'autant plus impressionnante qu'elle vient de loin. Il a couru comme le lièvre en partant aussi tôt que la tortue. Quand on sait à quel point l'exercice est casse-gueule et qu'il est préférable d'être bon sprinter que bon marathonien, cela confirme que son projet répond à des aspirations extrêmement profondes. Celles du peuple de droite.
J'ai entendu cette expression de "peuple de droite" hier dans les commentaires TV de la fête place de la Concorde. Je ne crois pas l'avoir entendue précédemment. Peuple de gauche, oui, peuple de droite non. Je l'ai fait remarquer à mon voisin de canapé (sarkozyste), qui m'a répondu : "normalement c'est le peuple de gauche et les fachos de droite".
C'est sans doute le premier changement important induit par l'avènement de Sarkozy : le peuple de droite, désomais, s'assume. C'est ce que fait remarquer Guillermo de Radical-Chic dans son billet "l'idéologie a déjà gagné", écrit samedi : "Pendant longtemps il était quelque peu malvenu de se dire de droite, c'était une maladie honteuse, que l'on confessait tant bien que mal à l'abri de figures indiscutables comme de Gaulle". Plus maintenant. Koz a fait des petits (et hop, exceptionnellement, un smiley :-))
Je n'irai pas comme Guillermo jusqu'à y voir une inversion de la pensée unique : non il n'est pas, et ne sera pas, difficile de se dire de gauche. Mais la droite est décomplexée et en soi il n'y avait pas de raison qu'elle ne puisse pas s'assumer comme telle.
Puisse-t-elle "valider ce décomplexe" à l'aune de son action et pas seulement de son élection.
08 avril 2007
Voter : pour qui ? Mais pour quoi ?
Même si je n’ai encore déclaré mon soutien à aucun candidat sur ce blog, je sais qu’on me classe côté Bayrou. C’est peut-être depuis que le Monde m’a classé « centriste » ; et / ou suite à des analyses anti-Royal assez virulentes ; et / ou à mon absence d’intérêt pour Sarkozy.
Et c’est vrai : si on votait demain, ce serait pour François Bayrou. D’abord par rejet de l’UMPS : Sarkozy comme Royal me paraissent tous les deux, et pour des raisons différentes, dangereux.
Royal, pour des raisons déjà largement évoquées ici, le problème de la compétence la mettant d’office hors jeu et étant à mon avis un potentiel à gros problèmes internationaux si elle passait.
Sarkozy, parce que je me sens éloigné de ses préoccupations principales, économie et sécurité, et de leur résolution proposée ; et que je suis sensible à l’argument anti-sarkozien de « l’atlantisme ».
Mais si je votais Bayrou demain, ce serait aussi par adhésion : dans la démarche de Bayrou, m’intéressent la volonté de faire alliance avec les deux camps (le clivage droite – gauche étant une de mes cibles préférées) ; de mener une réforme institutionnelle profonde ; de s’attaquer réellement au problème de la dette ; de mettre les PME au cœur de l’économie ; et le soutien de Corinne Lepage.
On retrouve là trois des thèmes qui me sont chers : les institutions, la dette et l’environnement. Et pour les autres thèmes qui m’intéressent (l’aide aux PVD, la stabilité géopolitique, la décroissance et les inégalités), je ne vois pas de raisons d’aller voter Royal ou Sarkozy.
A tout cela s’ajoutent la crédibilité d’un homme qui a à peu près tout fait pour se couper de son électorat traditionnel ; qui a mené une politique d’opposition résolue et cohérente depuis 5 ans ; qui est un vrai républicain et que je pense mille fois plus sincère que Ségolène Royal (critère important dans mon inconscient). Tristram faisait un bon résumé de son vote Bayrou.
Je ne marche pas à « c’est un homme de droite », argument vide qui montre à quel point certains manquent d’imagination ; je ne marche pas à « il n’a pas de programme » - je suis même assez rassuré qu’un ami économiste qui a énormément de mal à se dire qu’il peut voter autre chose que socialiste m’a dit que son programme tenait bien la route.
Et je ne marche pas non plus à « il n’aura pas de majorité, il ne pourra pas gouverner » : quand on gagne, on entraîne, et bien sûr qu’il aura des soutiens. Si les Français veulent une union nationale, les hommes politiques socialistes et conservateurs n’auront pas d’autre choix que d’y aller.
Je m’amuse également beaucoup du « vote utile » gauchiste, le seul moyen de battre Sarkozy à coup sûr étant de faire passer Bayrou.
Je me réjouis presque enfin d’imaginer le candidat socialiste absent du second tour pour la deuxième fois, ce qui forcerait enfin le PS à faire sa mue et devenir le grand parti moderne qu’il devrait être.
Néanmoins, il y a plusieurs questions que je n’ai pas résolues, avant de formuler mon choix.
Parce la seule question posée par les médias est « voter pour qui ? », alors qu’elle devrait être précédée d’un « voter pour quoi » ?
Et c’est toute la question des déterminants du vote qui est bien absente du débat.
1. Devrait-on voter pour un candidat ou pour une famille politique ?
Il est bien évident que ce système d’élection, « la rencontre du peuple avec un homme / une femme », favorise la déification d’une personne qui est largement absente des affaires courantes.
A ce titre il faut se souvenir du mot de Mitterrand à Roland Cayrol (© Guillaume Buffet) :
« Monsieur le Président, quelle est la décision la plus difficile que vous ayez eu à prendre au cours de cette législature ?
Mais enfin, Monsieur Cayrol, vous savez bien que le Président ne prend qu’une décision par législature : celle de nommer un Premier Ministre…. »
De mon point de vue, ce pourrait être un point pour Ségolène Royal. Mais il n’ y a aucune garantie que la famille sociale-libérale soit invitée à jouer les premiers rôles.
Et je n’ai pas la réponse à la question « quel est le poids réel du Président dans la politique qui sera menée jusqu’en 2012 » ?
2. Devrait-on voter pour un projet ou un programme ? Pour des intentions ou des promesses ?
Là, c’est très compliqué. Il faudrait lire les programmes en détail tout en ne croyant pas aux promesses…
Pas de problème pour ne pas croire aux promesses chez moi (et hop, un point pour Bayrou, et les hypothèses de croissance de Royal et Sarkozy à 2.5%, quelle rigolade), mais une énorme culpabilité de ne pas entrer dans le détail des programmes, dont l’aspect technique me met très vite en situation d’incompétence pour les analyser.
Reste alors à espérer qu’il y a cohérence entre les intentions déclarées par le candidat et son projet ; cohérence entre le reporting médiatique et la réalité du programme. Et plus il y a d’information, moins elle est lisible.
3. Devrait-on voter avec son inconscient ou son rationnel ?
Et c’est tout le piège d’une présidentielle extrêmement personnalisée : on a envie de voter pour celui qu’on trouve le plus sympa (d’où Chirac en 1995). D’où le besoin pour les candidats de créer de l’émotion. D’où l’évacuation du fond dans les médias et du rationnel chez les électeurs.
Est-il alors simplement possible d’être objectif sur les bons aspects des candidatures Royal ou Sarkozy quand on a des griefs personnels à leur encontre ? Comment aller au-delà du délit de sale gueule ?
Pire, je me rends compte que je suis la plupart du temps en train de chercher des raisons de ne pas voter Royal et de voter Bayrou. Elle a un programme écologique mieux noté que celui du candidat de l’UDF ? Mon inconscient me dit qu’elle ne le mettra pas en œuvre. Elle s’attaque à la réforme des institutions comme Bayrou ? Ou elle tient un discours cohérent sur les PME ? Oui, mais elle ne fait que de copier, me dit une petite voix.
L’illusion de l’objectivité, ce n’est pas seulement le problème du rédacteur. C’est aussi le problème de l’électeur.
4. Devrait-on voter utile ou pour ses idées ?
C’est sans doute la seule question de la détermination du vote politique qui soit posée dans l’espace médiatique. Il faut voter pour ses idées, nous disent les petits candidats.
Et le système est conçu pour ça : au premier tour on choisit, au deuxième tour on élimine. Mais le 21 avril est passé par là et on sait qu’il faudra se déterminer entre Bayrou, Royal et Sarkozy.
Le vote devient alors tactique. De ce point de vue, le vote Bayrou présente le double intérêt de condamner le PS à se reprendre en main et d’offrir une alternative possible à une politique libérale.
Mais la tactique peut changer aussi vite que les sondages, c’est tout l’inconvénient… Et il est bien embêtant de se dire qu’on accorde de l’importance aux sondages.
5. Devrait-on voter pour un ensemble de choses ou pour une idée forte ?
Et en l’occurrence, pourquoi ne pas voter sur le seul critère écologique et Dominique Voynet ? C’est quelque chose que je n’exclus pas totalement.
Comment résumer tout ce qui précède ? Je suis clairement sur la pente Bayrou, consciemment ou non, mais pas au point d’habiller mon blog en orange comme on me l’a proposé. Et j’ai sans doute besoin de discuter…
01 avril 2007
Pas mieux...
... que ce billet d'Askolovitch suite aux événements de la Gare du Nord, qui s'interroge : "et si la gauche sortait de l'excuse sarkozienne, pour changer ?". Et qui relève à gauche "une dérive moralisante, fastoche (les flics ont tort et les délinquants toujours de bonnes raisons) confortable en somme, peut-être payable électoralement, croit-on, dans les quartiers... Et accélérée, évidemment, par les indéniables dérapages policiers, les réelles brutalités de fonctionnaires qui, parfois, oublient qu'ils sont au service du peuple -peuple des cités aussi- et par la jactance épuisante de Sarkozy..." ainsi que les inévitables contradictions : pourquoi une commémoration pour Bouna et Zyied et pas pour Sidi Ahmed et Jean-Jacques Le Chenadec ?
28 mars 2007
L'exception française
"Le seul pays au monde où on a 3 candidats trotskistes". "Le seul pays au monde où on ne met pas les drapeaux au fenêtres le jour de la fête nationale". "Le seul pays au monde où on subventionne la polygamie". "Le seul pays au monde où le Ministre de l'intérieur n'a pas le droit de se rendre en banlieue". "Le seul pays au monde où des parents en
situation irrégulière se servent de la scolarisation de leurs enfants pour se faire régulariser". "Le seul pays au monde où on fait la grève avant de discuter". "Le seul pays au monde avec un tel niveau de prélèvement obligatoires et de dettes". "Le seul pays au monde où le communisme a encore un avenir". "Le seul pays au monde où la politique est une carrière". "Le seul pays au monde qui a fixé autoritairement des limites légales et obligatoires au temps de travail, avec les 35 heures et la retraite à 60 ans". "Le seul pays au monde où les motos sont bridées à 100 chevaux sans fondement". "Le seul pays au monde où la préférence nationale est interdite". "Le seul pays au monde où les hauts fonctionnaires ont droit de grève". "Le seul pays au monde à empiler autant de structures décisionnelles". "Le seul pays au monde qui croit pouvoir échapper au lois de l'économie marchande". "Le seul pays au monde où les hommes politiques corrompus font une carrière de 50 ans". "Le seul pays au monde à avoir codifié en droit la théorie de l'inégalité des races". "Le seul pays au monde où un collégien ou un lycéen coûte plus cher qu'un étudiant". "Le seul pays au monde à avoir une définition de l'échalote". "Le seul pays au monde où l'on apprend à détester son pays". "Le seul pays au monde où les syndicats de l'enseignement nomment des professeurs". "Le seul pays au monde où les autorités de santé prétendent que les suppléments vitaminiques journaliers sont dangereux". "Le seul pays au monde à avoir refoulé le nuage radioactif à sa frontière". "Le seul pays au monde à avoir nommé Ministre une personne condamnée pour blanchiment". "Le seul pays au monde où le Ministre de l'intérieur s'affiche ostensiblement avec un mec à la coke et un autre à la beuh". "Le seul pays au monde qui n'a pas le droit de décider qui est sur son territoire". "Le seul pays au monde à subventionner un parti trostkiste révolutionnaire". "Le seul pays au monde où l'on négocie la loi". "Le seul pays au monde à fournir des armes à l'Afrique du sud". "Le seul pays au monde où on ne travaille que 35h par semaine". "Le seul pays au monde où la sécurité est confiée à des sociétés privées". "Le seul pays au monde à miser autant sur le nucléaire". "Le seul pays au monde où le mot libéral constitue un tabou absolu". "Le seul pays au monde où l'auteur d'un coup de boule est fêté en héros". "Le seul pays au monde à avoir vu ses exportations baisser". "Le seul pays au monde qui confie 80% de sa recherche à des fonctionnaires".........................................................
La France est vraiment le seul pays au monde à se plaindre d'être seul au monde.
PS : dans le genre "analyse sémantique de campagne", lire Lorenzo sur "les grands absents de la campagne".
25 mars 2007
Fiche de lecture : « Qui connaît Madame Royal ? »
Pour un anti-ségoléniste primaire comme moi, la lecture de « Qui connaît Madame Royal ? » s’imposait.
« Qui connaît Madame Royal ? », c’est, vous le savez, le (petit) bouquin d’entretiens d’Eric Besson, l’ancien secrétaire national à l’économie du PS, démissionnaire depuis le 14 février, avec Claude Askolovitch du Nouvel Observateur, sorti cette semaine.
Un livre polémique : « je ne voterai pas pour Ségolène Royal (…) Je pense, en conscience, que Ségolène Royal ne doit pas devenir Présidente de la République. Je ne le souhaite pas pour mon pays. Je le redoute pour mes enfants (…) ce qui construit Ségolène Royal dans cette campagne présidentielle est mensonger et dangereux (…) ».
Haute trahison à l’intérêt supérieur du socialisme pour les uns, sortie courageuse d’un homme intègre et fidèle à ses idées pour les autres... Basse entreprise de déstabilisation ou nécessaire purge ? Eric Besson, collaborateur ou résistant ?
Chacun se fera une idée et je connais trop mal la vie et l’œuvre du député de la Drôme pour me risquer à le glisser dans une ou l’autre de ces catégories. Ce qui me semble certain, c’est que son pamphlet est celui d’un homme blessé, susceptible, certainement pas immodeste, mais certainement rigoureux. Que ce bouquin ait été guidé par une foi en des idéaux, une croyance en l’intérêt général, ou bien par une ambition personnelle à géométrie variable, je ne saurai le dire.
« Qui connaît Madame Royal ? » : inutile de penser que l’on va y trouver un portrait approfondi de la candidate socialiste – la question induisant la réponse. Non, évidemment, on ne la connaît pas.
Le bouquin est assez largement alimenté par des perceptions assez courantes sur Ségolène Royal, sur lesquelles il ne me semble pas particulièrement utile de revenir en détail ici (lire la critique d'Authueil). En un mot, il s’agit du procès en incompétence – à tort ou à raison. L’originalité étant que ces critiques sont formulées par un homme de l’intérieur, non par un adversaire, un journaliste ou un commentateur « indépendant », ce qui appuie a priori la crédibilité du propos.
Au-delà donc de l’eau apportée au moulin de l’incompétence de Ségolène Royal – qui ravira les antiségolénistes et révulsera ses partisans, trois éléments ont retenu mon attention :
1. Le « management » de Ségolène Royal
La principale critique personnelle émise par Eric Besson à l’encontre de Ségolène Royal relève de son mode de management. Le mot « management » n’est pas écrit dans le livre (puisqu’on est dans le politique, un mot emprunté au vocabulaire de l’entreprise est forcément un gros mot), mais c’est bel et bien d’une critique de son système de management qu’il s’agit.
Eric Besson dénonce ainsi la supercherie des débats participatifs : les décisions sont prises de façon autocratiques, sans concertation avec le parti. Les annonces sont improvisées au gré de l’inspiration de la candidate, les dirigeants socialistes et porte-parole les découvrant dans la presse et n’ayant d’autre choix que d’expliquer aux journalistes ce qu’ils n’ont pas eux-mêmes compris. Un exemple qui me semble parlant :
« (...) quand Ségolène affirme qu’elle instaurera la gratuité des soins pour les enfants de moins de seize ans, personne ne sait de quoi il s’agit. Parle-t-on de tous les enfants, des familles nécessiteuses uniquement ? Cela va coûter 1 ou 20 milliards ? On l’ignore. Personne n’en a discuté. Et nous devons pourtant écrire, répondre quelque chose (…) Finalement, c’est Jean-Pierre Davant, le président de la Mutualité Française, qui nous a sauvé la mise en proposant une interprétation : la gratuité pourra s’appliquer aux enfants de parents bénéficiaires de la CMU (…) ».
Improvisation permanente, absence de concertation, amateurisme, méconnaissance des dossiers et entretien volontaire du flou artistique font ainsi partie des griefs d’Eric Besson. Une réalité de management qui semble assez crédible vu de l’extérieur – en témoignent les innombrables bourdes, revirements, annonces démenties-mais-pas-vraiment-démenties-puis-finalement-oubliées qui ont rythmé jusqu’ici la campagne de Ségolène Royal.
Raccourci de l’évolution récente du parti socialiste, cet extrait : « Jospin, qui n’était pas spécialement un tendre, n’aurait jamais fonctionné ainsi. Il tranchait, en toute autorité. Mais avant, il entendait tout le monde, les avis se confrontaient. Publiquement ! Ségolène, elle, décide, même pas en majesté, mais dans des inspirations quasi-divines. Le verdict tombe par surprise, et il faut s’y adapter ».
Une réalité de management assez peu compatible avec la nature et la vocation d’un grand parti politique français, qui se veut un exemple de démocratie - en particulier depuis l’organisation de ses primaires. Primaires démocratiques, dont le paradoxe semble être qu’elles ont favorisé la prise de pouvoir d’un système monarchique.
2. Les criques de fond.
A partir du moment où Besson dénonce une absence d’idées et une volonté de ne surtout pas prendre des positions fortes, de façon à se ménager des portes de sorties, les critiques de fond sont forcément moins nombreuses, construites ou argumentées que la critique du management elle-même.
Mais elles existent et, de façon intéressante, portent sur l’anti-progressisme de Ségolène Royal. C’est là un point commun entre les deux rebelles socialistes déclarés, Claude Allègre et Eric Besson : l’un comme l’autre reproche à Royal son refus du progrès, qui pour eux est constitutif de la philosophie de gauche :
« (...) elle est fondamentalement dans la société post-industrielle, la précaution absolue à l’égard du progrès technologique, le rejet instinctif de l’industrie (…) Le parti socialiste, poussé par les Verts, par une partie de l’extrême gauche, tourmenté par ses propres démons internes, et entraîné joyeusement par ségolène Royal, est sur quantité de sujets en train de basculer vers l’obscurantisme (…) »
3. Le fonctionnement interne au parti socialiste.
Cette question dépasse évidemment, et de beaucoup, celle de Ségolène Royal. Mais la lecture des entretiens vient aussi nous faire regretter que la parti socialiste n’ait à aucun moment opéré la mue qui aurait dû s’imposer après le 21 avril 2002.
Le fonctionnement décrit par Besson est celui d’un parti désorganisé, où le pouvoir de l’image prime sur celui des idées, dont le discours n’est pas un discours d’analyse et de conviction, mais de justification a posteriori de décisions sans queue ni tête, résultat du jeu politicien. Bref, un parti politicien plutôt qu’un parti politique. En cela, le PS a manqué la seule occasion que lui donnait le 21 avril : celle de se repenser.
Naïveté ou cynisme
Besson s’interroge sur la naïveté ou le cynisme de Ségolène Royal, quand elle invente les débats participatifs. On peut s’interroger à notre tour sur la naïveté ou le cynisme d’Eric Besson, qui brandit des idéaux au nom de cette charge en bonne et due forme. Naïveté ou cynisme ? Il n’est cependant pas inutile de le lire. A l'oral, je dis que le bouquin est "pas inintéressant".
Même si on devine à l’avance une partie de l’argumentation. Même si on regrette que le démontage ne soit pas plus méthodique. Même si on n’est pas totalement au clair sur les intentions de Besson. Celui qui nourrit une certaine aversion pour la duchesse de Poitiers sera complètement conforté ; celui qui la soutient jouera la carte – bien connue - de la victimisation.
Quel sera l’impact de « Qui connaît Madame Royal ? » ? Bien malin qui pourra le dire. Je ne suis pas loin de penser qu'il ne fera finalement que conforter les convictions des alliés (Royal est une victime), comme des anti (Royal est incompétente). Besson étant un inconnu auprès du grand public, son bouquin peut-il avoir un impact au-delà des microcosmes ?
En tout cas, Besson se veut militant anti-Royal : « je m’exprimerai plus fort si les sondages lui sont favorables. Et je baisserai d’un ton s’ils lui sont défavorables ». En se faisant le héraut du mieux - et non pas du moins pire : « je préfère voir le PS obligé d’opérer enfin sa mue et devenir un parti réformiste assumé, plutôt que de risquer l’embolie pour mon pays ».

Un mot sur Claude Askolovitch pour conclure. Il peut être étonnant que l’un des principaux journalistes politiques de l’un des principaux soutiens à Ségolène Royal (le Nouvel Obs) devienne partie prenante dans ce qui s’avère être – quelles que soient les intentions réelles – une entreprise anti-Royal.
Mais il faut noter que le questionnement d’Askolovitch ne met pas toujours Besson en situation facile et invite, justement, à s’interroger sur les intentions de ce dernier. Quoi qu’il en soit, la participation de Claude Askolovitch à cette initiative est un signe, non pas d’indépendance, mais de pluralisme d’opinions.
19 février 2007
Ségolène Royal : déficit d'émotion ?
J'ai tout intérêt à me remettre à parler
politique, puisqu'hier j'ai vu un reportage dans le 20h de France 2 sur
"Internet qui s'invite dans la présidentielle" dans lequel j'ai appris
que c'est le net qui allait faire élire le prochain président (dixit
Loïc Le Meur, si, si).
Donc, la semaine dernière, France Inter s'est
acharné à s'étonner tous les matins de ce que l'annonce du programme de
Ségolène Royal ne l'ait pas fait évoluer dans les sondages.
"Toujours
27% malgré l'annonce du programme" : je crois l'avoir entendu tous les
jours sauf vendredi, comme si on était devant un phénomène surnaturel. Et d'aller jusqu'à citer Chevènement selon qui il
faut "une semaine pour que l'annonce d'un programme se répercute dans
les sondages" (?!?!?!?!?!).
Sans
vouloir verser dans le cynisme,
je ne vois pas bien comment l'annonce d'un programme pourrait faire
évoluer significativement les sondages. Les opinions se déterminent
essentiellement par l'émotion, pas par le rationnel. Si les sondages
stagnent, c'est que les propositions ont échoué à créer de l'émotion.
Cela va à l'exact encontre de l'exigence de vérité
qui devrait être celle de cette élection, mais ce n'est pas très
étonnant. Oui, on aurait aimé que l'annonce du programme ait un impact
- quel qu'il soit - sur les sondages, qui aurait permis de pouvoir dire
que les électeurs s'intéressent à ce qu'on leur propose. Mais non,
France Inter, il ne fallait pas vraiment s'y attendre.
Je n'irai pas jusqu'à exclure totalement
que le fond puisse jouer un rôle. Il me semble être une condition sine
qua non de crédibilité : il faut que les électeurs reçoivent un
message, via les médias ou via le bouche à oreille, qui laisse à penser
que le programme se tient, ou en tout cas qu'il n'est pas ridicule. (1)
Donc, d'abord un programme qui se tient,
pour faire partie de la course. Mais ensuite et surtout, de l'émotion,
de l'enthousiasme. Et une belle dernière ligne droite. C'est là que la
différence se fait, que l'élection se joue. Revoir à ce sujet le
documentaire "Les Communiquants" de Tristan Séguéla, sorte de "In bed
with Lionel Jospin en 2002", que j'avais commenté
il y a quelques mois. C'est bien bête mais à deux mois du premier tour,
je ne vois vraiment pas ce qui pourrait inverser ce mécanisme où la
séduction l'emporte sur la conviction.
Un déficit d'émotion pour Ségolène Royal ?
J'y vois plutôt un retour à l'équilibre après un emballement justement
très "émotionnel" et pas très rationnel autour de sa personne.
Et si Ségolène Royal renouvelle son équipe
de campagne, elle a donc tout intérêt à ce que sa prochaine équipe crée
les conditions pour générer de l'émotion. Avec plus de hiérarchie et
moins d'autogestion, annonce-t-elle... C'est dommage.
(1) Par exemple, je suis personnellement persuadé que Bayrou et Lepage sont les candidats les plus intéressants.
Pourquoi ? Parce que ceux à qui j'accorde du crédit l'ont dit, à un
moment ou à un autre. Et je serais prêt à relayer ce message dans mon
cercle intime. Mais sur le fond, je serai bien infoutu de détailler
leurs propositions.
13 février 2007
Tout sauf Le Pen
J'ai vu Marine Le Pen samedi matin sur
LCP, interviewée par Christophe Jakubyszyn du Monde et Marie-Eve
Malouines de France Info, et je dois dire que j'ai été très
impressionné par la solidité de son discours. Je crains que le Front
National ne fasse un carton, surtout avec l'égalité de temps de parole.
Dans
la logique de son parti et de ses électeurs, sa performance a été de
très haut niveau. Elle a réponse a tout. Les réponses sont simples,
compréhensibles, concrètes, séduisantes. Elle a ce qu'il faut de
"modération" dans le discours ("la préférence nationale, c'est quand on
doit choisir entre deux dossiers de même valeur"). Elle a ce qu'il faut
d'agressivité vis-à-vis des journalistes - complices du pouvoir en
place ("vous allez me parler de Georges Frêche, de Dieudonné ? Moi je
veux parler des problèmes des Français"). Elle a ce qu'il faut de
nouveauté, de crédible quand on lui dit que Sarkozy empiète
sur son territoire ("il reprend les idées qui sont les nôtres depuis
toujours" / "il est au pouvoir et ne change rien"). Elle est crédible
dans la victimisation ("ce serait une catastrophe pour le Front
National que Le Pen ne soit pas au premier tour"). Elle parvient à
occuper le terrain des propositions. Elle s'assume ("oui, il y a une
lepénisation des epsrits"). Elle affiche ses ambitions
(gouvernementales) et se projette dans l'avenir. Impossible de la
coincer : dans la logique FN, son discours est totalement mûr et
cohérent.
Je voyais en elle une femme agressive, rougeaude,
brutale, inintéressante. Force est de constater qu'elle a hérité de
certaines des qualités oratoires de son père (les bons mots en moins)
et qu'elle est en fait très à l'aise. Le discours du Front national est
parfaitement rôdé, prêt à séduire (n'oublions pas que tout va se jouer
sur la capacité à séduire dans la dernière ligne droite avant les
élections). Elle comme son père sont prêts à profiter à plein de
l'égalité du temps de parole... et n'attendent que les 500 signatures.
Marine
Le Pen soulevait à juste titre pendant ce débat le fait que si les
scores du Front National sont hauts, on ne sait pas si c'est parce que
les gens se dévoilent plus facilement ou parce que Le Pen bénéficie de
davantage d'intentions de vote. Elle fait le pari qu'on est sur la
deuxième hypothèse. Je serais tenté de penser qu'il y a un peu des
deux.
Ne l'oublions pas, le Front National est très haut, il
est prêt à séduire et réalisera de meilleurs scores que ceux qu'on lui
attribuera. Il y a ceux qui disent "Tout sauf Sarkozy". Que diraient-ils en cas de deuxième tour Sarkozy - Le Pen ?
Un
deuxième tour Sarkozy - Le Pen est-il possible ? Je me le demande
vraiment. d'un côté je me dis que l'expérience de 2002 conduira
inévitablement à davantage de "vote utile" au premier tour qu'il y a 5
ans. De l'autre... les électeurs sont plutôt à droite dans l'isoloir...
et je viens d'avoir cet étrange pressentiment en regardant Marine Le
Pen.
Un deuxième tour Sarkozy -
Le Pen est-il possible ? En l'absence de conviction profonde, c'est de
la réponse à cette question que dépendra mon vote du premier tour. Si
oui, je voterai "utile". Si non, ce sera un vote de "choix".
Si
vous réussissez à me convaincre qu'un deuxième tour Sarkozy - Le Pen
est possible, je risque donc de voter pour Ségolène Royal. Ce qui ne
serait pas une couleuvre pour moi, mais un python.
Je
sais : je ne dois pas exclure d'office Ségolène Royal juste parce
qu'elle me donne de l'urticaire et que je ne supporte plus d'entendre
ses extraits de discours tous les matins sur France Inter, prononçant
des phrases d'une banalité totale, du genre "nous allons gagner
ensemble !" derrière des applaudissements hystériques. Je peux même
dire du bien d'elle : par exemple, je n'exclus pas qu'elle puisse nous
faire sortir d'un modèle politique ou le Président omniscient est le
sauveur du peuple, pour évoluer vers un modèle politique ou le
Président crée les conditions pour que le peuple (1) se sauve par
lui-même. C'est ce que Thierry Crouzet décrit dans le Cinquième Pouvoir, dans le chapitre sur Tolstoï. (A lire vraiment pour voir les choses différemment.)
Si
j'en arrive à la conclusion qu'un deuxième tour Sarkozy - Le Pen n'est
pas possible, je me déterminerai "pour" un candidat, "pour" un
programme, "pour" des propositions. Et probablement "pour" le meilleur
programme environnemental. Mais étant donné que mon emploi du temps me
met en situation passive devant l'information politique, cette
réflexion n'est pas encore bien avancée... Et à ce stade, la seule
chose que je suis capable de dire, c'est "tout sauf Le Pen".
(1)
le mot 'peuple' ne vous fait-il pas affreusement penser au commentaire
d'un match du tournoi des VI nations : "peuple de rugby", "peuple
irlandais", "peuple gaélique"... un peuple que l'on imagine "droit",
"digne" ou "fier"...
10 janvier 2007
L'Amérique du sud vers un futur alternatif
Je vous propose une traduction du dernier article de Noam Chomsky, paru le 5 janvier dans l'International Herald Tribune, plus factuel qu'analytique. Les liens ont été ajoutés à la main.
Le mois dernier, la coïncidence d’une naissance et d’une mort ont
marqué un signal de transition pour l’Amérique du Sud et pour le monde.
L’ancien dictateur chilien Augusto Pinochet est mort alors que des dirigeants de pays sud-américains se réunissaient à Cochabamba (Bolivie), pour un sommet de deux jours accueilli par Evo Morales, dont l’agenda l'ordre du jour était à l'antithèse de Pinochet et de son époque.
Dans la déclaration de Cochabamba, les Présidents et les représentants
de 12 pays ont pris le principe d’étudier l’idée de former une
communauté continentale similaire à l’Union européenne.
Cette déclaration marque une nouvelle étape vers l’intégration
régionale de l’Amérique du Sud, 500 ans après les conquêtes
européennes. Le sous-continent, du Venezuela à l’Argentine, pourrait
constituer un exemple pour le monde : celui de la création d’un futur
alternatif à partir d’un empire de terreur.
La domination des Etats-Unis sur la région s’est appuyée sur deux
méthodes principales : la violence et l’étranglement économique. D’une
façon générale, les affaires internationales ont plus qu’un air de
ressemblance avec la mafia. Le parrain ne le prend pas à la légère
quand on le met en colère, même si c'est le fait d'un petit commerçant.
Des tentatives d’indépendance ont précédemment été écrasées, en partie
en raison d’un manque de coopération régionale. Sans elle, les menaces
peuvent être traitées une par une. (L’Amérique Centrale,
malheureusement, n’en est pas à surmonter les peurs et la destruction
héritées des décennies de terreur américaine, surtout celle des années
80.)
Aux yeux des Etats-Unis, le véritable ennemi a toujours été le
nationalisme indépendant, surtout quand il menace de devenir un «
exemple contagieux », pour reprendre la qualification utilisée par
Henry Kissinger pour décrire le socialisme démocratique au Chili.
Le 11 septembre 1973, les forces de Pinochet attaquaient le palais présidentiel chilien. Salvator Allende,
Président démocratiquement élu, mourut dans le palais, apparemment de
sa propre main, refusant de se rendre à l’attaque qui allait démolir la
plus ancienne et vivante démocratie d’Amérique Latine et établir un
régime de torture et de répression.
Le bilan officiel du régime fut de 3200 morts. Le véritable bilan est
généralement estimé au double. Une enquête officielle menée 30 ans
après le coup d’Etat fait état d’environ 30 000 cas de torture sous
Pinochet. Parmi les dirigeants présents à Cochabamba figurait la
présidente chilienne, Michelle Bachelet.
Comme Allende, elle est socialiste et physicienne. Elle est aussi une
ancienne exilée et prisonnière politique. Son père, général, mourut en
prison après avoir été torturé.
A Cochabamba, Morales et son homologue venezuelien Hugo Chavez
ont célébré un projet de joint-venture dans le domaine du gaz en
Bolivie. Une telle coopération renforce le rôle de la région comme
acteur majeur de l’énergie mondiale.
Le Venezuela est le seul pays latino-américain déjà membre de l’OPEP,
avec de loin les plus grandes réserves de pétrole en dehors du
Moyen-Orient. Chavez soutient Petroamerica, un système d’énergie intégré du même type que celui que la Chine tente de lancer en Asie.
Le nouveau président équatorien, Rafael Correa,
a proposé une voie commerciale qui relierait la forêt amazonienne
brésilienne à la côte pacifique de l’Equateur – un équivalent
sud-américain au canal de Panama.
D’autres projets prometteurs incluent Telesur, une chaîne de télévision pan-latinoaméricaine basée au Venezuela avec la volonté de briser le monopole des médias occidentaux.
Le président brésilien, Luiz Inacio Lula
da Silva, a appelé ses collègues dirigeants à surmonter les différences
historiques et à unifier le continent, quelle que soit la difficulté de
la tâche.
L’intégration est un pré-requis à l’authentique indépendance.
L’histoire coloniale – l’Espagne, l’Angleterre, d’autres puissances
européennes, les Etats-Unis – a non seulement séparé les pays les uns
des autres, mais a aussi laissé des divisions acides au sein des pays,
entre de petites élites riches et des masses de peuples miséreux.
Les principaux contrôles économiques des dernières années ont été le
fait du Fonds Monétaire International, qui est virtuellement une
branche du Ministère des finances étasunien. Mais l’Argentine, le
Brésil et maintenant la Bolivie ont pris des initiatives pour se libérer des contraintes du FMI.
En raison des nouveaux développements en Amérique du Sud, les
Etats-Unis ont été forcés d’ajuster leur politique. Les gouvernements
qui ont aujourd’hui l’appui des Etats-Unis – comme le Brésil de Lula –
auraient très bien pu être renversés dans le passé, comme le fut le
Président brésilien Joao Goulart en 1964, à la suite d’un coup d’Etat
soutenu par les USA.
Il n'en reste pas moins que, pour faire accepter sa ligne
politique, Washington a besoin de passer certains faits sous silence
(1). Par exemple, quand Lula fut
réélu en octobre, un de ses premiers actes fut d’aller soutenir Chavez,
alors en campagne, à Caracas. De plus, Lula a lancé un projet brésilien
au Venezuela, un pont sur la rivière Orinoco, et discuté d’autres
joint-ventures.
Le tempo s’accélère. Le mois dernier, le Mercosur,
la communauté économique des pays d’Amérique du sud, a poursuivi le
dialogue sur l’unité sud-américaine au cours de son sommet biannuel au
Brésil, qui a aussi vu Lula inaugurer le parlement du Mercosur – un
autre signe prometteur de délivrance des démons du passé.
(1) en anglais : "To maintain Washington's party line, though, it's necessary to finesse some of the facts"

