Adam Kesher

Médias. Communication. Société.

24 juillet 2007

Et le dialogue, bordel.

Si vous avez lu le dernier Stratégies sur les "Blogs de com", vous n'avez pas manqué de jeter un oeil sur la trentaine de blogs - dont certain très estimables - sélectionnés par la rédaction, à qui "Stratégies a proposé (...) d'envoyer trois éléments : leur note la plus représentative, un verbe résumant leur projet et une photo". A lire en ligne ici.

Vous avez alors peut-être remarqué (ou pas) que parmi tous les verbes choisis par les blogueurs pour décrire leur projet (communiquer, décrypter, décloisonner, évangéliser, informer, oser, différencier...), aucun n'a choisi "dialoguer" ou "converser". Mention spéciale tout de même à Emmanuel Brunet qui a choisi "interagir".

Significatif ?

Posté par adam kesher à 00:09 - 4. web - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


07 juillet 2007

Les 7 nouvelles merveilles du monde, pardon, d’Internet

Enfin ! On va connaître ce soir quelles sont les 7 merveilles du monde. Pas celles du monde antique, qui ont toutes disparu à l’exception des pyramides d’Egypte. On va connaître ce soir les 7 merveilles du monde MODERNE, élues démocratiquement par les internautes du monde entier, invités depuis 2001 à choisir parmi une sélection de 21 monuments présentant l’avantage de ne pas avoir (encore) disparu.

C’est à la base une initiative du cinéaste suisse Bernard Weber, créateur de la fondation privée New7Wonders, qui va donc opportunément livrer le 7/7/07 les résultats des 70 millions de votes (soixante-dix millions), au cours d'une cérémonie pleine de pipoles en tous genres.

Alors, la Tour Eiffel ? La grande muraille de Chine ? Tombouctou ? Angkor ? Stonehenge ? L'opéra de Sydney ? Peu importe le résultat final que l'on ne connaît pas encore à cette heure, puisqu'il s’agit ici (et comme souvent) de discuter de la forme plutôt que du fond.
(Et passons aussi sur l’idée d’établir un hit-parade des monuments nationaux.)

L’idée des 7 nouvelles merveilles du monde est une idée géniale (car capable de mobiliser des millions de personnes autour d’un concept pensé en deux secondes et réalisable en deux minutes) et dangereuse. Car on est en plein dans un nouveau mirage de la démocratie participative.

Il est bien évident que les résultats ne reflèteront pas une quelconque objectivité (illusoire de toutes façons sur ce type de sujet) ou une quelconque expertise des 70 millions de votants, mais seulement la force des images et la capacité à mobiliser.

Comme toujours ou presque avec les votes sur Internet (votes de jeunes talents, etc.), le vainqueur n’est pas le « meilleur », mais celui qui arrive le mieux à mobiliser l’opinion autour de lui (ou pire, celui qui gruge le mieux). Un concours de jeunes artistes récompense au moins autant le plus habile et celui qui réussit le mieux sa communication, que celui qui plaît ou encore moins celui qui a du talent.

Même chose ici : le résultat est une savante équation entre l’envie de gagner manifestée par les parties prenantes (voir ci-dessous), les taux de connections et le potentiel de foules mobilisables (il y a plus de Brésiliens que de jordaniens). Bref, ces résultats seront un mélange entre des représentations ("pour moi, la grande muraille de Chine est un monument plus important que le Kremlin") et des luttes d'influence ("votez pour moi").

Quelques extraits de cet article du Monde « Pour les 7 merveilles, votez Machu Picchu », daté du 7/7, pour achever de s’en persuader :

« Au Pérou, ce concours passionne. Des ordinateurs ont même été installés dans les supermarchés afin de pousser les clients à voter. Soutenue par de nombreuses entreprises, la campagne a aussi reçu l’appui du gouvernement, qui aurait consacré entre 15 000 et 20 000 dollars à la promotion du site archéologique. «Si l’on gagne, le pays attirera sûrement plus de touristes », estime le ministre du commerce extérieur et du tourisme, Mercedez Araoz, pour qui la mobilisation autour du Machu Picchu a été l’occasion de « créer un élément d’identité nationale ».

L’engouement pour le concours n’a pas touché que le Pérou. Au Brésil, le Président Luiz Inacio Lula da Silva a appelé à voter en faveur du Christ rédempteur de Rio, tout comme la famille royale jordanienne l’a fait pour la ville de Pétra. Le dirigeant de la Bavière, Edmund Stoiber, a appelé les Allemands à soutenir en masse le château de Neuschwanstein. Le concours est par contre passé inaperçu dans d’autres pays comme la Chine ou la France, pourtant bien placés dans la compétition avec la Grande Muraille et la Tour Eiffel. »


Je ne suis pas sûr qu’il faille commenter beaucoup plus : ce concours appelle (et c’est un des problèmes de la démocratie participative sur Internet, exacerbé dans les mécaniques de concours où il y a quelque chose à gagner), au mieux à voter en fonction de l’image ou de l’expérience personnelle qu’on l’on a de tel ou tel monument, au pire il amène ses participants à biaiser les résultats par des effets de mobilisations militants – alors qu’on est au contraire dans un sujet d’experts (1).

Experts qui, s’ils devaient plancher sur une nouvelle liste des merveilles du monde, commenceraient par établir des critères, seraient sélectionnés sur une connaissance exhaustive des sites, s’auditionneraient les uns les autres, pour arriver peut-être, sans doute même, à un résultat subjectif, mais motivé. Et c’est ce qui manque ici – comme, encore une fois, dans toutes les mécaniques de concours sur Internet.

Difficile de dire quel sera l’impact de ce vote : sera-t-il pris au sérieux ou non ? Utilisé comme un label par les sites concernés ? Très médiatisé ou pas ? Générateur de tourisme ou pas ? Les réponses à ces questions légitimeront ou non les mobilisations et les investissements péruvo-brésilo-jordano-allemands.

Si le retentissement est international et plus qu’anecdotique, on pourra en déduire qu’Internet remplace l’expertise par le marketing et que ce concours est un nouvel avatar de la société de l’image.

Si ce concours reste pris pour ce qu’il est, une sympathique initiative permettant de faire connaître une vingtaine de sites magnifiques, mais sans plus, on pourra en déduire que l’opinion conserve un minimum de jugeotte.

En attendant, je lance le concours de la plus belle ville du monde. Internautes de tous les pays, mobilisez-vous.

Posté par adam kesher à 19:20 - 4. web - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 juillet 2007

Les bonnes causes de Facebook

Parmi les fonctionnalités intéressantes de Facebook se trouve l'application "Causes" qui permet de relayer sur sa page perso ce qui sont en principe de bonnes oeuvres et de faire / récolter des dons. Si cette application est potentiellement un réceptacle à tout et n'importe quoi (petits malins qui proposent de "soutenir le réchauffement climatique", combats life / choice, pro / anti Bush, pro / anti mariage homo, pro / anti port d'armes...), il est intéressant de voir le potentiel de mobilisation à ce stade du développement de Facebook.

Evidemment on est en quasi-territoire américain et la nature des causes les plus populaires s'en ressent. Je me suis donc amusé à récolter quelques chiffres pour dégager des tendances. A savoir d'abord : si Facebook compte 28 millions de membres (combien sont actifs ?), l'application "Causes" est utilisée par un peu plus d'1.3 millions de personnes.

Le hit-parade des causes les plus soutenues à ce jour donne les résultats suivants (je me suis arrêté à celles qui réunissaient au moins 20 000 membres) :

Image_1


(cliquez pour agrandir)


2mt5RJJe ne saurais absolument pas dire si les causes les plus poD5FJpulaires de Facebook sont représentatives des causes populaires tout court, mais on voit à la fois une diversité de sujets et de grosses disparités de mobilisation dans ce graphe en forme de longue traîne. A partir de combien de membres une campagne est-elle une réussite ? Je n'en sais rien mais on voit que les 3 campagnes star concernent le cancer du sein (seul sujet santé qui ressort), le réchauffement climatique et le Darfour.




PabJLes 3 thèmes qui nourrissent ce classemeGLpJnt sont l'international (Darfour, Ouganda, campagne "One", Palestine, Amnesty), l'environnement (réchauffement climatique, WWF, Green) et... la défense des animaux (au moins j'aurais appris qu'il y a des combats clandestins de chiens aux USA et que 60 000 facebookers se sentent concernés).





Le ration don / engagement est très faible (maximum 0,1 dollar par membre, pour la campagne One ; minimum pour l'anecdote : 0,001 dollar par membre pour.... "Legalize it") et seuls les gros effets de masse permettent de voir arriver des dons (un tout petit peu) significatifs. 12 campagnes ont ainsi réussi à lever plus de... 1000 dollars :

Image_2
(cliquez pour agrandir)


Je ne suis pas certain des conclusions qu'il faille tirer de ces constats. A priori Facebook est un outil fastoche à utiliser pour relayer une campagne, et l'ONG ou l'agence gouvernementale qui veut faire soutenir sa bonne cause a tout intérêt à prendre les 15 mn nécessaires à proposer sa campagne sur Facebook. Peu importe que mon initiative soit peu relayée, même si j'ai peu de visibilité, elle est gratuite - c'est le fameux modèle bas coûts / bas revenus d'Internet.  Mais il y a je pense deux inconnues :

- la dose d'effort réel pour faire connaître sa campagne sur Facebook. Comment arrive-t-on réellement à obtenir le soutien de 460 000 personnes ? Quelle est la part de spontanéité, de viralité véritable, et quelle est la part d'investissement en temps pour celui qui lance la campagne ?

- le potentiel de reprise dans la communauté française de Facebook : leur nombre et leur envie de relayer ou non des campagnes.

Les campagnes françaises type ONG ou action gouvernementale sont pour le moment totalement absentes de cette application "Causes". Mais comme ça ne coûte rien d'essayer, ça ne devrait pas durer : magie d'Internet, le média des sans-voix et des sans-le-sou.

Posté par adam kesher à 07:38 - 4. web - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

29 mars 2007

La dictature des smileys

J'ai pris une décision grave : j'arrête les smileys. Dans mes posts, dans mes mails, partout. Y'en a marre des smileys. Les smileys, ça ne respecte pas l'intelligence des gens. Mettre un smiley, c'est comme de dire à quelqu'un : "t'as bien compris que j'ai fait une blague, hein" ou "naaaaan, j'déconne". Je ne connais personne qui soit drôle en disant qu'il est drôle. Le smiley, c'est la négation du deuxième degré, de cette délicieuse ambiguité qui fait tout le charme du propos. Le smiley, c'est pas fin. Le smiley, c'est beauf. Pourquoi on ne pourrait pas faire d'humour à froid à l'écrit ? Alors, vous allez me dire : c'est pas que pour les blagues, c'est aussi pour adoucir un propos quand ça risquerait de chauffer, parce qu'on n'a pas envie de se fâcher. Ou c'est pour répondre un truc à quelqu'un pour montrer qu'on a apprécié, quand on sait pas quoi dire. C'est pour être sympa, c'est tout. Oui. Mais on s'en fout. Les smileys, c'est le cache-misère de la pensée, on met des smileys quand on sait pas quoi dire. Essayez de passer une journée sans smiley, vous allez voir, ça va vous obliger à être beaucoup plus créatif. A prendre des risques. A inventer une nouvelle façon de s'exprimer. Halte aux smileys. Est-ce que vous souriez quand vous faites un smiley ? Non ? Alors pourquoi faire des smileys ? A quand la "journée sans smileys - recommandé par des influenceurs" ?

PS : En même temps, faudrait pas que ça nous ramène au point d'exclamation partout. C'est horrible, les gens qui mettent des points d'exclamation partout. Je me suis rendu compte à quel point je détestais Messier en lisant son bouquin (c'était il y a fort longtemps) : il y avait des points d'exclamation partout. Pouark. Halte aux points d'exclamation.

Posté par adam kesher à 08:00 - 4. web - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 mars 2007

L'actualité du cinquième pouvoir

J'ai manqué, à regret, les premières recontres du 5ème pouvoir organisées par Agoravox samedi dernier  à Saint-Denis (la ville où la France est devenue championne du monde). Je n'ai pas vu beaucoup de vrais compte-rendus pour le moment.

Les premières hésitations du cinquième pouvoir ?

Certains échos me disent que les débats sont restés un peu trop en surface et que le "cinquième pouvoir" ressemble encore trop à une agrégation de complotistes et de fantaisistes - ou en tout cas que ces catégories-là sont trop représentées par rapport aux citoyens qui ont envie de construire quelque chose avec le web.

L'occasion de signaler deux bons billets sur le concept de cinquième pouvoir, l'un de José, qui décrit un éclatement des pouvoirs et une absence de dénominateur commun entre les cinquièmes pouvoirs ; l'autre de Cyril Lemieux, sociologue spécialiste des médias, qui rappelle notamment que le cinquième pouvoir est aussi dépendant des quatre premiers que les quatre premiers le sont entre eux. Et au passage, une petite contribution de ma part sur la notion de cinquième pouvoir, qui a mon sens ne réalise toujours pas les conditions qui lui feraient mériter cette appellation, ici.


ouvrage_collectifAgoravox 2007, l'irruption du bouquin de Carlo dans les librairies

Et puisqu'on est dans le sujet cinquième pouvoir, je ne pouvais pas ne pas signaler la parution de l'ouvrage collectif coordonné par Carlo Revelli, et dont je fais partie des heureux auteurs (via la reprise de ce billet) : "Présidentielles 2007, l'irruption des internautes dans la campagne". Il peut être commandé ici ou être acheté en ligne et même dans des vraies librairies. Good luck !


Posté par adam kesher à 08:00 - 4. web - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 mars 2007

La flemme paie

Mon dillettantisme d'écriture, ces dernières semaines, n'a eu aucun impact négatif sur la fréquentation de ce blog. Au contraire, mes stats n'ont jamais été aussi bonnes. La preuve :

stats

Les stats décollent le 28 février, jour où je ne publie pas. Elles restent élevées - par rapport à l'habitude - alors que je n'écris pas une seule fois jusqu'au 19 mars. Elles battent leur record de tous les temps le 10 mars (un samedi), jour où c'est le désert total ici.

Excitation subite autour d'un blog souvent classé "politique" ? Non, évidemment. L'immense majorité des visites provient de recherches sur mot-clé, dont voici un échantillon :

mots_cl_
Cliquer pour agrandir.


(Je vous rassure, les recherches sur "média-dépendance" et "les conditions du cinquième pouvoir", c'était moi.)

Blog politique ou blog porno ? Je devrais réfléchir à ma vocation véritable. Ah, joies et mystères des algorithmes de Google... ou des stats des hébergeurs ?

Posté par adam kesher à 20:18 - 4. web - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 février 2007

Au secours du pluralisme démocratique

S'il y a un domaine où le net est vraiment un meilleur exemple que les médias traditionnels, c'est bien dans la représentation de la diversité des idées. Si vous ne l'avez pas déjà fait, allez donc signer l'appel pour le pluralisme démocratique.

Accessoirement, cela peut montrer que le net sert à quelque chose et qu'il est parfois capable de se débrouiller sans se référer aux médias traditionnels. Et en passant, n'oubliez pas les travaux en cours pour le pluralisme médiatique.

Posté par adam kesher à 01:04 - 4. web - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 janvier 2007

" ESSE EST PERCIPI "

Ci-après une tribune de Jean-Pierre Beaudoin, DG du groupe i&e, initialement parue dans La Tribune et qui mérite lecture... et discussions si affinités.



Un siècle après que Descartes eût établi que l'on peut douter de tout sauf de sa propre existence puisqu'on est capable de penser le doute (« je pense, donc je suis »), Berkeley, de l'autre côté de la Manche, pose que n'existe que ce qui est objet de perception (« être, c'est être perçu », ci-dessus en V.O.). Dans le premier cas, je me suffis pour me convaincre que j'existe ; dans le second, l'autre est impératif.

Tout indique que nos sociétés penchent du côté de Berkeley plus que de celui de Descartes : l'irrépressible besoin d'exister semble se satisfaire d'être perçu plutôt que de se penser, et surtout que de se penser doutant… Et encore : ce que l'on donne à percevoir est plus souvent ce que l'on voit du monde que soi-même. Un affichage de sa vision du monde, des images de sa vie, des avis sur tout. A la manière de ce Journal extime (1) qui s'avouait par son titre même être un détournement du mode « journal intime », destiné à laisser les autres apercevoir quelque chose de soi à travers sa « manière d'être » plutôt que son être lui-même.

S'exprimer ainsi sur un blog fait-il de vous un journaliste ? On entend dire et répéter que la blogosphère nous ferait « tous journalistes ». Au mieux, des journalistes de l'extime. Au pire, des journalistes de l'intime en public. C'est-à-dire, dans les deux cas, des journalistes de soi-même exprimant son irrépressible besoin d'être perçu. Et d'afficher, avec fierté ou dépit, le nombre de visiteurs reçus, de liens installés.

L'actuel risque de confusion des genres entre l'avis de chacun sur tout et le travail du journaliste devrait rencontrer sa limite. Une limite qui, dans notre monde de communication, pourrait marquer le retour en grâce de l'information : une relation correcte de faits correctement vérifiés. Un travail qui ne vise pas à satisfaire le besoin d'exister du journaliste (même si ce peut en être une conséquence), mais à éclairer le jugement du lecteur.

En ce sens, la sphère (si c'en est une) des blogs pourrait être pour la société un nouvel avatar de ce qu'a été pour l'économie la bulle internet il y a dix ans. Après une période de foisonnement dans l'enthousiasme de la nouveauté, il en restera des pratiques de communication durables, mais le temps fera son tri des acteurs et de la vraie valeur qu'ils apportent ou non. Une valeur qui sera fondée dans des contenus, de la confiance et de la convivialité. Des fondements qui sont ceux d'une société. Ce qui, dans la blogosphère, ne contribuera pas au fonctionnement de la sphère sociale ainsi décrite par ses valeurs ne sera que… blogobulle, dont certains observent déjà des signes avant-coureurs d'éclatement.

Le vocabulaire de la communication, ou au moins celui de la publicité, a été emprunté à la guerre. Celui de l'internet vient de la navigation. Y compris dans cette référence au « logbook » que rappelle le « weblog ». Entre l'invention du premier vocabulaire et celle du second, le monde est passé de l'état solide, visant la stabilité, à l'état liquide(2), cherchant la fluidité. L'internet en est une des expressions. La blogosphère ressemble encore largement au chaos originel : les continents n'y ont pas émergé. Les nautoniers y ont besoin de phares et balises. Il s'y trouve beaucoup de miroirs et sirènes.

Les entreprises ont, naturellement, un rôle à jouer pour installer de la terre ferme dans ce monde liquide. En tant que telles, ou par la voix de leurs dirigeants, ou au travers de leurs marques. Des expériences de blogs existent déjà dans ces trois catégories. Des succès et des échecs. Les succès tiendront de plus en plus à trois conditions.

Savoir pour qui l'on écrit. Les « blogs à la mer », comme les bouteilles, auront de moins en moins de chances de rencontrer des courants favorables. Le nombre de lecteurs de blogs est probablement à peine supérieur à celui des producteurs de blogs, et les premiers croîtront plus vite que les seconds. Passé l'enthousiasme initial, il faut une certaine discipline pour produire, jour après jour, des contenus attractifs et entretenir une convivialité agréable. Il s'agit donc de savoir pour qui l'on veut exister, donc de qui l'on veut être perçu. Et, de préférence, comment on veut l'être, ce qui complique un peu la proposition de George Berkeley.

Accepter de s'exposer. Paradoxalement, plus les blogs sont intimes, moins l'identité de leurs auteurs est explicite. Les dirigeants et leurs marques ont ici un avantage certain : c'est leur intérêt d'écrire à visage découvert. C'est, en tout cas, une condition pour une convivialité réelle et plus encore pour que la confiance existe. L'anonymat est, de la même façon, une limite que vivent désormais les « wiki » : on ne fait pas confiance à une source d'information non vérifiable élaborée par des auteurs non identifiés.

Dater son discours. L'internet écrase le temps comme la distance. Il met tout au présent. La perspective historique disparaissant, l'information devient anachronique. Est-on encore sûr de comprendre ? La technique du blog offre l'avantage de la chronologie. Encore faut-il rendre celle-ci explicite. C'est une question de confiance dans les contenus.

En somme, être au clair avec qui l'on est avant de prendre le risque de l'exposition. Adopter Berkeley sans renier Descartes…

Jean-Pierre Beaudoin, directeur général du Groupe i&e, conseil en management des stratégies d'opinion jpbeaudoin[at]i-e.fr

(1) Michel Tournier
(2) Zygmunt Bauman



Sur des sujets voisins :

Révolution Internet ?

"l'influence des blogs : changer le regard"

Faim et fin d'un monde

Les conditions du cinquième pouvoir

Après les universités d'été : l'influence et le rôle des blogueurs


Posté par adam kesher à 13:42 - 4. web - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 décembre 2006

Révolution Internet ?

Je termine l'année sur les rotules et vous livre cette courte réflexion :

Internet est à l'image de la société. Dans la société actuelle comme sur Internet, les maîtres mots sont : vitesse, urgence, immédiateté, présentéisme, concurrence, image, émotion, pipolisation, cul, zapping, grignotage, individualisme, liberté, dérégulation, gratuité.

C'est pour ça que le net marche : il ne fait qu'accentuer les grandes tendances de la société. Internet va dans le sens de la société.

Comment dès lors pourrait-il être l'outil d'une "Révolution", au sens "mutation profonde de la société" ? Qu'est-ce que le web change vraiment ?

Posté par adam kesher à 18:52 - 4. web - Commentaires [16] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 décembre 2006

Retour sur la vidéo Bourdieu / Royal

Tiens, pour revenir sur un sujet qui n'intéresse plus personne (étant donnée la formidable capacité d'oubli du web)... Vous vous souvenez de la vidéo post-mortem de Bourdieu déclarant que Ségolène Royal est de droite, qui avait fait le tour du web en quelques jours.

Sans expliquer ce droitisme
autrement qu'en disant que "ce sont de petits signes", Bourdieu lui taillait un serre-tête en deux temps et trois mouvements - et de façon d'ailleurs assez jouissive. La vidéo avait fait son effet dans notre petit milieu blogosphérique et m'avait laissé hyper perplexe : complètement creux ou vraiment génial ?

Dans l'ensemble, la parole de Bourdieu avait été perçue comme évangélique : puisqu'il le disait, c'est que c'était vrai. Pas besoin de l'expliquer. Peu importe que ses propos ne soient pas motivés et qu'ils aient tout du café du commerce - jusque dans son environnement immédiat (un café bruyant, un demi vide à la main).

J'étais resté un peu le c.. entre deux chaises et j'ai donc interrogé un ancien élève de Bourdieu pour savoir ce qu'il en pensait. La réponse est assez claire : "vu les précautions oratoires qu'il avait l'habitude de prendre sur n'importe quel sujet, je ne pense pas que cette sortie était très sérieuse". Ca me rassure un peu. Quand même.

Posté par adam kesher à 10:00 - 4. web - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2  3  4   Page suivante »